Comment l’Hôpital de Douai a transformé son SI en migrant son stockage sur Oracle/Pillar

A l’occasion d’une rénovation totale du CHU, le stockage des données a été revu en profondeur pour donner une seconde jeunesse aux applications médicales et améliorer la prise en charge du patient.

Philippe Huddleston est un passionné. Lors de la matinée d’Oracle consacrée aux « Enjeux Business de la donnée », l’ancien DSI du Centre Hospitalier de Douai est revenu sur le projet de transformation qu’il y a initié et sur ses préoccupations quotidiennes, à la fois fondamentales et critiques. « Quand vous avez en charge des applications pour des blocs opératoires ou des unités de réanimation, le but c’est de n’avoir aucune interruption », rappelle-t-il pour illustrer l’importance du SI en CHU. « L’enjeu ici, c’est la vie du patient », acquiesce le PDG d’Oracle France.

Un CHU où tout est flambant neuf… sauf l’informatique

L’histoire de Philippe Huddleston n’est pas banale. Responsable informatique du CHU d’Arras, qu’il a transformé en « Hopital Full IP » (Wifi dans les chambres, terminaux numériques pour faire de la VoIP et de la visio-conférence avec les familles, accès aux radios et à la télévision via Internet, etc.), son ancien patron, Edmond Mackowiak, fait appel à lui lorsqu’il prend les rênes de l’Hôpital de Douai et de ses 2 200 employés.

Entièrement reconstruit et rouvert en 2008, l’occasion était belle de repartir de zéro côté IT dans ce CHU flambant neuf. Sauf que cette option n’avait pas été choisie par l’équipe précédente.

A cette époque, en 2008, les soignants rencontraient pourtant des problèmes récurrents de latence de leurs applications médicales. Mais pour les résoudre, les investissements s’étaient alors concentrés sur le réseau Wifi. « Comme on ne pouvait pas déménager l’infrastructure réseau du précédent site, elle a été refaite… c’est sûr… mais cela n’a rien réglé », se souvient le DSI, dont ce n’était pas encore le problème. Edmond Mackowiak, conscient que les dysfonctionnements perdurent, fait donc venir son ancien collègue qu’il a vu à l’œuvre à Arras et lui donne quasiment carte blanche.

Arrivé 48 heures à peine avant l’ouverture officielle du nouvel hôpital, Philippe Huddleston entame un diagnostic. Il met immédiatement à jours deux points noirs. Le premier concernait des outils de stockage, qui se révèlent vieillissants (« une petite baie IBM assez ancienne »). Le deuxième touchait aux applications elles-mêmes. « Les applis web n’étaient pas si web que cela », se souvient l’expert. Certaines chargeaient en effet jusqu’à plusieurs centaines de mégas de données en local sur les terminaux mobiles pour fonctionner.

Pour régler ce problème de conception logicielle, le nouveau DSI met en place de vrais clients légers. Quant à l’obsolescence du stockage, Philippe Huddleston lance un appel d’offres public auquel plusieurs acteurs répondent. Et c’est finalement Pillar, racheté par la suite par Oracle, qui remporte le marché.

Un stockage Oracle / Pillar qui accélère l’applicatif névralgique de l’hôpital et permet l’archivage de 8 ans d’imagerie médicale

Plusieurs raisons expliquent cette décision. Le prix (IBM était visiblement beaucoup plus cher), la simplicité (« un technicien dégourdi pouvait parfaitement s’en sortir, ce sont vraiment des baies très simples à manier »), l’évolutivité, le changement et l’ajout de disques à chaud sans avoir besoin de faire venir Oracle, mais aussi une fonctionnalité avant-gardiste en 2008. La baie priorise en effet automatiquement les données. Autrement dit, elle est capable d’analyser le degré d’usage d’un document et de le déplacer sur le disque pour que les données les plus « chaudes » soient positionnées à des endroits physiques où elles seront plus rapides d’accès (ce temps varie par exemple si la donnée est au centre ou à l’extrémité du disque).
Le marché est donc conclu et la migration de la base SQL est planifiée avec Oracle et l’intégrateur Komposite. Une migration très simple, si l’on en croit le DSI, bouclée en 5 à 6 heures. Mais pas à chaud, puisque les serveurs de stockage sont éteints pendant cette durée au cours d’une nuit.

