MAIF+MACIF+Matmut : la fusion de l’informatique au point mort ?

En mars 2009, la MAIF, la Matmut et la Macif dévoilaient leur intention de créer une société de groupe d’assurance mutuelle commune. A terme, cette structure, baptisée Sferen, doit permettre la réalisation d’économies d’échelles. Au sein des fonctions support mais aussi, et de manière assez évidente, de l’informatique. Aujourd’hui, ce volet serait au point mort, bien que nombre de blocages puissent sembler déjà levés.

La Lettre de l’assurance a vendu la mèche, en mars dernier : la MAIF, la Matmut et la Macif allaient annoncer la création d’une Société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam). Celle-ci a été finalement officialisée en décembre dernier. Et la Sgam d’avoir désormais un nom : Sferen. Le but évident de l’opération est de générer des économies d’échelles pour les trois mutuelles. Selon le syndicat Force Ouvrière, ce sont les fonctions support qui sont les plus menacées. Mais le cœur de métier ne devrait pas tarder à suivre. De fait, dès mars 2009, la Lettre de l’assurance indiquait la volonté des trois assureurs mutualistes d’utiliser cette nouvelle structure commune comme plateforme de développement pour leurs nouvelles offres – santé, prévoyance, services bancaires, par exemple. Déjà, à l’époque, un délégué CFDT de la Macif, la plus grosse des trois mutuelles à rejoindre la Sgam, nous expliquait que « l’informatique fait clairement partie des domaines où les enjeux [de mutualisation] sont importants. » Mais, un an plus tard, ce volet-là de la mutualisation serait au point mort.

Un historique trop lourd

La Maif et la Macif font déjà SSII commune
Inservio est une SSII néée en 2004, spécialisée sur le secteur de l’assurance et de la banque. En 2008, elle a réalisé 12,9 M€ de chiffre d’affaires, contre 9,1 M€ en 2007 et 2,1 M€ en 2005. En 2009, selon nos informations, son chiffre d’affaires atteindrait 14 M€. Inservio pourrait constituer un apport supplémentaire dans l’effort de fusion des SI de la Matmut, de la Macif et de la Maif. Deux de ses principaux actionnaires sont en effet la Maif et la Macif – à 27 % pour la première et à 63 % pour la seconde, selon nos informations. Et, si la Macif semble aujourd’hui avoir plus recours à Inservio que la Maif – notamment pour de la tierce maintenance applicative autour de ses outils de GRC et de son ETL –, le rapport aurait été plus équilibré par le passé, selon un salarié de la SSII. De son côté, la Maif s’est notamment appuyée sur Inservio pour son vaste projet de refonte de ses postes de travail – 6000 postes, 170 sites –, Oasis. Mais les deux mutuelles ont profité des services d’Inservio pour un projet d’éditique ainsi que, à partir de 2006 pour la mise en place de la plateforme d’expertise des sinistres à distance, IRDWeb, de Darva – un spécialiste de l’EDI, dont sont actionnaires plusieurs mutuelles, les trois partenaires de Sferen, mais également la GMF ou encore la MAAF, notamment.
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Un délégué UNSA de la MAIF en atteste : « officiellement, pour nous, rien n’a été mis en chantier sur ce point. Du moins est-ce ce que nous répond la direction à chaque fois que l’on pose la question. Mais nous ne sommes pas dupes, ça viendra. » Un délégué Force Ouvrière du même assureur apporte un autre éclairage : « très longtemps, la MAIF s’est appuyée sur un système d’information entièrement conçu et développé en interne – fiable et qui ne coûtait pas cher en exploitation et en maintenance –, mais loin des standards du marché. » Un point susceptible de freiner considérablement les efforts de mutualisation et, à tout le moins, d’impliquer d’importants travaux d’évolution du SI au préalable. Sous cet éclairage, le vaste projet Astree, de refonte du SI de la MAIF pourrait presque apparaître comme un préliminaire.

Des éléments viennent d’ailleurs étayer cette analyse. Le délégué syndical UNSA que nous avons interrogé indique ainsi que « les standards du marché, on commence à s’y mettre. Mais doucement, car c’est un chantier colossal. » Du coup, lui-même, comme son collègue de FO, estiment,  compte tenu des éléments dont ils disposent, « que l’on est loin d’être prêts [à une mutualisation de l’informatique]. Il faudra encore au moins deux ou trois ans avant de pouvoir mettre en place quelque chose de concret. » Et cela demandera de lourds investissements.

Des préalables déjà réunis ?

Reste que les efforts de modernisation et d’ouverture du SI de la MAIF ne se sont pas arrêtés au vaste chantier Astree : en 2007, la MAIF a retenu la solution de gestion de contenu d’entreprise EverSuite pour optimiser sa gestion des dossiers de sinistres. Puis, en 2008, elle a déployé une suite analytique signée SAS pour supporter ses politiques marketing, commerciale et tarifaire. Et, bien sûr, elle a finit par réussir à refondre son CRM avec une solution Siebel. Bref, la migration vers des systèmes ouverts semble bien engagée. 

Mais, surtout, le message passé aux syndicats du status quo mérite d'être replacé dans un contexte moins technique et clairement réglementaire : en annonçant la création de Sferen, la Macif, la Maif et la Matmut ont précisé que cette opération allait faire l'objet d'une notification au Comité des entreprises d'assurance (CEA) et à l'Autorité de la concurrence. Le 26 février dernier, nos confrères de l'Argus de l'assurance évoquaient, dans leurs colonnes, « du retard sur le calendrier de Sferen » qui, après l'aval du CEA, attend encore celui de l'Autorité de la concurrence : « nous avons actuellement des échanges avec l'Autorité de la concurrence pour préparer un dossier qui n'a pas encore été déposé. Ces échanges ne génèrent aucune inquiétude particulière pour l'avenir de Sferen, » expliquait alors Roger Belot, président de Sferen et de la Maif, à nos confrères.

Quelques socles technologiques communs
Sans préjuger de l’interopérabilité des applicatifs et, notamment, des développements à façon, Maif, Macif et Matmut apparaissent partager certains socles technologiques. Comme la Maif, la Macif a adopté un socle technique AIX/Oracle pour une bonne partie de ses applications – certaines ayant migré sous Oracle 10G en 2008. La suite analytique signée SAS adoptée en 2008 par la Maif est également en production à la Matmut. Mais, en termes d’ouverture, cette dernière pourrait être en léger retrait par rapport à ses deux partenaires : l’essentiel des applications de son cœur de métier semble encore reposer sur des systèmes Power sous IBM i (ex OS/400) – cependant, la Macif semble également en exploiter; du moins était-ce encore le cas il y a deux ans, selon nos sources. La Macif, justement, a fait appel à Unisys, début 2009, pour consolider son infrastructure IT dans deux centres de calcul à Niort. Et, après avoir adopté VMware pour la consolidation de ses serveurs Windows et Linux, elle a engagé, en 2009, la qualification de ses applications en vue de leur virtualisation avec XenApp. Différentes sources nous indiquent enfin que l’assureur a adopté une architecture logicielle de type SOA avec un ETL Informatica et une solution EAI signée Tibco.

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