Interop : les premiers signes de la reprise dans la dépense IT ?

Jusqu’à récemment, Ed Maguire était directeur chez Merrill Lynch Technology Investment Banking. Il vient de fonder sa propre société de conseil en investissement dans les entreprises technologiques, MAGNet Strategies. Il dresse un bilan enthousiaste du salon Networld Interop, qui se déroulait la semaine dernière, à Las Vegas, et met l’accent sur les innovations de quelques unes des entreprises participantes.

La fréquentation était clairement en recul, de 15 à 20 % par rapport aux 17 000 visiteurs qu’avait accueilli Networld Interop à Las Vegas en 2008. Mais les conférences ont fait le plein de même que l’ambiance était plutôt bonne dans les allées du salon. Des commentaires de visiteurs laissent même entrevoir une amélioration modeste de la dépense informatique. Un sondage des visiteurs conduit par Network Instruments a d’ailleurs mis en évidence une confiance relativement bonne dans la santé de l’économie du IT, avec seulement 22 % des organisations représentées par les sondés concernées par des licenciements. En moyenne, les budgets sont finalement attendus à la hausse, de 3 %, au cours des 12 prochains mois. Les résultats de ce sondage sont cohérents avec les commentaires que j’ai pu recueillir de visiteurs globalement bien plus optimistes que ceux que j’avais pu rencontrer sur RSA Conference.

En vedette : Cloud, virtualisation et Green IT

Profitant de l’absorption partielle de l’événement Software du Sand Hill Group – avec l’Enterprise Cloud Summit –, cette édition de Networld Interop s’est articulée autour de trois thèmes : Cloud, virtualisation et Green IT. Et l’intérêt pour le premier n’a clairement pas fait défaut : Treb Ryan, PDG d’Opsource [éditeur de solutions d’exploitation d’infrastructures Web pour SaaS et édition Web, NDLR], a par exemple relevé que, pour les deux conférences sur le Cloud dans lesquelles intervenaient des représentants de sa société, les salles étaient pleines, sans places assises. La fréquentation de la troisième session animée en partie par des représentants d’Opsource était bien plus modeste.

Parmi les exposants, il y avait bien sûr les incontournables Cisco, Juniper et HP, ou encore APC et Avocent. Mais il fallait aussi compter sur une myriade d’acteurs du monde de la sécurité, de l’informatique nomade et du Cloud. Surtout, je relève les absents, à l’instar de Symantec – mais McAfee était présent. Un intégrateur spécialisé sur le marché des PME m’a souligné l’absence de fournisseurs intéressés par ce marché, y compris Microsoft, Linksys et Netgear. Interop semble de plus en plus se centrer sur les centres de calcul et donc s’adresser aux grandes entreprises.

Repenser le centre de calcul

Les points noirs de la virtualisation
Network Instruments a sondé 120 ingénieurs réseau et DSI présents sur Networld Interop. 55 % d’entre eux ont virtualisé des serveurs critiques, y compris des serveurs de messagerie et des serveurs Web. 50 % des sondés ont adopté la virtualisation pour leurs serveurs DNS et DHCP. Et, pour 39 %, la virtualisation a gagné le poste de travail. Mais tout n’est pas rose au pays de la virtualisation. 27 % des personnes concernées regrettent de manquer de visibilité sur leurs environnements virtualisés et de peiner à identifier les sources de dysfonctionnements. 21 % des adeptes de la virtualisation rencontrent en outre des difficultés à sécuriser leur infrastructure. Pire, ils sont 55 % à considérer que la virtualisation génère plus de problèmes qu’elle n’en résout… Mais c’est peut-être seulement une question de compétences : 59 % des sondés estiment manquer de l’expérience nécessaire à l’administration d’infrastructures virtualisées.
Justement, à ce sujet, il semble y avoir un large consensus autour du besoin d’une approche intégrée de la planification, du provisionnement et de l’administration. Historiquement, les entreprises ont eu des spécialistes des applications, du stockage, des réseaux et d’autres domaines travaillant dans des « silos » d’expertise indépendants. Ce qui ne manque pas de demander une bonne dose de coordination technique et organisationnelle pour lancer une nouvelle application – ce qui peut prendre des mois ne serait-ce que pour établir toutes les spécifications techniques. L’arrivée de la virtualisation – avec la possibilité de provisionner et de déplacer les traitements et le stockage dynamiquement – ne fait que complexifier l’orchestration des spécialités internes. Mais l’un des défis clés tient au conflit avec les intérêts propres des fournisseurs – les centres de calculs sont hétérogènes alors que les éditeurs et les constructeurs cherchent à enfermer leurs clients dans des environnements propriétaires. L’intégration verticale autour d’un fournisseur peut faciliter les déploiements à court terme mais, à long terme, les inconvénients sont nombreux. Il semble donc critique d’adopter une approche ouverte basée sur les standards pour le choix des composants de son infrastructure.

