« La majorité de nos revenus viendra vite des baies NVMe », Charlie Giancarlo (Pure Storage)

Le nouveau CEO de Pure Storage voit le NVMe comme le futur immédiat  du stockage flash. Il s’intéresse également l’hyper-convergence et étudie à plusieurs dossiers sur le front des fusions/acquisitions.

Lorsque Charlie Giancarlo, un vétéran de Cisco, a pris le poste de PDG de Pure Storage en août 2017, les objectifs à court terme du pionnier du stockage 100 % flash étaient de passer la barre du milliard de dollars de revenus annuels et de devenir enfin rentable. Lors de la présentation de ses résultats financiers en mars, Pure a expliqué avoir atteint ces deux jalons en réalisant un chiffre d’affaires de 1,02 milliard de dollars au cours du dernier exercice et en affichant un bénéfice au cours de son dernier trimestre fiscal. 

Quelle est la suite pour Pure Storage, une société lancée en 2009 alors que le stockage flash balbutiait et qui est devenue publique en 2015 ? Giancarlo cherche à capitaliser sur la croissance que le vendeur a connue sous la direction de son PDG d’origine, Scott Dietzen — Dietzen a abandonné ce rôle pour céder les rênes à Giancarlo, mais reste le président de Pure. 

Giancarlo a occupé divers postes de dirigeant chez Cisco entre 1993 et 2007. À un moment donné, il a même été considéré comme un successeur potentiel pour le PDG de l’époque, John Chambers. Mais Giancarlo est parti diriger Silver Lake Partners, le fonds d’investissement qui a permis à Dell Technologies de redevenir privé et qui a ensuite contribué au financement de la fusion de Dell avec EMC en 2016.

 Alors que Pure est sur une trajectoire ascendante — le fournisseur a généré un flux de trésorerie positif tout au long de l’année dernière, et ses revenus ont progressé de 40 % — Giancarlo a pour but de faire franchir un nouveau palier à l’entreprise. « Aucun acteur de l’IT n’a atteint la barre du milliard de dollars plus rapidement que Pure », a déclaré Giancarlo. 

Le produit phare du fournisseur de Mountain View, Californie, la baie de stockage FlashArray, permet le stockage en mode bloc — et en mode fichiers si l’on prend en compte les services de fichiers délivrés par la VM Windows Server embarquée en option dans les contrôleurs Pure. Pure vend également FlashBlade, une baie NAS scale-out pour le stockage de données non structurées. La firme a également annoncé hier AIRI un produit d’IA convergé, combinant FlashBlade et les nœuds de calcul intensif DGX-1 de Nvidia.

Lors d’un entretien avec nos collègues américains de SearchStorage, le nouveau PDG de Pure Storage a discuté de sa stratégie pour l’entreprise. Il prévoit notamment de tirer parti de la prochaine vague NVMe, étudie les opportunités dans la convergence et l’hyperconvergence et n’exclut pas d’utiliser'une partie des liquidités de Pure pour des acquisitions.

Charles Giancarlo, CEO
de Pure Storage

Le marché du stockage externe en réseau (SAN/NAS) perd du terrain au profit d’approches de stockage plus génériques. Pourtant, Pure a connu une croissance de 48 % au cours de l’exercice écoulé. Qu’est-ce qui vous fait croire que la société peut continuer à aller à contresens de la croissance de l’industrie ?

Charlie Giancarlo : Si vous m’aviez demandé il y a un an si je serais un jour PDG d’une société de stockage, j’aurais probablement dit « non », pour cette raison précise. Cependant, lorsque j’ai examiné la question, j’ai constaté que si les acteurs du stockage disent que le marché est en train de devenir un marché de commodité à base de « boîtes blanches », les utilisateurs considèrent les données comme leur actif central. De plus, personne ne s’attend à ce que la croissance de l’informatique ralentisse bientôt. L’informatique est un tabouret à trois pattes composé de progrès dans en matière de traitement, de communications et de réseau et enfin de stockage. Si l’une de ces jambes cesse de progresser, le risque est de voir se créer des goulots d’étranglement.

Les idées reçues sont tout simplement fausses. Pour que l’informatique continue de progresser, le stockage doit continuer à évoluer et à se développer. Nous voyons des moyens d’y parvenir. Le goulot d’étranglement était autrefois le réseau. Maintenant, je crois que le goulot d’étranglement est le stockage, ou qu’il le sera bientôt. Cela nous ouvre de grandes possibilités.

Scott Dietzen a déclaré qu’il a démissionné de son poste de PDG de Pure Storage afin d’apporter une voix différente pour la prochaine phase de croissance. Étant donné le succès précoce de Pure, comment comptez-vous faire avancer l’entreprise ?

Giancarlo : J’ai eu la chance dans ma carrière d’avoir de l’expérience dans une entreprise qui a connu l’hypercroissance et j’ai appris comment les entreprises doivent modifier leurs processus et d’autres choses pour continuer à se développer. La façon de s’organiser ou de gérer dans une entreprise de taille différente doit être différente. Je pense que Scott a pris du plaisir jusqu’à ce que la société atteigne le milliard de dollars. J’ai fait partie d’entreprises de cette taille, mais j’ai aussi fait partie d’une entreprise [Cisco] qui est passée d’un milliard de dollars [de chiffre d’affaires] à 45 milliards de dollars. L’important pour nous est que Scott reste en tant que président de Pure.

