Huawei mise sur le cloud pour développer ses activités entreprises

Le géant des télécoms chinois, devenu numéro 2 mondial en moins de 20 ans, veut accélérer son développement sur le marché des entreprises. Sa division entreprise dont le CA est passé de 1 Md$ en 2009 à 4 Md$ en 2011 propose une offre complète intégrant équipements réseaux, stockage et serveurs. Pour percer sur les marchés occidentaux, la société mise sur le nuage avec notamment sa propre solution VDI et sa propre plate-forme de cloud IaaS basée sur des composants open source et sur des développements internes. Et bien sûr, Huawei met en avant des tarifs agressifs...

Et si le cloud, conceptualisé par les acteurs occidentaux, devenait finalement une réalité chinoise. C’est en quelque sorte le rêve qu’ont esquissé plusieurs dirigeants de Huawei lors d’une visite du siège et du centre de R&D de la firme en Chine organisée avec plusieurs journalistes français fin novembre. Huawei a été fondé en 1987 par Ren Zhengfei, un ancien ingénieur de l’armée populaire chinoise, pour revendre en Chine les PABX d’une société Hongkongaise. Trois ans plus tard, les relations avec son fournisseur étant rompues, la firme se lance dans la conception de ses propres systèmes. Elle bâtira son empire sur ses PABX C&C08 lancés en 1992. Fort de ses premiers succès, Huawei va se lancer dans une course à la croissance effrénée avec le développement d’une gamme complète d’équipements de transmission optique, d’équipements de téléphonie mobile et d’accès à haut débit.

En 2001, l'auteur de cet article avait couvert la construction par Huawei d’une nouvelle tour de 21 étages à Shenzhen, conçue pour héberger ses quelque 10 000 ingénieurs et chercheurs. Cette année-là, Huawei avait terminé son exercice fiscal avec 3,1 Md$ de chiffre d’affaires et près de 22 500 salariés (dont la moitié en R&D).

Dix ans plus tard, Huawei emploie plus de 120 000 salariés dont près de 40 000 à l’international et réalise un chiffre d’affaires supérieur à 30 Md$ (la firme prévoit un CA de 31 Md$ pour 2011).

Dans l’intervalle, Huawei est devenu le 2e équipementier télécoms mondial derrière Ericsson et s’est largement diversifié. Huawei s’est ainsi lancé sur le marché des terminaux nomades avec une gamme complète de téléphones et de tablettes sous Linux et Android, mais aussi avec une gamme complète de solutions pour les entreprises allant des commutateurs et routeurs aux serveurs en passant par les équipements de stockage et de sécurité (la firme vient d’ailleurs de reprendre le contrôle à 100% de sa co-entreprise avec Symantec, Huawei Symantec). Pour avoir une idée du succès de cette activité, il suffit de regarder les chiffres. En 2009, l’activité entreprises de Huawei ne pesait qu’un milliard de dollars de CA. En 2010, c’était 2 milliards et selon la firme, l’année 2011 devrait se conclure sur un CA proche de 4 milliards de dollars.

Le développement de l'activité entreprise de HuaweiLe développement de l'activité entreprise de Huawei.

Huawei veut s’imposer sur le marché du cloud

En Chine, Huawei est devenu l’un des principaux fournisseurs des géants chinois du web et fournit des serveurs en masse à des acteurs comme Baidu (le principal moteur de recherche chinois) ou Alibaba (le numéro un de la vente en ligne en Chine). Il motorise aussi les clouds d’infrastructure de China Unicom et China Telecom avec des solutions complètes intégrant réseau, stockage, serveur et logiciel d’orchestration cloud. L’équipementier fournit aussi à certains de ces acteurs une plate-forme VDI complète qui leur permet de délivrer des services de poste de travail via le cloud. Pragmatique, Huawei ne s’est appuyé sur aucune solution occidentale pour attaquer ces marchés. La firme a développé sa propre plate-forme cloud basée sur des composants libres et sur ses propres développements. Et c’est cette plate-forme complète de cloud d’infrastructure qu’elle entend pousser à l’international. Huawei n’écarte pas a priori des partenariats avec des acteurs américains à l’international comme Citrix ou VMware (dont les hyperviseurs sont certifiés sur sa plate-forme), mais il est clairement perceptible qu’il ne s’agit pas forcément de sa priorité. Pourquoi recourir à des fournisseurs tiers alors que la technologie maison à fait ses preuves semblait ainsi nous dire notre interlocuteur lors d’une démonstration du cloud VDI interne de Huawei qui fournit des services de poste de travail à quelque 12 000 employés du centre de R&D de la firme à Shenzhen ? Au vu de la qualité de la démonstration effectuée sur un poste utilisateur classique (à base de client léger Huawei sous RDP) on peut effectivement s’interroger… Pour Huawei, pousser ses propres solutions est aussi sans doute un moyen d’accélérer la croissance de ses activités logicielles et de doper ses marges, comme il l’a fait progressivement dans le secteur télécoms. Si c’est bien de cela qu’il s’agit, certains acteurs logiciels occidentaux peuvent sans doute commencer à avoir quelques sueurs froides.

