Larry Augustin, SugarCRM : "avec le cloud computing, l'Open Source se voit conforté"

Reprise en main ? Au printemps dernier, le fondateur et Pdg de l'éditeur Open Source SugarCRM a été poussé vers la sortie, remplacé par Larry Augustin, un pionnier de l'Open Source qui assure l'intérim. Ce dernier déploie sa stratégie selon deux axes principaux : s'intégrer aux environnements de cloud computing et se développer en Europe.

Pionnier de l'Open Source - il a fondé VA Linux en 1993 (devenu depuis SourceForge) -, Larry Augustin a repris en main l'éditeur de CRM Open Source SugarCRM, après le départ de son fondateur remercié en mai dernier. Alors que s'ouvre l'Open World Forum, qui réunit à partir de demain à Paris le microcosme Open Source, ce vieux routier du code libre, qui siège également au conseil d'administration de Compiere ou de Pentaho après avoir accompagné des éditeurs comme JBoss (racheté par Red Hat) ou XenSource (repris par Citrix), partage sa vision sur l'évolution du modèle Open Source, les orientations stratégiques de SugarCRM ou encore l'avenir de MySQL.

L'éditeur Open Source emploie 140 personnes et s'apprête à sortir la version 5.5 de son applicatif, dont l'un des objectifs est de mieux s'intégrer aux environnements de cloud computing du marché. Un domaine, qui avec le développement en Europe, fait partie des priorités de Larry Augustin.

augustinLeMagIT : En mai, vous avez remplacé le Pdg et fondateur de SugarCRM. Pourquoi ce changement ?

Larry Augustin : J'étais déjà au conseil d'administration de SugarCRM depuis 4 ans. Nous avons senti qu'il était temps pour l'entreprise de passer un nouveau cap et de changer de Pdg. J'ai donc pris le poste par intérim et John Roberts a quitté l'entreprise. Il n'est plus au capital. Nous cherchons un nouveau Pdg, sans pression particulière.

LeMagIT : Quelle est la position de SugarCRM sur le marché ?

L.A. : Nous avons 5 500 clients qui payent pour notre solution. 40 % de notre activité provient de l'international, majoritairement d'Europe où nous connaissons la croissance la plus forte. Au début de 2010, je pense que le Vieux Continent pèsera pas loin de la moitié de notre chiffre d'affaires, avec des présences très fortes en Allemagne et aussi en France.

Ce différentiel de croissance provient certainement des effets de la crise, qui a affecté plus durement les Etats-Unis. Autre conséquence de la situation économique : le nombre d'installations de la version gratuite de notre logiciel (version Community, ndlr) a bondi à 40 000 par mois. Notre priorité est de convertir ces utilisateurs en clients.

Pour l'instant, SugarCRM n'est pas une société profitable, même si nous n'en sommes plus si loin. Mais ce n'est pas réellement une priorité, car nous avons beaucoup d'argent en banque (l'éditeur a levé pas moins de 46 millions de dollars auprès d'investisseurs, ndlr).

LeMagIT : Sur le créneau du CRM pour les comptes intermédiaires, Salesforce fait figure de principal succès. Avec une approche pourtant très propriétaire...

L.A. : C'est un énorme marché, où évoluent aussi des acteurs comme Microsoft, avec Dynamics CRM, ou Sage. Mais c'est vrai que Salesforce a connu un développement rapide, car ils proposent une solution simple et rapide à mettre en œuvre. Précisément ce qu'attendent les clients. Leur offre pour 5 utilisateurs est moins onéreuse que notre offre Enterprise. Seulement, une fois ce premier pas franchi, dès qu'ils veulent monter en charge, les utilisateurs découvrent qu'ils sont prisonniers des conditions commerciales de Salesforce. Nous voulons offrir la même simplicité d'emploi, la flexibilité en plus. Avec, qui plus est, les bénéfices qu'amènent nos partenaires, en matière de verticalisation ou d'intégration avec d'autre solutions comme l'ERP Compiere.

LeMagIT : Prévoyez-vous de faire évoluer le modèle économique de SugarCRM ?

L.A. : J'aime le modèle de l'Open Source commercial tel que nous le pratiquons. SugarCRM doit surtout se concentrer davantage sur ses clients, plutôt que sur les aspects techniques. Nous devons davantage parler métiers, processus. L'autre axe majeur de notre stratégie, c'est le cloud computing, un prolongement naturel étant donné que nous sommes une application de la génération Web. Nous venons d'annoncer la disponibilité de notre version Community sur Amazon et nous cherchons de nouveaux partenaires. Même si nous faisons tourner notre propre datacenter (pour l'offre en Saas, ndlr), nous n'envisageons pas de mettre sur pied notre propre environnement de cloud. Quand Salesforce s'est lancé, il a fallu qu'il bâtisse sa propre infrastructure, mais aujourd'hui, ça n'a plus de sens.

LeMagIT : L'Open Source ne va-t-il pas perdre sa particularité, son identité dans l'univers du cloud computing ?

L.A. : Je dirai au contraire que l'identité de l'Open Source est plus forte dans le cloud computing que dans le Saas. Les services cloud sont bâtis sur l'Open Source et ils permettent aux applications libres de tourner partout.

De plus, avec le cloud, contrairement au modèle Saas, les utilisateurs possèdent leurs données et peuvent les déplacer par exemple d'Amazon vers Rackspace ou l'inverse. Bien sûr, les API sont différentes. Nous encourageons d'ailleurs les acteurs de cette sphère à améliorer la portabilité entre les différents environnements, en adoptant des standards.

LeMagIT : Concernant les briques de base de l'Open Source, votre applicatif repose sur MySQL. Etes-vous inquiet de l'avenir de la base de données libre maintenant qu'elle est passée dans le giron d'Oracle ?

L.A. : Je suis inquiet, même si je pense que je ne devrais pas l'être ! Même si je ne sais pas ce que Larry Ellison a en tête, je pense qu'Oracle verra le bénéfice qu'il pourra retirer de ce qu'est MySQL, qui lui permet d'adresser un segment de marché qu'il ne touche pas pour l'instant. Et si ce n'est pas le cas, ce n'est pas si grave car MySQL est écrit en code GPL, auquel chacun peut avoir accès.

LeMagIT : Y-a-t-il une autre issue pour un éditeur Open Source qui se développe que de se vendre in fine à un plus gros poisson, souvent venu du monde propriétaire ?

L.A. : Les éditeurs en place réalisent qu'ils ont besoin de disposer dune offre Open Source. Ils se positionnent donc en acheteurs. Mais, plus largement, ce phénomène concerne toute l'industrie du logiciel, qui se concentre. Et cette tendance est là pour durer encore un bon moment.

En complément :

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