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Serveurs : la croissance des acteurs chinois éclipse celle des constructeurs US

Si Dell et HPE continuent de dominer le marché mondial des serveurs, ils subissent de plus en plus la pression des acteurs chinois comme Inspur, Lenovo et Huawei, qui ne cachent plus leurs ambitions sur le terrain mondial.

Si Dell, HPE ou Cisco restent des acteurs de poids du marché des serveurs dans les pays occidentaux, leur poids sur le marché mondial ne cesse de se réduire. La faute à la montée en puissance des acteurs chinois sur les serveurs qui ne cessent de grignoter des parts de marché partout dans le monde.

LeMagIT le pronostiquait en 2017, IDC le confirme dans ses chiffres du 3e trimestre 2018. Plus que jamais, les grands acteurs chinois des serveurs, Inspur, Lenovo et Huawei sont en train de s’imposer sur la scène mondiale menaçant la suprématie historique d’acteurs américains de plus en plus sur le qui-vive.

Si l’on voulait caricaturer, ces derniers sont victimes du syndrome Tchuruk. Serge Tchuruk, ex-patron d’Alcatel avait rêvé d’un « Alcatel sans usines », où les cerveaux occidentaux de la firme concevraient des systèmes pour les faire fabriquer à bas coût par des sous-traitants en Chine. La stratégie de Serge Tchuruk a tellement bien réussi que vingt ans après son rêve, Alcatel n’existe plus. « Sans usines, point d’Alcatel » pourrait être la morale d’une fable de La Fontaine.

Des acteurs chinois dopé par leur marché intérieur

Dell, HPE ou Cisco ne fabriquent plus leurs serveurs depuis longtemps, laissant cette tâche à une armée de sous-traitants. Ils conservent le design de leurs machines, mais ont de plus en plus de mal à justifier leur valeur ajoutée face aux « reference designs » d’Intel ou AMD. Pire, les constructeurs chinois ont patiemment appris des occidentaux et produisent aujourd’hui des machines qui n’ont plus grand-chose leur à envier.

Surtout, ils profitent d’un écosystème local qui ne cesse de se développer et de se perfectionner. Le seul vrai avantage que conservent les géants occidentaux sur leurs homologues chinois reste leur base installée, leur réseau de distribution et leur capacité à assurer un support efficace à l’échelle mondiale, mais cet avantage se réduit au fur et à mesure de la mondialisation des acteurs de l’Empire du Milieu. 

Il y a quelques années, lors d’un déplacement à Shenzhen, nous avions naïvement demandé au patron de l’activité datacenter de Huawei si le constructeur entendait mondialiser sa production en parallèle de son expansion commerciale mondiale. La question avait fait esquisser un sourire à notre interlocuteur. Shenzhen, nous avait-il expliqué, est non seulement devenu l’usine du monde pour ce qui concerne l’électronique, mais la ville concentre dans un rayon de 50 km l’ensemble des savoir-faire nécessaires à la conception de systèmes.

En quelques semaines, il est ainsi possible aux acteurs chinois de passer de l’idée au prototype et du prototype à la fabrication de masse. Dès lors, nous avait-il expliqué, pourquoi Huawei irait-il créer des usines hors de Chine alors que l’écosystème local lui permet d’innover à un rythme supérieur à celui de ses concurrents.

Pour mieux comprendre sa réponse, il faut savoir que le QG de Huawei à Shenzhen n’est séparé que d’une centaine de mètres (en fait par l’autoroute) de Foxconn City, le site géant de production de Hon Hai qui emploie plusieurs centaines de milliers de Chinois dans ses usines.

Au modèle désindustrialisé rêvé par les Européens au nom de la rentabilité, les acteurs chinois opposent désormais celui de l’écosystème industriel intégré. Avec un avantage additionnel : ils peuvent s’appuyer sur un marché captif, le marché chinois, qui, concurrence acharnée et nationalisme aidant, est de plus en plus hermétique aux acteurs occidentaux.

Il sera sans doute difficile de faire machine arrière, à moins d’une guerre commerciale et douanière mondiale entre Occidentaux et Chinois. Pour mémoire, la dernière grande usine d’assemblage de serveurs et PC en Europe, celle de Fujitsu (ex Fujitsu-Siemens) en Bavière, devrait mettre la clé sous la porte en 2019, tirant un trait final sur la production à grande échelle de systèmes informatiques sur le continent.

Ironiquement l’un des plus gros assembleurs de serveurs survivants est le français OVH, qui assemble à façon ses propres serveurs dans le Nord à partir de sous-ensembles délivrés par les grands ODM (Original Design Manufacturer) comme SuperMicro ou QCT.

Dell reste de loin le n°1 mondial des serveurs

Au niveau mondial, Dell conserve la tête du marché mondial en valeur avec 4,09 Md$ de revenus au 3e trimestre 2018, devant HPE et sa coentreprise chinoise H3C à 3,8 Md$. Mais les 3e et 4e positions mondiales sont désormais respectivement occupées par Inspur et Lenovo (1,71 Md$ et 1,43 Md$). IBM n’est plus qu’au 5e rang mondial avec 1,19 Md$ et il est talonné par Huawei avec 1,05 Md$. Cisco est n°6 mondial avec 1,04 Md$. Notons que selon IDC, les acteurs ODM réalisent collectivement un CA de 6,25 Md$. Si l’on additionne, la performance de ces acteurs avec celle des trois grands acteurs chinois, près de la moitié des ventes de serveurs mondiales est aujourd’hui réalisée par des acteurs basés en Chine continentale ou à Taïwan.

Côté croissance, Dell continue à afficher une santé insolente par rapport à HPE et Cisco. La firme dirigée par Michael Dell a vu ses ventes en unités progresser de 10,5 % sur un an et son CA bondir de 33,3 %. HPE de son côté a enregistré une chute de 9 % de ses ventes en unités et une progression de 14,8 % de son chiffre d’affaires. Chez les acteurs chinois la dynamique est tout autre : Inspur a vu ses ventes en unités bondir de 90,2 % et son CA progresser de 156,5 %. Lenovo a enregistré un bond de 27,5 % de ses livraisons en unités et une hausse de 67 % de son CA. Enfin Huawei a vendu 40,9 % de serveurs en plus que l’an passé pour un CA en hausse de 75,6 %.

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