Justement, quid de la concurrence avec les géants occidentaux de l’IT ? Pas question de faire de complexes nous explique Leon He, le vice-président des ventes de l’activité entreprises de Huawei. Dans le viseur de la firme figurent tous les grands des infrastructures IT comme Cisco, Dell, EMC et HP. Huawei concède juste une faiblesse pour Big Blue. IBM est un grand partenaire explique Leon He. Quant au logiciel, Huawei semble avouer une faiblesse pour les solutions d’Oracle (le constructeur supporte pleinement les offres Linux et SGBD de l’éditeur), mais visiblement l’open source est aussi l’un des axes majeurs d’attention de la firme.

Si la pression de Huawei ne se fait pas encore sentir trop en Europe, cela ne devrait plus tarder : le constructeur vient tout juste de signer un accord avec le grossiste paneuropéen SDG (qui est la maison mère de l‘intégrateur SCC et des grossistes ETC et Bestware en France) pour la distribution de ses solutions de réseau d’entreprise. De quoi renforcer de façon significative sa visibilité en France. D’ailleurs, Bruno Barat, le Directeur général d’ETC attend beaucoup des solutions de commutation et de routage de la firme et il avoue aussi s’intéresser de près aux solutions de communication et de visio-conférence. Les serveurs, toutefois, ne sont pour l’instant pas au programme de l’accord, en tout cas en France. A ce propos, plusieurs rumeurs font état de discussions entre Huawei et TechData pour un accord de distribution.

Une offre d'infrastructure complète

Le serveur lames Tecal E6000Le serveur lames Tecal E6000.

Reste que la principale arme du constructeur réside dans son aptitude à délivrer des solutions de bout en bout, des terminaux aux systèmes d’infrastructure cloud en passant par le réseau. Côté infrastructure, l’offre s’appuie sur une gamme complète de serveurs dont le châssis lames Tecal E6000 capable d’accueillir 10 lames verticales bi-socket Xeon 5500/5600. Un autre serveur conçu pour les architectures cloud denses est le Tecal X6000, plutôt destiné aux hébergeurs et aux applications web. Ce serveur en rack 2U est capable de recevoir quatre lames serveur (lames de 1U et demi-largeur) chacune équipée d’une puce quadri-cœur Xeon 3400 (lame XH310), ou de deux puces Xeon 5500/5600 (XH320 et XH620). Grâce à ce design dense, un rack 42U peut accueillir jusqu’à 168 processeurs (soit plus de 2000 cœurs).

Huawei propose aussi une gamme complète de serveurs racks plus classiques et dont certains modèles semblent directement sortis du catalogue IBM , dont le RH5485, qui n’est ni plus ni moins que la version rebrandée par Huawei des x 3850 et x3950, les fleurons de la gamme x86 de Big Blue, à base de Xeon E7 (un point que l'entreprise réfute toutefois, mais qui pourrait expliquer la répugnance de nos interlocuteurs chinois à Shenzhen à désigner IBM comme un potentiel concurrent). Dans un entretien à Shenzhen, Catherine Hu, la directrice de la branche entreprise de Huawei, a expliqué que ces serveurs seront commercialisés en France à des tarifs très compétitifs sans toutefois vouloir en dire plus sur les prix qui seront pratiqués.

Ces serveurs seront proposés avec la plate-forme logicielle de cloud d’infrastructure de l’équipementier, une plate-forme IaaS bâtie par Huawei sur base Linux et sur laquelle la firme fonde de grands espoirs. Un centre de compétences sur le sujet devrait d’ailleurs prochainement ouvrir en région parisienne pour aider à la promotion et à l’adoption de la plate-forme. Ils pourront aussi faire tourner les solutions maisons de VDI et de collaboration et de communication en temps réel (la gamme eSpace, directement concurrente de Microsoft Lync). Notons que pour la première fois Huawei n’attaquera pas le marché en direct et s’appuiera sur des partenaires notamment pour le marché des entreprises. Comme l’explique Leon He en souriant, et en citant le CEO de la firme Ren Zhengfei, « Huawei avait jusqu’alors la réputation d’une veuve noire, qui embrassait ses partenaires avant de les manger. Cette époque est révolue : dans le cadre du développement de l’activité entreprise la priorité est au développement d’un écosystème de partenaires pour accélérer le développement et s’adapter aux besoins locaux ». Des partenaires qui, si la croissance de Huawei était aussi fulgurante qu’en Asie, pourraient trouver leur compte à travailler avec le constructeur chinois. Ainsi, après moins de 3 ans d’existence, la division entreprise de Huawei est déjà n° 5 en volume sur le marché Asie Pacifique selon Gartner. Dans cette seule région, Huawei a enregistré une croissance de 28,5% de ses ventes sur les trois premiers trimestres de l’année et devrait livrer un total de près de 90 000 serveurs cette année.

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