Elections US 2008 (part 1) : la société de l’information au cœur des programmes

A quelques semaines désormais du dénouement et tandis que l’on connaît désormais les forces en présence LeMagIT vous propose de lire ou relire une série mise à jour d’articles que nous avions publié au printemps dernier, alors que les primaires américaines battaient leur plein et que notre site en était encore à sa version alpha.

Tandis que le gouvernement français a profité du remaniement de mars 2008 pour se doter d'un secrétaire d’état à l’Economie numérique qui devrait rendre son rapport développement numérique 2012,  il s’agit d’aller plus avant dans les programmes des candidats demeurant en course : Barack Obama côté démocrates et John McCain, pour représenter le camp républicain.

Et ce qui frappe de prime abord, c’est la manière dont les technologies de l’information et l’économie numérique constituent un enjeu nécessitant la construction de discours qui dépassent largement le monde de l’informatique. Fiscalité, Net « neutrality », fracture numérique, vol de données personnelles, formation, immigration d’informaticiens, IT verte : chaque candidat a fait valoir son point de vue. Revue de programmes par thème.

Structure d’Internet


Une question revient sans cesse aux oreilles des candidats : est-il pour ou contre la « net neutrality » ? Assez peu débattue en France, la nature neutre – c’est à dire libre d’accès, sans contrôle d’un opérateur sur les contenus et sans formatage propriétaire - du réseau apparaît comme un enjeu central aux Etats-Unis. Côté démocrates, Obama milite pour la neutralité, au point de vouloir légiférer afin de sanctuariser le réseau. De son côté John McCain est plus nuancé : un réseau ouvert et non dirigé d’accord, mais autorégulé. L’important, aux yeux du républicain, est de laisser le marché et les évolutions technologiques gérer les équilibres sur le net. L’enjeu est de taille tant les différents candidats estiment qu’Internet est un élément clé du développement économique, social et éducatif au XXIème siècle. Reste que la question du contrôle du net devient un enjeu de sécurité nationale comme on a pu le voir récemment en Géorgie. Et dans ce cas, l’administration américaine a déjà montré jusqu’où elle pouvait faire reculer les libertés publiques.

Fiscalité sur les technologies de l’information

Belle unanimité : les deux camps sont favorableq à des taxes plutôt faibles, voire inexistantes, dès lors qu’il s’agit des technologies de l’information. Des nuances cependant dans les modalités d’actions fiscales. Si Barack Obama est contre la taxation des échanges sur Internet pour soutenir le cybercommerce, il a également voté contre la poursuite de la réduction des impôts sur le capital et les dividendes.

Au contraire,  John McCain – comme Hillary Clinton du temps où elle était dans la course - considère qu’une fiscalité allégée sur le capital favorise les investissements. McCain est même favorable au prolongement de la sanctuarisation fiscale du cybercommerce. Des propositions de soutien donc à un secteur jugé clé pour l’avenir économique et l’indépendance technologique des Etats-Unis.

A 10 000 lieux de ce que prépare ou a régulièrement évoqué le gouvernement français : du prix des licences UMTS à la future taxe sur les produits électroniques ou sur Internet dans le cadre de la réforme de l’audiovisuel public, l’Etat français n’a de cesse de voir dans le développement de la société de l’information une vache à lait potentielle.

Fracture numérique

« Il faut la combler ». Tous le monde est d’accord. Reste à savoir par quel moyen. Et là peu de propositions pour l’instant, si ce n’est de poursuivre l’effort d’équipement des établissements scolaires entamé avec le programme E-rate. Barack Obama glisse d’ailleurs perfidement être très honoré du soutien officiel de Reed Hundt et Bill Kennard, les anciens présidents de la FCC (Federal communications commission) deux hommes ayant créé et mis en oeuvre E-rate du temps de l’administration Clinton (Bill) …

Immigration

Là encore, une différence de taille avec le débat en France : Obama et McCain sont tout deux favorables à l’ouverture des frontières, notamment concernant les populations étrangères diplômées. Reste que personne n’ose aller aussi loin que Bill Gates. Depuis de nombreuses années l’ex-patron de Microsoft – par ailleurs soutien des démocrates – explique inlassablement combien Microsoft a besoin des ressources des développeurs étrangers sur son campus de Redmond pour croître et innover. En mars dernier, il se montrait franchement alarmiste devant les députés du Committee on Science and Technology. Selon lui, le contingentement actuel du nombre de visas H-1B (concernant les immigrants diplômés, ce visa temporaire est délivré pour une période de trois ans) à 65 000 par an est nettement insuffisant et pourrait – à terme – faire perdre aux Etats-Unis son leadership en matière de technologie de l’information, au profit de l’Inde ou de la Chine. Gates milite pour une augmentation importante du nombre de visas ainsi que pour des procédures allégées et la délivrance d’un statut de migrant pour les actuels titulaires du H-1B. Hillary Clinton – hors course – semblait au départ la plus ouverte à ces propositions, mais personne n’ose encore adhérer totalement aux vues de Bill Gates, jugées trop radicales.

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