La crise sert de stéroïde pour l’Open Source à la Française, selon PAC

A la veille de Solutions Linux 2010, le cabinet Pierre Andoin Consultant publie une étude qui rappelle la position souveraine de la France sur le marché de l’Open Source européen. Si les investissements du secteur public sont encore le principal moteur du libre hexagonal, les entreprises lorgnent de plus en plus vers l’Open Source pour la mutualisation et les développements spécifiques. Un accélérateur de productivité, en somme.

Demain mardi 16 octobre, l’Open Source aura de quoi bomber le torse. A quelques heures de l’ouverture de l’édition 2010 de Solutions Linux (voir encadré), grand raout annuel de l’Open Source dans l’Hexagone, le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC) publie une étude qui encense l’Open Source hexagonal, le consacrant une nouvelle fois chef de file du mouvement en Europe pour 2009.

Red Hat et Ingres, les grands absents de Solutions Linux
La France a beau être le marché leader de l’Open Source en Europe, Red Hat, n°1 du secteur, et Ingres, l’une des bases de données Open Source les plus en vue, ont décidé qu’ils ne participeraient au salon Solutions Linux 2010, qui ouvre ses portes demain à Paris. Si Red Hat invoque des question d'allocation de budget marketing, Ingres parle quant à lui de “focalisation et de bande passante”, pour reprendre les propos d’Eric Soares, directeur Europe du Nord de l’éditeur de base de données Open Source. “Nous souhaitons aujourd’hui mettre un fort accent sur les ISV [Independent software vendor - éditeurs indépendants de solutions intégrées, NDLR ] et orienter le marketing vers ces derniers, avec nos partenaires.” Notons au passage que Red Hat et Ingres ont signé un partenariat sur l’intégration de leurs solutions respectives, portant sur Red Hat Entreprise Linux, le middleware Jboss et enfin la base Ingres.
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La raison première selon PAC : la crise, ses réductions de dépenses et ses coupures de budget, trois composantes d’actualité qui ont poussé les entreprises à regarder de plus près l'Open Source, attirées par son image “low cost”. Ou du moins par une perception des coûts différente (dans les services, notamment) de celle du modèle propriétaire.

2 Md€ en 2010, 3 Md€ en 2012

Ainsi, selon PAC, la France truste la première position du marché de l’Open Source en Europe avec, en 2009, plus de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires généré dans l’Hexagone. Suivent l’Allemagne et le Royaume-Uni. Et la croissance en France devrait se poursuivre en 2010 : PAC estime qu'elle atteindra 30 % et aménera le marché hexagonal pas loin des 2 Md€. Et qu'il flirtera avec les 3 milliards en 2012 - soit un doublement en 3 ans. Mais, rappelle PAC, l’Open Source ne représente encore que 4 % de la part totale du marché du logiciel et des services en France. Un marché qui s’établit, selon le cabinet, à quelque 34 milliards en 2009. Une portion riquiqui, donc. Mais la progression est telle, confie Mathieu Poujol, directeur du secteur technologies chez PAC, que “l’Open Source devrait franchir la barre des 8-10% en 2020”, citant une étude que le cabinet a réalisé pour la Commission européenne. 

Le secteur public : la locomotive

En attendant, si Mathieu Poujol reconnaît que le mouvement gagne de plus en plus le segment des entreprises privées, l’essentiel des investissements en France est encore réalisé par le secteur public ou par l’aérospatial et la défense, “deux secteurs où on retrouve beaucoup de sous-traitants qui utilisent le libre”. Et la France entend bien monter un peu plus au créneau en Europe, via notamment le très récemment créé Conseil National du logiciel libre (CNLL), dont une des missions consiste à terme à positionner le libre dans les marchés publics de l'Union.

Toutefois - et ce n’est pas forcément non plus une nouveauté - , la croissance qu’a connue l’Open Source en 2009 vient également du développement spécifique, analyse Mathieu Poujol : “une tendance qui consiste à utiliser l’Open Source pour démarrer les projets et accélérer la productivité, ou encore pour ses qualités de mutualisation et de collaboration, comme c’est par exemple le cas chez Airbus”. PAC mentionne également les logiciels hybrides (qui combine code Open Source et code propriétaire) comme un des facteurs de la croissance.

Autre effet de levier pour l’Open Source, le Cloud Computing ainsi que le Saas, qui ont reposé leur socle technologique sur des briques ouvertes. Si les raisons invoquées sont souvent - et encore ! - les faibles coûts de développement (qui permettent ainsi d’augmenter les marges, comme le laissait entendre une étude de Saugatuck), Mathieu Poujol met lui en avant les questions d’interopérabilité. “Le logiciel libre est vu comme une solution pour le Cloud Computing, de par ses standards et ses possibilités d’échanges entre plates-formes de Cloud“, souligne-t-il.

Open Source, du logiciel de crise uniquement ?

Pour autant limiter le phénomène à une recherche d'économies budgétaires liée à la crise serait  réducteur, avertit Mathieu Poujol, en se reposant sur les prévisions de croissance que devrait connaître l’Open Source en 2010 (30 %, rappelons-le). Même si ce facteur compte évidemment. Du moins dans l’esprit des décideurs qui, obnubilés par cet aspect, prennent encore difficilement en compte les différences en matière de modèles économiques, les spécificités du développement communautaire ou les exigences en matière d’ouverture du code.
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La fulgurante progression de l’Open Source dans les autres états européens (voir ci-dessus), comme la Russie ou la Roumanie, en est l’illustration. “Ces pays connaissent un fort niveau de rattrapage. Les pays baltes par exemple ont connu une crise très sévère et n’avaient d’autre solution que se tourner vers l’Open Source”, analyse Mathieu Poujol. Et pour cause : “dans ces pays, la main d’œuvre est moins chère, les services, moteur de l’Open Source, sont donc moins chers”.

Un argument qui, si on y regarde de plus près, peut également s’appliquer au marché de l’Open Source en France, constate Mathieu Poujol. “Dans l’Hexagone, le prix d’un ingénieur est un tiers moins cher qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni”. Un delta qui pourrait dès lors expliquer, pour partie, cette suprématie française sur ce segment.

Vague d'investissements dans les start-up du logiciel Open Source

Rappelons toutefois que l’Open Source a, ces derniers mois, attiré de plus en plus les investisseurs. Et en 2009, quelques éditeurs, certains français, ont bénéficié de financements externes. Citons Talend, Exo Platform, Wallix, Bonitasoft ou encore OpenERP. Des investissements dans des applications métier ou d’infrastructure qui montrent que l’Open Source n’est pas qu'un phénomène conjoncturel lié à la crise. Mais que le modèle est construit pour durer. Même si, souligne Mathieu Poujol, “les investisseurs sont arrivés tardivement en France. Ils ont pris moins de risques”.

Pour l'analyste, ce ne sont d'ailleurs pas ces fleurons de l'édition libre, ni les PME innovantes rencontrées lors de l'Open World Forum, qui alimenteront l'essentiel de la croissance du secteur attendue en 2010. Selon lui, les 30 % de progression seront en partie le résultat de services liés à la montée en puissance de frontaux Internet, développés sur une base de logiciels libres et sur des langages de scripting. Une demande qui d’ailleurs n’a pas tellement souffert de la crise, ajoute-t-il.

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