Les données concernées par ce transfert étaient de loin les plus critiques. « C’était le cœur du cœur du système de l’hôpital », se souvient Philippe Huddleston. Il s’agissait de toutes les informations nécessaires pour faire tourner l’ERP Open Source dédiée à la santé, Cristal-Net. Au premier rang desquelles les sacro-saints dossiers médicaux des patients (DMP) dématérialisés.
Dans un deuxième temps, d’autres données viennent s’ajouter sur les deux baies de 50 To, dupliquées en temps-réel. Celles issues des appareils connectés au réseau du CHU. « Nous avons par exemple 7 à 8 ans d’imageries médicales archivées, avec toutes les coupes. Cela représente 40 à 45 % de la baie », explique le DSI. « Ceci dit, cela n’a plus beaucoup de sens de les laisser là puisque la majorité ne sont plus consultées, une prochaine étape consistera certainement à les mettre ailleurs, dans un coffre numérique ». Quand les médecins se seront faits à l’idée.

En plus des scanners et des appareils de radiologies traditionnels, d’autres informations sont également remontées, que ce soit depuis les machines (« les appareils de réanimation, connectés au réseau, récupèrent par exemple de plus en plus d’informations ») ou des laboratoires (analyses).

Des utilisateurs métiers soudainement demandeurs de développements agiles

Résultat global du projet, « les temps de réponse - avec le réseau qui va bien-  sont devenus excellents. Les applications ont eu une très haute disponibilité. Et les utilisateurs ne parlaient plus de problèmes de Wifi ou de latence, mais de nouvelles fonctionnalités et de développement agile ».

Un de ces projets a d’ailleurs été primé par un Trophée des Trophées d’Oracle. « Une cadre avait un tableau Excel sur lequel elle organisait les processus et les emplois du temps de ses personnels pour qu’un patient qui doit se faire opérer puisse ne rester qu’une journée à l’hôpital et retourner chez lui le soir venu », raconte le DSI au MagIT. « Mais avec 40 patients en même temps, cela devenait vraiment difficile ».

D’autant plus qu’un tel « parcours patient » demande une organisation et une coordination « quasi militaire » de la part de tous les soignants (ambulanciers, brancardiers, médecins, infirmières, etc.). Le DSI a donc l’idée de réunir la cadre, ses équipes et un prestataire spécialisé dans le développement. Quelques semaines plus tard, une application voit le jour. Un outil « qui tourne toujours », adapté aux besoins du service et surtout adopté. « Normal, ce sont ceux qui l’utilisent qui l’ont conçu ! ».

La solution créée – dont les données sont stockées sur les nouvelles baies - va même jusqu’à gérer le préopératoire (« avec des notifications pour appeler le patient et savoir s’il est toujours éligible à l’opération, ou dans le cas d’un enfant pour s’assurer qu’il sera bien accompagné ») et le lendemain (pour s’assurer de la bonne convalescence post-opératoire à domicile).

« Comme on n’était pas étriqués, on a essayé d’en faire profiter tout le monde »

Débarrassé des problèmes de stockage, et malgré ces contenus supplémentaires, Philippe Huddleston se rend compte qu’il peut aller encore plus loin. « Comme on n’était pas étriqués, on a essayé d’en faire profiter tout le monde ». Car au-delà de l’espace disponible, les baies Pillar/Oracle ont un autre atout qui s’est montré très intéressant pour ses idées. Il est en effet possible d’adapter les capacités d’E/S en ajoutant des « slammers ». Plus rien n’empêchait le DSI d’étendre sa nouvelle infrastructure aux 120 métiers du CHU et à leurs applications - de Datameal pour la préparation des repas aux RH.

Quatre ans plus tard, « 95 % des données de l’hôpital sont sur ces baies », se félicite celui qui est parti depuis à 60 kilomètres de là, au Centre Hospitalier de Péronne. Un CHU dont le budget est cinq fois inférieur à celui de Douai.

Cette limitation de moyens ne devrait plus lui permettre d’acheter du stockage chez Oracle. Mais elle ne semble pas refroidir son enthousiasme. Bien au contraire. Pour combler « un vrai gros retard », Philippe Huddleston a déjà en tête d’autres solutions : « nous allons passer un appel d’offres pour des machines qui intègrent en natif aussi bien la virtualisation que la sécurité ou la gestion de l’alimentation. Des machines clef en main plus adaptées aux petites PME», conclue-t-il.

Dernière mise à jour de cet article : mars 2014

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