Green Mountain construit un datacenter enfoui sous la montagne

La société norvégienne Green Mountain a construit coup sur coup deux datacenters, particulièrement vertueux en matière d'efficacité énergétique. Grâce au faible coût de l'énergie en Norvège, qui plus est renouvelable puisque hydroélectrique, ils affichent également un coût d'exploitation inférieur à leurs concurrents. De quoi séduire à l'avenir de grands clients internationaux.

 

En venant par la mer, on distingue à peine un bâtiment le long de la berge et l'entrée de galeries dans la montagne. Par la route, on atteint l'île de Rennesøy après deux tunnels sous la mer Baltique. Autant dire que l'on ne vient pas là par hasard. Là, c'est le datacenter que la société norvégienne Green Mountain, filiale de Smedvig, a installé dans la région de Stavanger, dans un ancien entrepôt de munitions de l'OTAN. Grâce à cette localisation particulière, Green Mountain revendique d'exploiter l'un des datacenters les « plus écologiques » au monde.

Aujourd'hui, les datacenters sont montrés du doigt pour leur consommation d'énergie – on estime qu'en France, ils représentent plus de 9% de la consommation totale d'électricité du pays. Selon IDC, l'énergie pèse entre 40% et 50% dans le budget d'un centre. Sur ce point, le centre de Rennesøy se distingue grâce à sa localisation. D'une part, la Norvège fait figure de bon élève en matière d'énergie. Si l'économie du pays repose en grande partie sur le pétrole, son énergie provient à 98,5% de l'hydraulique. Et cette énergie est moins chère que dans les autres pays européens. D'autre part, le datacenter est refroidi par l'eau du fjord qu'il va puiser à une centaine de mètres de profondeur à 8°C. Mieux, l'eau est acheminée jusqu'au système de refroidissement par simple effet de la pression. De fait, il suffit d'un kW pour amorcer la pompe. Un échangeur de chaleur transfère le froid de l'eau de mer vers l'eau du système de refroidissement, qui entre dans les salles blanches à environ 12°C et en ressort à 16 ou 17°C. Enfin, l'installation des serveurs dans les salles blanches a été optimisée pour récupérer la chaleur au plus près. « Résultat, si l'énergie représente environ 48% du coût d'exploitation d'un datacenter en Grande-Bretagne, elle n'en représente ici qu'entre 15 et 20% », se félicite Knut Molaug, président-directeur général de Green Mountain.

La construction du site de Rennesøy a démarré en mars 2012. L'activité y a débuté dès mai 2013. A terme, les salles blanches occuperont 12 000 des 20 000 m2 de couloirs, galeries, tunnels et espaces creusés dans la montagne. Aujourd'hui, le site n'est exploité qu'à environ 15% pour des clients, essentiellement du monde bancaire. Schneider Electric, principal fournisseur et ensemblier du site, a mis en place trois réseaux d'alimentation électrique ainsi que toute la distribution de l'électricité à différentes tensions dans le datacenter (générateurs, onduleurs, batteries…), et le système de refroidissement.

"Un PUE compris entre 1,4 et 1,2"

Connecté à plusieurs réseaux d'opérateurs télécoms par des liaisons fibre optique, Rennesøy affiche ses ambitions. « Nous avons conçu ce site pour qu'il réponde aux attentes des clients internationaux. Non seulement, l'efficacité de notre système de refroidissement permet de mettre plus d'équipements au mètre carré, mais le site est hautement sécurisé et le PUE moyen est compris entre 1,4 et 1,2 », poursuit Knut Molaug.

En matière de sécurité, Green Mountain n'a pas lésiné. Seules les personnes autorisées peuvent accéder aux salles blanches en traversant un sas, surveillé par caméra, à l'aide d'un badge et de leur empreinte digitale. Pour éviter les incendies, le taux d'oxygène est diminué pour atteindre le même niveau qu'à 3000 mètres d'altitude. Ainsi, un feu ne peut pas se développer.

Lorsqu'en décembre 2013, un futur client de Green Mountain – la plus grande banque norvégienne – a conditionné la signature du contrat à l'existence d'un site miroir capable de démarrer en mai 2014, Green Mountain a demandé à Schneider de prendre en charge la totalité du projet et de construire un second datacenter en... moins de 6 mois. « Le projet était un véritable défi », se souvient Arild Bjørkedal, vice-président en charge de l'entité Energie et IT de Schneider Electric Norvège, « mais nous y sommes parvenus. Nous avons même livré le datacenter une semaine plus tôt que prévu ».

Ce second site, implanté à Rjukan à proximité de six centrales hydroélectriques, est constitué de modules préfabriqués, conçus et pré-testés par Schneider Electric. Cette architecture modulaire permettra ainsi au datacenter de passer d'une puissance actuelle de 1 MW à 25 MW à terme. De plus, chacun des datacenters sert de site miroir à l'autre. Smedvig a investi 450 millions de couronnes norvégiennes (environ 54 millions d'euros) pour les deux datacenters de Green Mountain. Investissement qu'elle sait qu'elle rentabilisera. En effet, le contrat avec la banque norvégienne, un de ses premiers clients, est signé pour une durée de 21 ans .

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