Reste que l’adoption d’un standard peut être longue – désormais de l’ordre de 2 à 3 ans contre un an sinon moins il y a encore dix ans. Les organismes de standardisation se sont de plus en plus transformés en champs de bataille pour les fournisseurs. En particulier, des standards seraient particulièrement bienvenus pour les machines virtuelles et pour la mobilité. Actuellement, il y a toute une variété de mécanismes concurrents pour obtenir de la visibilité sur une machine virtuelle et assurer qualité de service et performances.

Un écosystème dynamique

Voici un petit récapitulatif des derniers développements les plus intéressants :

• NetIQ a lancé un produit dédié à l’administration des environnements virtuels basés sur VSphere, de VMware. L’éditeur a bien identifié les points douloureux de l’administration d’infrastructures virtuelles et semble avoir mis en place une approche séduisante de simplification de ces tâches.

• Barracuda Networks continue de rencontrer un succès certain avec ses offres pour PME de gestion de la sécurité et de la conformité réglementaire. L’an passé, l’entreprise a fait trois acquisitions pour étendre son offre. Notamment, le rachat de 3SP, un éditeur de solutions VPN SSL open source, lui a permis de gagner des parts de marché avec une offre VPN SSL très agressive.

• Avocent a pris une avance significative en fusionnant ses offres d’administration série et KVM dans un seul équipement. Son nouveau produit MergePoint permet aux entreprises de modéliser la configuration et la consommation de ressources de serveurs dans un centre de calcul. Et de prévoir l’impact du déploiement d’une nouvelle application ou de planifier les cycles de mise à niveau. La représentation visuelle des actifs du centre de calcul est intuitive.

• Fusion I/O avait probablement le stand le plus spectaculaire sur Networld Interop avec plusieurs écrans affichant 1024 flux vidéo HD. Fusion I/O propose du stockage SSD ; son directeur technique n’est autre que le légendaire Steve Wozniak.

• Open Service est un éditeur de solutions de gestion des incidents de sécurité. Il emploie une variété de techniques d’automatisation, y compris des algorithmes d’analyse temps réel, répartis sur l’ensemble d’une organisation.

• Extrahop est une startup spécialisée dans la gestion des performances réseau conduite par des ingénieurs qui ont travaillé sur la solution BigIP de F5. Leur solution sans agent vise à identifier les origines de défauts de performances via l’analyse des données circulant sur le réseau, des couches 4 à 7. Leur solution semble très prometteuse sur un marché très fragmenté.

• Airwatch propose une plateforme d’administration des terminaux mobiles basée sur une vaste expérience d’administration de dizaines de milliers de points d’accès. Airwatch tire ses origines dans l’administration de chaines logistiques pour Manhattan Associates.

• Fastsoft est une entreprise relativement jeune concentrée sur l’accélération d’applications. Contrairement aux solutions d’un Riverbed ou d’un Citrix, celle de Fastsoft est basée sur une approche unilatérale – sans équipement de terminaison. Elle s’appuie sur modification du protocole TCP et ajuste la latence afin d’améliorer l’utilisation du réseau.

• NKrypt est une startup de Toronto prometteuse. Elle propose une approche de sécurisation des messageries électroniques sur le mode du On Demand. Sa solution s’appuie sur des DRM. Elle fonctionne avec Microsoft Outlook et fournit des contrôles granulaires de contrôle des règles de sécurité – y compris la possibilité de « rappeler » un courriel sans limite de temps. En particulier, la solution de NKrypt supporte des fichiers très lourds, jusqu’à 2 Go. De quoi la rendre adaptée par exemple à des applications médicales.

• RhoMobile est une autre jeune pousse. Elle propose une plateforme open source de développement d’applications mobiles. La plateforme Rho permet aux développeurs d’écrire des applications une fois pour toutes avant de les convertir en applications natives pour terminaux mobiles. Une approche prometteuse d’un retour sur investissement rapide, notamment sur certaines plateformes particulièrement couteuses comme Symbian.

• Joyent propose de l’hébergement en mode Cloud. Il a développé une plateforme d’accélération d’applications permettant notamment d’améliorer les performances des applications de réseau social.

• Modius est l’un des premiers éditeurs de solutions de mesure de la consommation électrique pour les infrastructures physiques des organisations IT. Il fournit un framework analytique pour la gestion des coûts énergétiques.

• Univa UD est un spécialiste du calcul de hautes performances (HPC). Il entend profiter du Cloud pour se développer comme prestataire de services. 

Analyse initialement publiée sur le blog d’Ed Maguire, adaptée de l’anglais avec l’autorisation de l’auteur.

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