Tribune : Master Data Management : le temps de passer à l’action ?

Un vif intérêt auprès des directions informatiques ; des directions fonctionnelles qui prennent conscience que l’information est une de leurs ressources critiques et qu’elles doivent prendre en main leur gouvernance ; un marché qui se consolide et sur lequel tous les grands acteurs du logiciel sont désormais positionnés ; des solutions qui évoluent vers plus de simplicité et des coûts d’entrée moins dissuasifs… tous les éléments semblent rassemblés pour que l’adoption du Master Data Management s’accélère très nettement en 2010.

Tout porte à croire que l’année 2010 constitue un déclic pour le marché du Master Data Management. Elle a d’ailleurs commencé en fanfare du côté des fournisseurs de solutions :

• Dès le 4 janvier, Oracle lançait les débats, avec l’acquisition de Silver Creek Systems, fournisseur de solutions de qualité de données et de gestion des référentiels produits.

• Quelques jours plus tard, l’éditeur Open Source Talend lançait sa solution MDM, consécutivement au rachat de la société Amalto.

• Le 29 janvier, Informatica officialisait le rachat de Siperian, un des « pure players »du marché du MDM. Cette annonce n’aura finalement surpris personne, tant l’éditeur traçait depuis plusieurs mois, doucement mais surement, son chemin vers ce marché, à coup d’acquisitions bien ciblées et de partenariats pointus.

• Le 3 février, IBM répliquait du tac au tac avec l’acquisition d’Initiate Systems. Bien que faisant l’objet de rumeurs persistantes depuis plusieurs jours, ce rachat était de son côté plus difficile à anticiper, dans la mesure où IBM disposait déjà d’une offre positionnée parmi les leaders du marché du MDM, d’autant qu’on murmure que cette acquisition pourrait avoir couté à IBM entre 300 et 450 millions de dollars !

• Puis, à l’occasion de ses Techdays, Microsoft présentait Microsoft Data Services, qui fait désormais partie de SQLServer 2008 R2. Dans ce cas, non seulement ce lancement n’a surpris personne, mais il était attendu avec impatience depuis qu’en 2007 Microsoft avait racheté la société Stratature.

Avec ces annonces, IBM et Oracle se renforcent, tandis qu’Informatica, Microsoft et Talend rejoignent un marché aux contours déjà bien délimités, aux côtés d’autres grands noms du logiciel comme Information Builders, SAP, Sas Institute ou encore Tibco ; un marché à la santé presque insolente si l’on en croit le français Orchestra Networks, dont le chiffre d’affaires a doublé durant l’année 2009.

Un marché tiré par les exigences des métiers
Le marché du MDM est donc sous les projecteurs. Pas seulement du côté de l’offre d’ailleurs, puisque beaucoup d’initiatives se dessinent actuellement du côté de la demande. Cette dernière est pressante : au cours des vingt dernières années, les entreprises ont eu tendance à négliger la dimension informationnelle de leurs systèmes d’information qui leur tenait pourtant tant à coeur dans les années 1980 (les « vétérans » parmi les lecteurs se souviennent sans doute de l’époque où les modèles de données s’affichaient fièrement en poster dans les bureaux du département informatique). A coup de mise en oeuvre de grands progiciels, de méthodologies objets, ou d’architectures SOA, les modèles de données sont ensuite passés au second plan, laissant la vedette aux processus de gestion.

Mais les temps changent. Prenons l’exemple du commerce électronique. Il y a deux ou trois ans, l’excellence opérationnelle faisait la différence entre les web-marchands. Celui qui était capable de s’engager sur un délai de livraison sortait du lot. Désormais, cette capacité est un pré-requis et les frais de livraison sont même souvent à la charge du commerçant. Ce qui différentie les web-marchands désormais, ce n’est plus tant leurs processus de gestion que leur capacité à informer et à conseiller via des recommandations personnalisées, à proposer une description précise et attractive du produit en fonction des besoins du client, des avis de consommateurs...

Conclusion ? L’information en tant que matière première est repassée au premier plan, et l’entreprise doit s’organiser en conséquence. Disposer d’un référentiel informationnel transverse aux organisations, aux processus et aux systèmes d’information est une nécessité, de même qu’il faut y dédier une politique pour en maîtriser la qualité, le partage et la sécurité.

