La crise catalyseur de l'Open Source ? Réactions sur Solutions Linux

Pour PAC, pas de doute : avec 33 % de croissance en 2009, l'Open Source en France a profité de la crise. Mais ce boom est-il pleinement ressenti chez les acteurs du logiciel libre, présents sur Solutions Linux ? LeMagIT.fr est parti faire ses relevés sur le terrain. Réactions.

PAC avait donné le la quelques jours avant l’ouverture de Solutions Linux 2010 : l’Open Source en France, en affichant 33 % de croissance en 2009, a bel et bien profité de la crise. Les quelque 1,5 milliard de chiffre d’affaires généré sur la période témoignent d’un secteur en bonne forme et confirme que l’Open Source reste un segment prometteur, tant le cabinet anticipe une progression régulière du secteur jusqu’en 2012.

Solutions Linux : fréquentation stable en 2010
Selon Tarsus, organisateur de Solutions Linux 2010, le salon cette année a reçu la visite de 8 212 personnes, contre 8 400 en 2009. Des chiffres "stables pour un contexte de crise", explique l'organisateur. Côté exposants, la tendance est identique. Le crû 2010 a totalisé 212 exposants, contre 220 en 2009.
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Reste que tout n’est pas si rose. Beaucoup de marques clé de l’Open Source ont ainsi choisi de déserter le salon Solutions Linux, qui se tenait la semaine dernière à Paris. Si la présence de plus en plus remarquée d’hébergeurs ou d'éditeurs de solutions pour le Cloud Computing, comme Usharesoft, confirme la tendance à rapprocher Cloud et Open Source, du côté des applicatifs d’entreprise, comme les ERP et les CRM - des segments dont la montée en puissance, symbole d’une ”professionalisation” du secteur, était largement mise en évidence depuis au moins 2 ans sur le salon -, c’est morne plaine. SugarCRM, OpenERP, TinyERP, quelques fleurons du genre, mais également Red Hat, Novell, Ingres et IBM sont absents des stands. Microsoft, en revanche, trône en plein coeur de l’événement et parle intéropérabilité à tout va.

“Ce sont les intégrateurs qui prennent le relai”, commente Yves Moënner, directeur général de Elikya, société spécialisée dans les outils de veille Open Source. Ils deviennent la partie visible de l’Open Source, ceux sur qui reposent aujourd’hui - du moins sur Solutions Linux - les activités de marketing et de promotion. Linagora, l’un des SSLL (sociétés de services en logiciel libre) françaises les plus influentes, dont le gigantesque stand rutilant “ouvrait” le salon, en est certainement une illustration. Les éditeurs SugarCRM, Alfresco, OpenBravo ou Zimbra avaient eux choisi de promouvoir leur marque via leur partenaire intégrateur, StartXpert. 

On lorgne plus vers les métiers, moins vers la technique

En son nom propre, SugarCRM a fait un autre choix : le fleuron du CRM Open Source a troqué les allées de Solutions Linux contre le salon de la relation client (le pavillon d’à côté). Plus proche du métier donc et moins de la technologie, des DSI et des fournisseurs d’infrastructure.
Crise oblige, il est nécessaire pour les éditeurs d’aller attaquer d’autres lignes budgétaires - celle des directions métiers -, quitte à bypasser quelque peu les DSI. 

Tout laisse ainsi penser que si les chiffres PAC rayonnent d’optimisme, le secteur ne bénéficie pas d'un tel vent arrière. “On aimerait bien que cette croissance se traduise en succès commercial chez les éditeurs”, commente Philippe Montarges, co-président et fondateur d’Alter Way, spécialiste de l’Open Source en France, pour qui, si la croissance est bien là, elle se situe davantage dans la multiplication de petits projets, principalement sur les frontaux Web, que sur les gros déploiements chez les grands comptes. Ces 33 % de croissance ne se sont donc pas forcément traduits dans l'immédiat chez les acteurs de l’Open Source. Et de poursuivre : “avec les rachats que connaît le secteur [comme Sun / MySQL par Oracle, NDLR], la croissance ne s’infuserait-elle pas dans un autre modèle ?”. Bref, Philippe Montarges s’interroge, tout en expliquant qu’Alter Way a enregistré pendant la période de crise une augmentation de la demande en matière de prestations de conseil et d’audit, demande émanant d’entreprises attirées par l’Open Source.

Le conseil très sollicité

Son de cloche identique chez Alexandre Zapolsky, président de Linagora, qui d’une façon plus pragmatique, rappelle que, de par sa proposition de valeur (qui permet de faire plus avec moins), l’Open Source a inévitablement profité de la crise. Mais peu de sociétés en ont encore profité. “Ce sont les très grandes organisations qui ont subi le plus violemment l’impact de la crise. Car c’est là que les conséquences ont été les plus importantes, notamment au niveau de la diminution des budgets [...] Mais, ces entreprises ne peuvent pas s’arrêter d’innover. Parce qu’il y a la crise, elles doivent innover encore davantage. Il faut donc toucher au budget de fonctionnement. C'est pourquoi ces grands comptes ont ouvert un certain nombre de réflexions, notamment autour de l’Open Source”.

Comme Alter Way, Linagora a ainsi noté, durant cette période de crise, un accroissement des prestations de conseils stratégiques auprès des grands comptes. “Et cela va avoir des conséquences avec des effets de volume à partir de maintenant [...] Mais ce phénomène ne s’est pas encore traduit sur le marché, il n’y a pas eu de commandes massives. Cela devrait arriver une fois ces missions de conseil terminées”. En termes de chiffre d’affaires, les acteurs de l’Open Source n’auraient donc pas encore tiré pleinement profit de leurs incursions dans les grandes entreprises. Le meilleur reste peut être encore à venir.

En complément :

- L’édition Open Source, encore profitable grâce au Saas

- La crise sert de stéroïde pour l’Open Source à la Française, selon PAC

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