Emplois Open Source : Cinov-IT et Syntec montent au créneau

Un état des lieux et une nouvelle commission soulignent les spécificités de l'écosystème du logiciel libre, en situation de plein emploi mais insuffisamment reconnu.

Depuis mi-novembre, Cinov-IT, l'autre chambre professionnelle – avec Syntec numérique –  chapeautant les entreprises du secteur IT, a sa commission Open source et logiciels libres. Au départ, une désillusion : les atermoiements des élus, députés et sénateurs, accordant la priorité au logiciel libre dans les achats de l'enseignement supérieur et de la recherche (en juillet dernier) mais ôtant cette priorité pour l'Education nationale (en juin). Et la confirmation, pour l'écosystème du libre constitué à 90% de TPE, de ne pas être représenté par Syntec numérique, ni même par son comité Open Source.

« A l'époque, Cinov-IT n'avait pas pris part au débat », observe Frédéric Libaud, l'un des vice-présidents de la chambre syndicale. C'est précisément pour faire entendre la voix de quelque 300 petites entreprises du libre, qu'est lancée cette commission en tant que composante d'une chambre  signataire de la convention collective. Principal objet : faire valoir les enjeux et les spécificités du fonctionnement du secteur. Comme d'ailleurs entend les défendre, depuis trois ans, le Conseil national du logiciel libre (CNLL), mais sous statut de regroupement d'associations.

En exergue, la spécificité des modèles économiques

En partenariat et dans la prolongation des travaux de ce dernier, l'intention de la nouvelle commission Open Source est d'élargir cette représentation auprès des pouvoirs publics aux TPE du libre, adhérentes ou non de Cinov. A commencer par les doléances habituelles : la difficulté d'accès au référencement des grandes entreprises, les délais de paiement non respectés, non spécifiques à l'activité du secteur. « Mais aussi et surtout, le manque de reconnaissance des modèles économiques du logiciel libre », souligne Armony Altinier, présidente de la commission naissante. Une méconnaissance qui n'est pas étrangère d'ailleurs aux difficultés à recruter que connaît le segment open source de l'industrie du logiciel.

Sempiternels thèmes d'achoppement (socio-économiques), sur lesquels devrait porter un premier événement en vue au printemps 2014. Et ce, dans l'espoir de redonner un écho efficace aux dix propositions pour une véritable politique du logiciel libre formulées dès octobre 2012 à l'intention du gouvernement. Est également visée une actualisation de l'état des lieux dressé courant 2010 par le CNLL. Cartographie reprise notamment dans l'étude sur les compétences et formations open source en France publiée ce mois-ci par l'Opiiec (observatoire des métiers de l'informatique, de l'ingénierie, des études et du conseil).

Dans une optique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), l'étude pilotée par cette instance paritaire (entreprises, syndicats) recoupe en effet les données du recensement du noyau dur (10%) de l'écosystème du libre déjà publié par le CNLL et commenté aussi bien lors des premiers états généraux de l'open source en France (janvier 2013)  que de l'Open World Forum. Soit 300 entreprises, créatrices de 3000 emplois, dont quinze seulement emploient plus de 60 salariés.

L'étude Opiiec ne s'attarde pas sur les requêtes spécifiques de ces PME-TPE. Concernant notamment le soutien à l'innovation (crédit d'impôt recherche, dispositif JEI) reposant sur la métrique du dépôt de brevet, inadaptée à la création-diffusion de logiciel libre (comme le soulignait la prise de position d'octobre 2012 du CNLL), sans prendre en compte les apports de la R&D ouverte. Ce qui, de facto, donne du grain à moudre à la commission naissante de Cinov-IT.

Une cartographie des besoins en compétences

Les pratiquants de l'Open Source relevant à 90% des entreprises utilisatrices et autres fournisseurs IT (30000 personnes environ), le spectre de l'étude Opiiec s'élargit à une estimation des besoins en compétences d'ici 3 à 5 ans. Et ce, tant pour les utilisateurs de technologies open source que pour les concepteurs de ressources et d'outils. Selon l'enquête confiée au cabinet IDC, cinq domaines sont principalement en demande de renfort : les langages orientés web (PHP, Java, Javascript, HTML5), Linux et ses distributions (Red Hat, Suse, Debian, Ubuntu), les serveurs web (Apache, Tomcat, openLDAP), les bases de données (MySQL, PostgreSQL, MariaDB, NoSQL ) et les langages  (C, C++, Python, Ruby). Avec une montée en puissance des technologies associées au cloud computing (OpenStack, OpenNebula, CloudStack), au big data (Hadoop) et à la supervision/orchestration (KVM, Puppet).

Au sein du pôle de compétitivité francilien Systematic, le groupe thématique logiciel libre reprend ces enjeux sous l'angle de trois défis majeurs à relever à l'horizon 2020 : le changement d'échelle du big data (passage d'architectures monolithiques à des infrastructures éminemment distribuées), l'après-PC et la complexité inhérente (cloud computing, mobilité, internet des objets), la qualité logicielle (méthodologie, outils, techniques d'intégration et d'assemblage sur fond de composants open source).

Un appel au développement de modules de formation

En parallèle, et selon la logique GPEC, l'étude Opiiec dresse un constat d'insuffisance des dispositifs de formation (comme le martelait déjà le CNLL l'an dernier). Pas plus de cinq diplômes étiquetés « logiciels libres ». Des connaissances acquises majoritairement sur le tas (84%), par le biais de formations professionnelles (32%) ou sur les bancs de l'école/université (14%), même si l'open source est omniprésent dans les cursus et si « la plupart des établissements estime que propriétaire et libre ne s’opposent pas mais loue les bénéfices pédagogiques des logiciels libres ». « Le logiciel libre souffre encore auprès des étudiants d’une image d’environnement réservé aux bidouilleurs », constate l'étude.

D'où les marges de progrès soulignées par une série de préconisations qui fait large place à la formation, modalités pratiques incluses. L'Opiiec prône ainsi le développement de modules de formation sur les stratégies d'innovation caractéristiques du monde du libre (droit des licences, travail en communauté), sur les technologies associées aux segments en forte croissance (e-commerce, mobilité, datacenter, cloud computing, big data). Sans oublier la (re)conversion possible et probablement souhaitée d'anciens, spécialisés sur des technologies obsolètes, vers des marchés en tension (infrastructures, développement), au moyen de modules de formations techniques de 5 jours « incluant l’assimilation des principes de travail avec les communautés ».

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