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Art Coviello : les cyberarmes « menacent l'existence même de l'humanité »

EXCLUSIF. L’ancien président exécutif de RSA porte un regard inquiet sur le comportement des Etats dans le cyberespace, au-delà des déclarations d’intention, ainsi que sur l’utilisation faite par certains des réseaux sociaux.

Il y a bientôt un an, le président de la République, Emmanuel Macron, lançait un appel pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace », le fameux appel de Paris. La Chine, la Corée du Nord, la Russie ou encore les Etats-Unis ne s’étaient pas associés à l’initiative.

Mais depuis, ces derniers se sont joints à une déclaration en faveur « d’un comportement responsable des Etats dans le cyberespace », aux côtés de l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, le Canada, la Colombie, la Corée du Sud, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Hongrie, l’Islande, l’Italie, le Japon, la Lettonie, la Lituanie, la Nouvelle Zélande, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Suède, la République Tchèque, et le Royaume-Uni.

Début 2014, Art Coviello, alors président exécutif de RSA, lançait un appel dans le même sens, s’inquiétant du comportement des Etats-nations dans le cyberespace, vis-à-vis de leurs citoyens, ainsi qu’entre eux. Il évoquait le besoin de normes sociétales pour le numérique. Aujourd’hui associé au fonds d’investissement Rally Ventures, Art Coviello porte un regard positif, mais prudent sur la toute dernière déclaration en faveur d’un comportement « responsable des Etats dans le cyberespace ».

Et d’y voir un premier problème : « tout d’abord, elle est issue en très grande majorité des pays qui ont le plus à perdre, qui sont régis par l'État de droit ou qui sont frontaliers de la Russie et qui ont beaucoup à craindre ». Un club trop restreint, donc, alors que « beaucoup trop d'autres pays ne pensent pas de la même façon, et même s'ils le disent, ils ne se comportent pas comme tels ».

Pour Art Coviello, « la technologie, et en particulier le cyber, est devenue et continuera d'être le grand égalisateur pour les adversaires des puissances militaires et/ou économiques les plus avancées, surtout si ces adversaires choisissent de ne pas jouer selon les mêmes règles ». Pas question, donc, pour lui, de se bercer d’illusions : « je ne suis pas optimiste quant au fait que des déclarations comme celle-ci, non accompagnées d'un traité et non contraignantes, donnent de bons résultats ».

Surtout, Art Coviello continue de s’inquiéter de la menace que représentent les cyber-armes : « les civils ont été la cible de guerres pendant plus d'un siècle. Alors pourquoi imaginer que les infrastructures civiles en soient en quelque sorte exemptées ? Cela représente une menace pour l'existence de toute l'humanité. Il est difficile de croire que plus de gens ne réalisent pas cela ! »

Alors Art Coviello rappelle la célèbre citation du philosophe George Santayana : « ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter ». Pour mieux renvoyer à l’histoire du siècle dernier : « l'utilisation d'armes chimiques pendant la première guerre mondiale était si barbare et inhumaine qu’elles ont été interdites. Frank Kellogg et Aristide Briand ont essayé d'interdire complètement la guerre ». En vain, comme l’histoire l’a montré. Mais justement, alors : « avons-nous oublié l'inhumanité de ces armes quand Assad les a utilisées sur son propre peuple ? Avons-nous oublié les ravages insondables et les conséquences de la guerre nucléaire avec le rejet de tant de traités visant à limiter l'utilisation des armes de destruction massive ? Aurons-nous besoin d’attendre un nouveau niveau dans l’horreur pour nous rendre compte de ce qui peut arriver avec la prolifération des armes cybernétiques ? » Et de convoquer à nouveau Santayana : « seuls les morts ont vu la fin de la guerre ».

De son propre aveu, ce qu’Art Coviello n’avait pas vu venir, il y a bientôt 5 ans, c’est « le problème des réseaux sociaux […] il est clair qu’ils sont utilisés comme des armes, pour attaquer les faits et la vérité ». Et là, justement, d’interpeler : « avons-nous oublié la brutalité du fascisme avec ces attaques contre la démocratie menées par des extrémistes de droite qui utilisent les réseaux sociaux de la même manière que des fascistes utilisaient la propagande avec leur constante et implacable avalanche de mensonges ? »

Particulièrement sombre, et pas de bon cœur, Art Coviello estime nécessaire de « tirer la sonnette d'alarme ». Au-delà, selon lui, nos sociétés « ont besoin d'une nouvelle génération de dirigeants qui sont nés dans un monde de technologie et qui en mesurent à la fois les promesses et les conséquences involontaires ».

Art Coviello ne cède toutefois pas au pessimisme : « en tant que technologue, je peux être optimiste et croire que les solutions de sécurité nécessaires pour nous protéger seront rapidement mises en place. En tant que père d’enfants de la génération Y, je suis également optimiste sur le fait qu'ils trouveront le bon chemin ». A condition qu’ils n’oublient pas l’histoire ; ce qu’il espère.

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