Cette nécessité émane des métiers bien plus que de la direction informatique : les nouvelles réglementations et les exigences de transparence imposent aux directions financières et des risques cette transversalité et cette responsabilisation vis-à-vis du contenu ; la R&D y trouve ses usages dans l’accélération des délais de référencement des produits lors de leur introduction sur le marché; le marketing, la vente et le service recherchent de leur côté une vision commune du client en mode multi-canal ; les achats en bénéficient pour optimiser la gestion des dépenses ; sans compter toutes les données d’organisation dont toutes les activités ont besoin pour fonctionner : information partagée sur les employés, les locaux, les équipements, les organisations…

Pour l’informatique, le MDM tombe aussi à point nommé : pour préserver le patrimoine applicatif existant à l’heure où il n’est plus d’actualité d’investir sur une nouvelle génération de systèmes en remplacement de la génération précédente ; pour fédérer la multiplicité des sources d’informations, internes ou externes, structurées ou non structurées ; ou encore en tant que colonne vertébrale d’une architecture SOA, afin de s’assurer que chaque transaction soit accessible « as a service », sans avoir à se soucier de transcodifications de données lors de son invocation.

Le MDM, fils spirituel du CRM ou de l’ERP

Depuis 5 ans environ, le MDM fait parler de lui, et sa courbe de maturité n’est pas sans rappeler celle du CRM ou de l’ERP : comme eux, il concerne un sujet transverse aux activités d’une entreprise ; il nécessite lui aussi un alignement très fort entre les directions fonctionnelles et la direction informatique ; il impose une rigoureuse gestion du changement et la mise en oeuvre d’une nouvelle chaîne de responsabilités ; et il est « un voyage plutôt qu’une destination », c'est-à-dire qu’il se met en place dans le cadre d’initiatives dont la durée de vie n’est pas limitée dans le temps. Tout a commencé par quelques grands projets menés par une poignée de pionniers. Les résultats obtenus ont été suffisamment significatifs pour convaincre un nombre plus important d’entreprises à se lancer dans le grand bain. Puis, on a glissé sur la « courbe de désillusion » : le concept est resté attractif, mais sa mise en oeuvre et la gestion de changement à mener pour son adoption à grande échelle s’est révélée plus complexe que ce qu’on imaginait. Mettre en oeuvre un tel projet est alors apparu « trop long, trop lourd, trop cher », et le concept en est même arrivé à faire un peu peur.

Comme pour l’ERP et le CRM, une troisième vague de projets se dessine désormais. Les technologies sont plus mûres et se démocratisent ; les démarches de mise en œuvre deviennent plus pragmatiques et mieux maitrisées. Les coûts de mise en oeuvre sont plus raisonnables. Et surtout, il existe de multiples moyens de démarrer un projet MDM de manière progressive :

• Référentiels internes pour développer les premiers « quick wins » avant de s’attaquer aux « gros morceaux », comme les référentiels clients ou produits • Mise en oeuvre du MDM analytique, visant à normaliser les dimensions, les caractéristiques et les hiérarchies pour l’analyse et le croisement des données des systèmes décisionnels, avant de s’intéresser dans un second temps au MDM opérationnel.

• Modernisation des applications d’administration des données et de gestion des tables de référence, héritées des applications grands systèmes (notamment dans les banques et assurances).

• Mise en oeuvre progressive par ajout de services, en commençant par la mesure de la qualité des données et la correction des données quand elle peut être automatisée ; puis, mise en oeuvre d’une politique de gouvernance de données en définissant les responsabilités et les processus de certification et de protection des données ; enfin, dans un troisième temps, mise en place d’un système centralisé de gestion de référentiel.

Dans le monde des ERP ou du CRM, l’expérience a montré que bien que la valeur de ces solutions soit d’amener plus d’intégration et de transversalité, une mise en oeuvre jusqu’au boutiste de ces concepts se heurte aux réalités du terrain : peu d’entreprises disposent au final d’une unique instance complément intégrée de ces solutions. Tout porte à croire que le MDM suivra cette même tendance.

(*) Selon Wikipedia, le Master Data Management est la discipline qui s'applique aux données de référence partagées par plusieurs systèmes d’information ou organisations distinctes... Le MDM est nécessaire pour garantir la cohérence des données entre processus et fonctions métiers … et améliorer leur qualité aux bénéfices des processus opérationnels et décisionnels, et des applications sous-jacentes, consommatrices d'informations.

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