Lorsque Pure a fait ses premiers pas, le fait d’avoir une baie de stockage Flash était en soi un avantage compétitif dans un monde principalement composé de baies de disques durs. C’est moins un avantage, maintenant que presque tous les fournisseurs de baies de stockage ont à leur catalogue des systèmes 100 % flash. Quelle est la clé pour se différencier alors que le marché devient plus homogène ?

Giancarlo : Nous avons conçu notre pile logicielle à partir de zéro afin de tirer parti au mieux de la flash. Nous obtenons des taux de réduction de données deux à trois fois meilleurs que ceux de nos concurrents. Nous sommes en mesure de vous donner plus de capacité dans un espace plus petit, avec une consommation d’énergie plus faible. Nous garantissons notre flash à vie, alors que nos concurrents épuisent leur flash après un an ou deux.

L’information à retenir est sans doute que 20 % de nos ventes de l’année dernière étaient déjà en NVMe. D’ici la fin de notre exercice, la grande majorité de nos revenus proviendront de baies NVMe. Nous estimons qu’aucun de nos concurrents n’a plus de 1 % de ses systèmes vendus avec des disques NVMe. Donc, nous avons une bonne longueur d’avance. Je suis certain que nous serons le premier [fournisseur de stockage] supportant NVMe over Fabrics, mais nous n’avons pas encore de date à ce sujet [Pure Storage a fait une démonstration de NVMe over Fabrics en mai 2017 lors de sa conférence Pure Accelerate et devrait en dire plus lors de sa conférence Pure Accelerate 2018 dans deux mois, N.D.L.R] 

Quel est selon vous le développement de marché le plus important pour le stockage flash à l’ère de la convergence et de la définition logicielle de tout ?

Giancarlo : Je dirais que le marché du stockage fait partie d’un marché global qui va vers la convergence. J’entends par là la convergence des données. C’est en grande partie la raison pour laquelle j’ai rejoint Pure. Lorsque les vitesses de communication dans le centre de données atteignent 100 gigabit ou plus, elles deviennent proportionnelles aux vitesses sur les fonds de panier. Il y aura une plus grande convergence du calcul, du stockage et de la mise en réseau, mais il n’y a pas que les produits qui convergent. 

Les attentes des clients convergent, en ce qui concerne la mise en place d’une couche d’administration unique pour simplifier la gestion. La convergence n’est pas un nuage à moins que vos données ne convergent. Les clients appellent cela un datacenter. Ce n’est pas un centre de calcul, ce n’est pas un centre de réseau, et d’ailleurs, ce n’est pas un centre de stockage. Ce sont les données qui font la vraie valeur.

Pure Storage propose FlashArray pour le stockage en mode bloc et FlashBlade pour les données non structurées, mais il vous manque un produit d’infrastructure hyperconvergé (HCI). Est-ce que Pure va se lancer sur le marché HCI ? L’annonce récente Nvidia-Pure n’est-elle un pas dans cette direction ?

Giancarlo : Nous avons du travail à faire dans ce domaine. Il existe différentes définitions de l’infrastructure hyperconvergée. Nutanix se débrouille très bien avec son approche brique par brique. J’ai parlé à beaucoup de clients depuis que je suis devenu PDG de Pure Storage, et leur but est d’avoir un système plug-and-play avec une orchestration simple pour mettre à l’échelle le calcul, la mise en réseau ou le stockage. Construire un système qui intègre le calcul et la mise en réseau, en utilisant des API RESTful, est certainement une approche qui nous intéresse.

Avec la convergence des données dans les cas d’utilisation primaire et secondaire, est-il suffisant de n’avoir qu’une classe de service comme le proposent de nombreux systèmes 100 % flash ?

Giancarlo : Nous pensons que la convergence présage aussi de nouvelles architectures dans le centre de données. L’approche existante en matière de scale-out est née au moment où le stockage explosait, mais l’interface disque SAS entre les systèmes était de 1 giga. Les vitesses réseau plus élevées -- sans parler des technologies comme NVMe -- vous donnent la possibilité d’accéder au stockage comme s’il était directement sur le châssis [serveur].

Les utilisateurs ont appris à réfléchir en termes de niveau un, de niveau deux et de niveau trois depuis si longtemps, que c’est devenu un réflexe dans le stockage. Ils ont l’habitude d’avoir à répliquer leurs données plusieurs fois pour permettre à différentes applications d’y accéder. Ce que nous disons à nos clients, c’est que leurs données de niveau 2 peuvent accéder au stockage primaire en toute sécurité et qu’ils peuvent tirer parti de leur investissement de niveau 1 en flash pour remplacer d’autres niveaux.

Pure dispose d’environ 600 millions de dollars en banque. Comment comptez-vous l’utiliser ? Envisagez-vous des acquisitions ?

Giancarlo : Le cash est là pour deux raisons, principalement. L’une d’entre elles est de surmonter un éventuel ralentissement économique. Si l’économie tourne mal, vous voulez avoir l’argent nécessaire pour traverser une récession. Mais cet argent est aussi là à des fins stratégiques, comme les fusions et acquisitions. Nous examinons certainement certaines choses, mais il est très difficile de prédire si une ou plusieurs opérations seront conclues à court terme. Il y a tellement de trouvailles inattendues à faire.

Dernièure mise à jour de cet article : mars 2018

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