DBaaS : Oracle déploie (enfin) MySQL HeatWave sur AWS

Comme promis, Oracle annonce la disponibilité générale de MySQL HeatWave sur AWS. Le spécialiste des bases de données assure que son DBaaS est plus performant qu’AWS Aurora, RDS, mais aussi RedShift, Snowflake, Google BigQuery et Azure Synapse.

C’était une des volontés de Larry Ellison, le célèbre PDG d’Oracle. MySQL HeatWave devait devenir multicloud, en commençant par AWS. Pour rappel, ce service DbaaS lancé en 2020 repose sur une modification du moteur InnoDB. Ce système doit accélérer les requêtes et augmenter les capacités de stockage de MySQL. HeatWave n’est pas seulement MySQL : il doit supporter des traitements transactionnels et analytiques en sus de certains algorithmes de machine learning. Lors d’une conférence de presse, Nipun Argawal, Senior Vice President MySQL et HeatWave chez Oracle, a vanté les qualités du nouveau service concurrent d’Amazon Aurora et de Google Cloud SQL for MySQL.

Contrairement, à l’offre conjointe Oracle Database Service for Azure proposée avec Microsoft, MySQL HeatWave on AWS est bien hébergé sur Amazon Web Services. Il ne s’agit pas de déployer des instances depuis la console AWS sur Oracle Infrastructure Cloud (OCI). De plus, HeatWave sur AWS peut accéder aux données stockées dans Amazon S3, le service de stockage objet d’AWS.

« Un événement historique », selon Constellation Research

« Cela montre qu’Oracle se soucie du TCO [coût total de possession] – puisque les clients peuvent désormais conserver et rester avec leurs données sur AWS. En fait, le logiciel va là où se trouvent les données ».
Hoelger MuellerAnalyste, Constellation Research

« C’est un événement historique, car Oracle n’a jamais proposé ses offres de bases de données sur un autre cloud qu’OCI », déclare Holger Mueller, analyste chez Constellation Research auprès de nos confrères de Searchdatamanagement [propriété de Techtarget, également propriétaire du MagIT]. « Cela montre qu’Oracle se soucie du TCO [coût total de possession] – puisque les clients peuvent désormais conserver et rester avec leurs données sur AWS. En fait, le logiciel va là où se trouvent les données ».

Oracle s’appuie sur les instances EC2 équipées de processeurs Intel. Le fournisseur a bien testé les machines virtuelles propulsées par des puces AMD et AWS Graviton 3, mais elles n’ont pas été retenues. « MySQL HeatWave a donné de meilleurs résultats avec les instances dotées de processeurs Intel », affirme Nipun Argawal. Cependant, HeatWave est une base de données in-memory distribuée. Elle réclame donc des instances optimisées pour ces usages. Sans surprise, la quantité de mémoire vive allouée joue davantage sur les performances. Il faut au minimum 64 Go de RAM pour exécuter le service.

Néanmoins, Oracle ne souhaite pas indiquer les types d’instances disponibles. Au lieu de cela, l’éditeur évoque des nœuds et une quantité de RAM à allouer (64 Go, 128 Go, 256 Go, etc.). MySQL HeatWave peut s’étaler sur 64 nœuds au maximum. « Nous provisionnons des instances standards d’AWS, mais c’est quelque chose que nous faisons directement et dont les clients n’ont pas à se soucier », assure Nipun Argawal. Le DbaaS serait capable de supporter jusqu’à 1,6 million de tables.

Malgré tout, HeatWave sur AWS n’est pas une simple adaptation du DBaaS sur un autre cloud. À partir du site cloud.mysql.com, les clients accèdent à un environnement géré par Oracle sur AWS qui peut communiquer avec le compte AWS d’une organisation. Oracle a développé une console de gestion des requêtes et des données et une interface de supervision spécifique à ce service.

Benchmarks et tarifications en question

Quant au rapport prix-performance, Oracle s’appuie sur différents benchmarks pour prouver que son service est plus performant et moins cher que ceux de ses concurrents. « Sur le benchmark TPC-H de 4 To, MySQL HeatWave on AWS affiche un rapport prix-performance 7 fois meilleur qu’Amazon Redshift, 10 fois meilleur que Snowflake, 12 fois meilleur que Google BigQuery et 4 fois meilleur qu’Azure Synapse. Pour le machine learning, MySQL HeatWave on AWS est 25 fois plus rapide que Redshift ML », avance Oracle dans un communiqué de presse. Nipun Argawal reprend les mêmes données et fournit une première explication.

Ces performances seraient dues à l’optimisation des charges de travail permises par AutoPilot. Ce système est doté de différents algorithmes de machine learning pour gérer le provisionnement, les charges de travail exécutées en parallèle, le déplacement des données et d’autres caractéristiques telles que le partitionnement.

Toutefois, il convient de remarquer que la firme de Larry Ellison compare les éditions des services impliquant un an d’abonnement. Ce n’est pas la manière conventionnelle d’évoquer la tarification des services cloud. D’autant que les parangonnages en question ne sont pas reconnus officiellement par le conseil derrière TCP. « Nous avons rendu publiquement disponibles les scripts utilisés pour effectuer ces benchmarks », assure Steve Zivanic, VP Database Marketing chez Oracle. « Si les compétiteurs ne sont pas d’accord, ils peuvent les tester. Parfois, le silence parle de lui-même. Cela fait depuis 2020 que nous proposons des benchmarks de ce type et les compétiteurs n’ont pas réagi ».

« Pour certains clients, les coûts d’egress liés à la migration d’une application d’AWS vers OCI sont très élevés. »
Nipun ArgawalSenior V-P MySQL et HeatWave, Oracle

La présence de MySQL HeatWave sur AWS est aussi un moyen d’encourager davantage les migrations depuis RDS, Aurora ou RedShift vers cette version dopée de MySQL. Oracle incitait déjà les clients d’AWS à se tourner vers ce DBaaS jusqu’alors disponible uniquement sur OCI. Problème, « pour certains clients, les coûts d’egress liés à la migration d’une application d’AWS vers OCI sont très élevés », affirme Nipun Argawal. « Si vous avez plusieurs centaines de téraoctets de données, il est très cher de les sortir d’AWS ». Oracle aurait pu utiliser son service Fastconnect pour créer des liaisons privées entre OCI et AWS. « Si vous avez une application hébergée sur AWS, mais que la base de données est ailleurs, la latence sera élevée », justifie-t-il.

Il faut aussi dire que bon nombre de clients ont cherché ou cherchent à se débarrasser des appliances Oracle existantes et se tournent volontiers vers les services SGBD managés des concurrents, dont AWS et Microsoft. Qui plus est, même si des analyses tierces démontrent qu’OCI offre souvent un meilleur rapport performance-prix, et que ce cloud génère davantage de revenus qu’auparavant, les trois géants continuent de dominer le marché. Pour les entreprises, il peut être plus intéressant de faire jouer leur engagement avec le fournisseur cloud de leur choix, que d’adopter les services d’un autre acteur.

Ces points questionneront également les utilisateurs intéressés par MySQL HeatWave. Si la tarification n’a pas été dévoilée, plusieurs informations sont tout de même à noter. Avec ce service, la gestion du contrat reste aux mains d’Oracle. La souscription à MySQL HeatWave on AWS n’est disponible que par le site Web consacré à MySQL. La tarification est gérée par la société de Larry Ellison et il n’est pas possible d’y souscrire depuis la marketplace d’AWS.

Oracle compte rendre disponible MySQL HeatWave sur d’autres clouds, à commencer par Microsoft Azure « dans un futur proche », et Google Cloud plus tard, selon Nipun Argawal.

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