Green IT : AWS en fait un nouvel argument pour attirer les clients

Selon les études, les infrastructures cloud sont plus efficientes que leurs équivalents privés. AWS compte bien profiter de cet argument pour convaincre les clients. Or migrer vers les services cloud ne suffira pas à profiter des gains promis.

Lors de l’AWS Summit Paris 2022 ayant eu lieu le 12 avril, la branche française du fournisseur a repris dans les grandes lignes les annonces de la conférence Reinvent de décembre dernier.

Les responsables n’ont toutefois pas insisté sur les nouvelles fonctionnalités parues ces derniers mois. Au lieu de ça, ils ont fait monter sur scène les clients français. Julien Groues, directeur général d’AWS France a rappelé que 80 % des entreprises du CAC40 et 70 % des licornes ont adopté ce cloud américain.

En sus de la « scalabilité », de la simplification et de la sécurité offertes par le cloud, l’un des arguments défendus par AWS depuis ReInvent 2021, c’est son potentiel vert par rapport aux centres de données traditionnels. Un verdissement permit par l’efficacité des infrastructures sous-jacentes, maintenues par le géant américain.

AWS cite notamment une étude de 451 Research commissionnée par ses soins et publiée en novembre 2021 qui affirme que les entreprises en Europe peuvent abaisser leur consommation d’énergie de 80 % en exécutant leurs applications dans le cloud AWS. Pour cela, le cabinet a interrogé 300 organisations en Allemagne, en Irlande, en Espagne, en France et en Suède.

Cette réduction serait due essentiellement à l’efficacité énergétique des serveurs cloud qui consommeraient 67 % moins d’électricité que les équipements traditionnels, tandis que les systèmes d’alimentation et de refroidissement des data centers d’AWS sont 13 % plus performants que leurs équivalents on-prem.

« Les entreprises pourraient potentiellement réduire davantage les émissions de carbone d’une charge de travail moyenne – jusqu’à 96 % – une fois qu’AWS utilisera 100 % d’énergie renouvelable, un objectif que la société est en passe d’atteindre d’ici 2025 », peut-on y lire. AWS a également annoncé qu’il souhaite assurer sa neutralité carbone en 2040.

En France, les gains énergétiques maximums pourraient être de 78 %, selon 451 Research. Le fait de migrer les workloads dans le cloud AWS permettrait de diminuer de 67 % la consommation d’énergie des infrastructures IT des entreprises.

Les répondants à l’enquête française disposaient des centres de données les plus efficaces sur le plan énergétique parmi les pays de l’UE étudiés, avec un PUE (Power Usage Effectiveness) moyen de 1,98. « Ce résultat a été quelque peu contrebalancé par une durée de vie relativement longue des serveurs, 51 mois en moyenne (contre 46 mois en Allemagne) et un taux d’utilisation des serveurs estimé à 15,4 % », lit-on dans le rapport.

Aux États-Unis, le PUE moyen est de 1,66. Les data centers d’AWS, serait 3,6 fois plus efficient que la moyenne des équipements américains, selon 451 Research. « L’infrastructure d’AWS est cinq fois plus économe en énergie qu’un data center moyen d’une entreprise européenne », affirme Julien Groues.

Les data centers cloud ont prouvé leur efficience énergétique

Les gains énergétiques obtenus par CMA-CGM avec le cloud AWS.
Les gains énergétiques obtenus par CMA-CGM avec le cloud AWS.

Ce discours semble faire mouche. Pendant la conférence, CMA-CGM et Airbus, deux poids lourds de l’industrie du transport, ont exprimé cette volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment en accélérant leur transition vers le cloud.

« Encouragés par les succès que nous avons obtenus avec le cloud AWS, nous nous préparons à la fermeture de nos data centers », affirme Kaynaz Behdine, directrice de la transformation cloud chez CMA-CGM.

« En sus de tous les bénéfices commerciaux, l’adoption d’AWS est un élément important pour réduire notre empreinte carbone, que ce soit en profitant d’un IT plus vert ou un IT au service d’une logistique plus écologique. Concernant le Green IT, l’impact est instantané. Avec les premières applications migrées ou construites depuis ces environnements, nous avons constaté que les architectures cloud sont moins énergivores », ajoute-t-elle.

Patrick Fulop, vice-président cloud operation chez Thales Digital Identity & Security (DIS, ex-Gemalto), a pu comparer les performances des datacenters de son employeur et ceux qui hébergent les services cloud d’AWS utilisés par la société. Le responsable confirme que l’ordre de magnitude avancé par AWS est juste, en tout cas en Europe.

 « Le numérique est souvent pointé du doigt pour son aspect énergivore. Or l’IEA a constaté en 2020 que la consommation électrique des data centers est étonnamment stables ces dix dernières années », observe Patrick Fulop.

IEA analyse
L'analyse de l'IEA indique que la consommation d'énergie des datacenters n'a pas flambé ces dix dernières années, malgré une forte augmentation des charges.

L’agence internationale de l’énergie a en effet publié une étude qu’elle a mise à jour en janvier 2022. Ce rapport tend à prouver que depuis dix ans les centres de données consomment environ 1 % de l’énergie électrique produite à travers le monde chaque année, soit 200 à 250 TWh en 2020. De même, le trafic internet a crû de plus de 40 % en 2020, et a été multiplié par 15 en dix ans, alors que la transmission de données à travers le réseau n’aurait consommé « que » 260 à 340 TWh en 2020 (environ 1,1 à 1,4 % de l’énergie électrique produite). « L’IEA indique que ces performances sont obtenues par des data centers certes massifs, mais très efficaces. Pour cela, nous faisons confiance aux fournisseurs de cloud », note Patrick Fulop.

