Wimax : Bolloré rachète mais ne déploie toujours pas

Bolloré Telecom a mis la main hier sur 8 des onze licences régionales de HDRR, la filiale WiMax de TDF. S'il est validé par l'Arcep, ce rachat permettra à l'opérateur de disposer de licences dans vingt des vingt-deux régions françaises. Reste que les licences ne font pas tout : les déploiements de Bolloré sont au point mort, alors que l'opérateur s'était engagé à disposer de près de 1 000 sites opérationnels à la mi-2008.

HDRR, la filiale de TDF, LD Collectivité et de la Caisse des dépôts et consignations, a pousuivi hier un piteux retrait du marché Wimax en cédant à Bolloré Telecom huit de ses onze licences régionales, ainsi que les réseaux déjà déployés dans ces régions. Cet accord permet à Bolloré de détenir des licences dans vingt des vingt-deux régions françaises et de disposer d'un spectre quasi-national, à l'instar de Free. 

bollorewimax

La cession est présentée par les deux sociétés sous un jour très positif, TDF et Bolloré Telecom estimant qu'elle « crée les conditions indispensables au déploiement et à l’accélération de la pénétration du Wimax en France ». On pensait (naïvement sans doute) que ces conditions avaient à l'origine été fixée par l'Arcep lors de sa procédure d'attribution de licence et que les opérateurs les avaient acceptées en s'engageant licence régionale par licence régionale sur des objectifs concrets. Sinon pourquoi découper l'appel d'offre par régions s'il s'agissait à l'arrivée de reconstituer une licence nationale par assemblage capitalistique ?

Des engagements bien loin d'être tenus

Rappelons-le, parce que cela est important, Bolloré n'a obtenu ses licences que parce qu'il s'était engagé à ouvrir ses services commerciaux en 2007 et à déployer près de 1 000 sites radio d'ici la mi-2008 et près de 4 900 d'ici 2013. En fait de 1 000 sites déployés, l'opérateur ne dispose à ce jour que de trois sites de test, sur son siège à Puteaux, chez Havas à Suresnes et dans le 16e arrondissement de Paris. Pour un opérateur qui promettait de désenclaver les campagnes, on est loin du compte. Chez HDRR, la situation est un peu meilleure, avec quelques réseaux déployés, mais  la société s'est déjà désengagée de plusieurs projets, dont une délégation de service public dans le Gard.

L’accord entre le groupe TDF et Bolloré Telecom est soumis à l’approbation de l’ARCEP, qui de toute façon doit faire un premier bilan des déploiements au 30 juin. On espère que l'autorité fera plus qu'avaliser silencieusement l'accord et punira comme il se doit les attributaires de licences pour le non respect de leurs engagements (notons que nous avons peu d'espoir en la matière, vu la façon désinvolte dont l'autorité a, par le passé, traité les dossiers des manquements en couverture des opérateurs BLR et 3G). En France, c'est notoire, le régulateur est faible, n'a qu'une indépendance tout relative et plie facilement.

Pour leur défense, les opérateurs pointent du doigt l'absence d'équipements certifiés

On connait par avance l'axe de défense des opérateurs WiMax français. Comme ils le font régulièrement depuis deux ans, ils vont mettre en avant l'absence d'équipements certifiés pour le WiMax en 3,5GHz. C'est vrai, mais il n'a jamais été précisé qu'il fallait des équipements 802.16e certifiés pour déployer. De plus, cette absence doit beaucoup aux faibles investissements des opérateurs.

Aux Etats-Unis, où Clearwire et Sprint ont investi lourdement dans leur réseau WiMax 2,5 GHz, de nombreux équipementiers ont fait certifier leurs équipements assurés de disposer d'un large marché. Cette certification s'est d'ailleurs  opérée après le déploiement, puisque le réseau a été déclaré  opérationnel sur trois marché en fin d'année 2007 alors que le Forum WiMax n'a annoncé  sa première certification en vague 2 d'équipement WiMax Mobiles 802.16e en 2,5GHz que le 17 juin. Si les opérateurs français s'étaient engagés sur des commandes, on aurait sans doute vue les équipementiers faire pression pour faire certifier des équipements 3,5GHz. Cela n'a pas été le cas. Autant dire que si les opérateurs français persistent sur cette ligne de défense de l'absence d'équipements certifiés en 3,5 GHz, l'hexagone n'est pas prêt de voir un réseau WiMax opérationnel. Les certifications vague 2 d'équipements WiMax dans la bande de fréquence des 3,5 GHz ne sont en effet pas attendues avant la fin de l'année.

En savoir plus :

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« La réalité des certifications WiMax », Une analyse de Gartner sur les certifications WiMax (PDF)

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