Bruno Vanryb, Syntec Numérique : "en France, l'économie de l'immatériel est mal perçue"

A la tête du collège éditeurs de Syntec Numérique (le nouveau nom de Syntec Informatique), Bruno Vanryb, président de Avanquest Software, revient sur le nouvel élan que la chambre patronale entend donner à la voix du logiciel. Une voix qui a bien besoin de se faire entendre alors que le gouvernement s'apprête à raboter des dispositifs clefs dans le financement des entreprises innovantes et que le Grand Emprunt semble vouloir oublier quelque peu le logiciel.

bruno vanrybLeMagIT : Syntec Numérique vient de dévoiler son programme d'actions en faveur du logiciel. Dans quelle démarche vous inscrivez-vous ?

Bruno Vanryb : La volonté est de créer une filière d'éditeurs et de créateurs de logiciels, qui englobe tous les aspects allant du système éducatif au financement. Voilà pour l'objectif à long terme. Dans l'année qui vient, nous allons marquer notre différence avec le passé de Syntec Informatique, en mettant en place les outils de base de la profession (création d’un baromètre trimestriel de la croissance des éditeurs ; sortie d’un livre « Noir & Blanc » à l’attention des pouvoirs publics ; création d'un classement Syntec 250 des éditeurs en fonction de leur métier et non seulement de leur taille, NDLR).

La position des éditeurs au sein de Syntec Numérique a déjà changé. Alors qu'ils ne disposaient pas des moyens et de l'autonomie nécessaires pour s'organiser en filière au sein de Syntec Informatique, nous partons sur des bases entièrement nouvelles, avec un collège élu (par les éditeurs membres du conseil d'administration, NDLR), des outils propres et un budget dédié. Même si Syntec Informatique comptait dans ses rangs 450 éditeurs parmi quelque 1 100 membres, la gouvernance ne leur donnait pas l'autonomie nécessaire.

LeMagIT : Lors de sa nomination, Guy Mamou-Mani, le président de Syntec Numérique, annonçait vouloir ouvrir la porte à l'Afdel, association qui entend aussi porter la voie de l'édition logicielle dans le pays. Où en sont aujourd'hui ces discussions ?

B.V. : C'est une initiative que nous avons prise conjointement, Guy Mamou-Mani et moi. Notre priorité est de tendre une perche à l'Afdel pour collaborer sur des sujets où nous sommes en accord, par exemple dans des opérations de lobbying auprès des pouvoirs publics. Nous pensons que la logique veut que, à terme, tous les gens qui travaillent sur l'édition logicielle s'unissent et un dialogue constructif avec l'Afdel doit se poursuivre. Mais aucun projet de rapprochement à court terme n’est à l’ordre du jour.

LeMagIT : Vous annoncez votre programme en faveur du logiciel à l'heure où le Parlement, dans ses discussions sur le projet de loi de finances, envisage de raboter deux des mesures favorisant la création d'entreprises innovantes, le statut de Jeune Entreprise Innovante et le Crédit Impôt Recherche...

B.V. : Nous défendons bien sûr ces deux dispositifs, d'autant qu'en tant qu’ancien président de Croissance Plus, j'ai participé aux discussions qui ont abouti à leur naissance ou à leur renforcement. Plutôt que de démarrer par des communiqués, nous avons choisi de mener des opérations de lobbying directement auprès des cabinets ministériels. Des rendez-vous ont déjà été pris pour éviter que des décisions contre-productives ne soient prises.

LeMagIT : Pensez-vous qu'il soit encore possible de faire reculer le gouvernement sur ces deux sujets ?

B.V. : Ma stratégie consiste plutôt à proposer des solutions nouvelles et créatives qui prennent en compte toutes les contraintes des différents intervenants pour fédérer les parties prenantes, plutôt que de mettre en porte-à-faux nos interlocuteurs.

LeMagIT : Comme le retour d'un Small Business Act (disposition prévoyant de réserver une part de l'achat public aux petites entreprises) à la française ?

B.V. : C’est un bon exemple. A ce titre, le fait que la ministre des Finances reste en poste est un plus. Cela permet de travailler dans la continuité.

LeMagIT : Courant 2011, vous remettrez un livre « Noir & Blanc », à l’attention des pouvoirs publics, les alertant notamment sur les blocages que connaît l'industrie du logiciel. Quels sont, selon vous, les principaux points noirs ?

B.V. : Partons d'abord du constat : à quelques exceptions près, l'édition logicielle n'est pas un métier où la France a su développer de grands champions de taille mondiale. Plus globalement, alors que l'édition logicielle dans le monde représente environ 300 milliards d'euros, la marché français ne pèse que moins de 5 milliards. C'est très faible compte tenu du poids économique de la France. Et c'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à m'impliquer dans Syntec Numérique.

De nombreuses personnes avancent des raisons différentes pour justifier ce décalage. C'est pourquoi nous avons lancé ce travail autour de ce livre « Noir & Blanc », afin de dégager des lignes de force permettant de saisir les vrais enjeux. Personnellement, je pense qu'il s'agit d'un problème culturel global : l'économie de l'immatériel est mal reconnue en France. Tant pour ses apports économiques et en termes d'emploi, que tout simplement sur un plan comptable ! Le meilleur exemple de ce défaut de perception ? Le Grand Emprunt, où il sera plus facile de financer de nouveaux réseaux à haut débit - alors que la France est déjà le pays européen le mieux équipé - ou des fermes de serveurs, que de donner de la visibilité aux éditeurs de logiciels. Car lancer un appel à projets de deux mois sur les « nouveaux usages » reste une approche très théorique de l'activité logicielle. Dans la vraie vie, ce n'est pas ainsi que se développent les logiciels innovants ! Bien sûr, le Grand Emprunt reste une bonne idée et nous proposerons des initiatives, mais le logiciel n'héritera que de la portion congrue de l'enveloppe totale. Il y a encore un grand pas à franchir pour que les pouvoirs publics s'adaptent au fonctionnement de l'économie de l'immatériel et nous voulons les y aider.

LeMagIT : Sur proposition du sénateur Marini, le projet de loi de finances prévoit la création d'une nouvelle taxe sur les échanges B2B sur Internet et la publicité online. Comment réagissez-vous ?

B.V. : Le sénateur s'inquiète de voir que, du fait de la dématérialisation des échanges, certains acteurs online ne participent plus au financement des pays dans lesquels ils opèrent. Si le problème mérite d’être posé, la solution proposée - une nouvelle taxe - n'est évidemment pas acceptable.

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