Pour autant, ces améliorations poussées en grande partie par les géants du cloud et les équipementiers ne font pas tout. « L’accélération du numérique a un impact certain sur la planète », lance le vice-président chez Thales DIS. « Nous sommes prudents sur la quantification exacte et nous sommes convaincus que nous pouvons agir pour le minimiser. Toutefois, une partie des solutions pour limiter cet impact viendront aussi des apports du numérique. »

Et s’il a pu constater que la migration des workloads ad hoc dans le cloud entraîne des gains quasi immédiats, sa division mène une stratégie plus ambitieuse. De fait, par ses activités liées à la gestion des transactions des cartes bancaires, des systèmes biométriques, solutions eSIM et cartes SIM, IoT, la consommation de ressources IT de Thales DIS ne peut que croître. « Nous nous concentrons sur la frugalité. Nous essayons de consommer un minimum de Kilowatt-heure pour une application donnée ».

La stratégie CarboFinOps de Thales DIS

Cette politique de réduction des coûts énergétiques est intitulée CarboFinOps. Cette novlangue est spécifique à Thales. Elle combine les pratiques green dev, green Ops, et FinOps. « Il y a un lien direct entre le calcul, les coûts et le carbone », affirme Patrick Fulop.

« Il y a un lien direct entre le calcul, les coûts et le carbone ».
Patrick FulopPatrick Fulop, vice-président cloud operation chez Thales Digital Identity & Security

« Nous avons une équipe FinOps déjà très efficace, qui transmet des rapports mensuels de consommation de ressources et des recommandations d’optimisation pour abaisser la facture », continue-t-il. « Mais quand les gains recommandés sont marginaux, un chef de projet peut considérer cela comme un risque pour la stabilité applicatif ».

La stratégie CarboFinOps consiste à appliquer les pratiques green dev, c’est-à-dire une écoconception du code applicatif et les pratiques green Ops, à savoir « la bonne gestion et l’optimisation des workloads qui encapsulent ce code ». « Quand un finOps propose de réduire la facture de 500 euros sur un mois et qu’il indique que cela correspond à une quantité X de kWh qu’il faudrait compenser, et que cette compensation intimerait de planter 42 arbres chaque mois, cette information interpelle les équipes », remarque Patrick Fulop.

Si le Green IT n’est pas une activité centrale aujourd’hui pour Thales DIS, il l'un des composants de sa politique RSE. Surtout, cela participerait à la fédération des équipes autour d’un même objectif. Aussi, cette pratique CarboFinOps permet à Thales DIS d’indiquer à ses clients la consommation d’énergie liée au volume de transactions qu’ils paient à l’opérateur tous les mois. Cette information pourrait lui être demandée plus tard par les régulateurs. Thales DIS anticipe l’explosion du nombre de transactions en provenance des appareils connectés.

« Ce n’est pas un élément compétitif parce que nous vivons tous sur la même planète. Nous pouvons partager nos bonnes pratiques et contribuer à cet effort collectif », explique le responsable. « En deux ans, nous avons obtenu des résultats probants que nous souhaitons élargir cette pratique des instances EC2 au FaaS ».  

Un modèle de responsabilité partagée à clarifier

La durabilité, une responsabilité partagée selon AWS.
La durabilité, une responsabilité partagée selon AWS.

Chez AWS, le Function as-a service ( de type Lambda) et les produits serverless permettraient de réduire cette consommation d’énergie, du fait de l’optimisation de l’hyperviseur Nitro et de l’utilisation de Graviton, des processeurs bases ARM développés par le géant du cloud. AWS promet que ses puces Graviton 3 consomment 60 % d’énergie de moins que les processeurs AMD ou Intel. Intel était pourtant le partenaire de l’AWS Summit Paris, mis en avant en introduction de la conférence parisienne. Le fondeur a amélioré le rapport performance-Watts consommés de ses processeurs ces dix dernières années, mais a atteint les limites de sa plateforme actuelle.

Mais c’est aussi un argument commercial supplémentaire pour pousser les clients à employer des services à la demande, où la réversibilité n’est pas forcément ou totalement garantie. Avec son « Well-Architected Sustainability Pillar », AWS encourage l’usage de ces services managés pour limiter les impacts énergétiques, mais le modèle de responsabilité associée indique que le géant du cloud n’assure « que » la durabilité de l’infrastructure (cf. image d’illustration). Pour le reste, c’est au client de stocker correctement ces données, de veiller à l’efficience de son code, de bien choisir le design de son application et de contrôler les utilisations. Or les produits serverless ou managés contiennent des éléments logiciels qui en tout état de cause devraient être en partie de la responsabilité du fournisseur. En décembre 2021, AWS n’avait pas de réponse à ce dilemme. Aussi, quid des offres SaaS ? Qui est en charge de l’efficacité du code ? Du stockage des données ?

En outre, le témoignage de Thales DIS démontre bien l’effort nécessaire de la part des entreprises pour obtenir des résultats dans ce domaine du Green IT. Si certaines le font de bon gré, d’autres devront intégrer ces pratiques de gestion financière, de l’énergie et des développements.

Un marché naissant sur lequel les ESN et les cabinets de conseils espèrent bien se positionner et remporter des appels d’offres au nom de l’application de démarches RSE et de réglementations toujours plus strictes.

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