Emploi IT 2012-2013: un marché au ralenti mais de façon contrastée

D'un côté, la progression du chômage, le bilan et les prévisions d'embauche plutôt maussades de Syntec numérique et de l'association des éditeurs (Afdel). De l'autre, des PME en forte croissance qui peinent à trouver les compétences voulues. Paradoxe (habituel) du marché de l'emploi informatique exacerbé par la dégradation de la situation économique.

«  Face à la crise, les entreprises de haute technologie restent globalement sereines » affirme le dernier baromètre de Deloitte. Pour preuve : 88% d'entre elles ne prévoient pas de licencier. Trois sur quatre assurent vouloir continuer à recruter. Et ce, même si des coupes budgétaires sont au programme pour 40% d'entre elles. Une sur trois pense avoir des difficultés à financer ses projets, au point de devoir les reporter (pour une sur quatre). D'emblée, précisons que le panel d'entreprises évoqué ainsi par le baromètre de Deloitte est constitué de PME technologiques (pas toutes du secteur IT) qui sont ou ont été candidates au Palmarès Fast 50 depuis 2006 (*). Dont 70% (sur les 105 du panel) comptent moins de 50 salariés. Il n'empêche : le « volontarisme » de ces employeurs souligné par Deloitte glisse une légère note de bleu dans un ciel de l'emploi informatique de plus en plus nuageux. Une semaine après le constat de dégradation de l'activité au second semestre présenté par Syntec numérique, menant pour l'année 2012 à un bilan de création nette d'emplois nettement inférieur aux prévisions, et à une perspective guère plus encourageante pour 2013 (marché plat), c'est en effet au tour de l'Afdel (association des éditeurs de logiciels et de solutions internet) de pressentir une restriction de l'embauche.

Recrutement: 10%, turnover: 10,8%

Selon les déclarations d'un panel représentatif de 50 éditeurs (13 100 salariés) de tailles diverses (1ère édition d'un baromètre RH), le recul serait de l'ordre de 7% en 2012 par rapport à 2011. Et ce, dans une filière professionnelle réputée non figée et qui le confirme, avec un taux de recrutement de 10% et un turnover légèrement supérieur (10,8%). Un constat (contraction de l'embauche malgré le turnover) d'autant plus inquiétant que la moyenne d'âge du secteur est de 36 ans et que la part des débutants dans les statistiques d'embauche a été divisée par deux (22% en 2012, 15% dans les entreprises de moins de 50 salariés) au profit des expérimentés. Au final (croissance plate des SSII, réduction de voilure des éditeurs), rien d'étonnant à ce que sur le front du chômage des informaticiens, la situation ne s'améliore guère. Au contraire : en octobre, Pôle Emploi enregistre 900 demandeurs d'emplois de plus qu'en septembre, soit 36 400 demandeurs d'emploi, en tenant compte de ceux déclarant une activité réduite, 5 000 de plus en six mois.

Difficultés persistantes de recrutement

 

Les principaux résultats du baromètre Afdel

En même temps, de toutes parts ( bilan semestriel de Syntec numérique, baromètres Afdel ou Deloitte), les difficultés persistantes, voire croissantes, de recrutement sont mises en exergue. Dans la sphère des start-ups et autres entreprises du Fast 50, c'est le cas pour 67% des employeurs cette année (contre 50% en 2011). Qui comptent sur leur spécificité d'entreprises en croissance soutenue, ou une ouverture à l'international (dans un cas sur trois) pour attirer et fidéliser, mais plus rarement sur les avantages extra-salariaux (18%). Chez les éditeurs, l'embauche d'ingénieurs développeurs est quasiment considérée comme un défi (91% des cas). Plus de la moitié des entreprises déclarent mettre plus de trois mois à recruter dans les fonctions administratives, support et marketing. Plus la structure est petite, plus le challenge est ardu.

A l'inadéquation des profils (invoquée deux fois sur trois) s'ajoute le déficit de notoriété, face auxquels d'aucuns disent devoir « déployer des efforts importants de marketing social ». Au delà des sites dédiés et de la fréquentation des réseaux sociaux, la cooptation est le recours privilégié par les petites structures de moins de 50 salariés. A Paris (59% des effectifs du secteur) ou en Province, les niveaux de salaires ne distinguent guère les informaticiens d'autres catégories d'ingénieurs ou de cadres. Soit en salaire brut médian, pour un ingénieur développeur environ 50400 euros en Ile-de France, 41200 en Province), avec un maximum autour de 72000 euros (Paris) et un minimum voisin de 35000 euros (en Province).

Ce premier état des lieux de l'Afdel (première édition d'un baromètre mis en place en partenariat avec Apollo Conseil &Courtage, pour aider les employeurs de ce secteur à se « benchmarker ») souligne la focalisation de cette filière sur son cœur de métier : le développement de produits logiciels. Spécificité française, selon l'Afdel, les effectifs marketing restent en retrait (4% en moyenne, contre 29% d'ingénieurs en développement dans l'effectif total de l'entreprise). L'enquête relève par ailleurs un taux de recrutement de 15% pour les métiers de support client. Signe selon l'Afdel d'un regain d'attention portée à la base installée en période de tension économique (mais sur une fonction que l'on sait plutôt sujette à un fort turnover).

       

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