Ready for IT : 2026, année de la prise de conscience sur l'IA
La 7e édition de la conférence ouvre ses portes à Monaco. L’IT est traversée de vents forts. L’IA et l’agentique emportent tout, mais les coûts des tokens, les risques cyber, géopolitiques et environnementaux incitent à la prudence.
Le chaud et le froid soufflent sur la Principauté de Monaco cette semaine lors de l’événement « Ready for IT ! ». Frédéric Cavazza, consultant en usage et technologies numériques, est venu évoquer sur scène l’emballement du secteur des IA et de la difficulté pour les DSI de faire des choix quand ceux-ci pourront être remis en cause quelques mois, si ce n’est quelques semaines plus tard, par des modèles et des éditeurs plus performants.
Le consultant estime que la DSI est amenée à changer du fait de l’essor de l’agentique.
« Son rôle doit être toujours plus important et critique […]. S’assurer qu’il y a un bon débit dans le réseau, s’assurer qu’on a un bon taux de disponibilité des machines, des applications, cela va rester, ce n’est pas la question, mais il faut renforcer le rôle de la DSI, ou du DSI, dans les comités exécutifs, dans les comités de direction, pour faire en sorte qu’il soit source de création de valeur, pour qu’il soit l’architecte de solutions qui permettent de gagner en compétitivité. », plaide-t-il.
L’ère du Move to Cloud fait place au Smart Cloud
D’une certaine manière, le Cloud est un de ces moyens de s’élever en se libérant des contraintes « matérielles » de l’IT.
« Fini l’open-bar, maintenant il faut payer pour chaque token et ça, ça va changer la donne. »
Frédéric CavazzaConsultant en usage et technologies numériques
Ce chantier du Cloud a été lancé il y a 25 ans, mais l’approche serait en train de changer. « On passe d’une volonté de Go To Cloud coûte que coûte à une approche dite “Smart Cloud”. L’idée est que l’on ne va pas basculer tout son système d’information chez les hyperscalers, mais que l’on a des architectures hybrides, qui permette de sélectionner en confiance et en toute connaissance de cause, les fournisseurs de solutions Cloud les plus appropriés pour tel pan de notre SI ou pour telle application. »
Soulignant que 80 % des traitements et des données dans le Cloud sont aujourd’hui exposés au CLOUD Act américain, Frédéric Cavazza ajoute la question de la souveraineté dans cette équation.
De même que l’idée du Edge Computing réapparaît. Les capacités de calcul de type NPU qui se généralisent sur les PC doivent permettre de déployer des instances d’IA sur le « dernier mètre » et non plus exécutées dans des datacenters situés à plusieurs milliers de kilomètres.
L’envolée du prix des tokens va changer la donne
Un critère pourrait arbitrer, de force, en faveur d’infrastructures IA plus frugales : la montée du coût des tokens déjà entamée par les géants de l’IA et la facturation en pure tokens (vs les abonnements).
« Depuis le 1er juin, Microsoft est passé sur une facturation à l’utilisation. Fini l’open-bar, maintenant il faut payer pour chaque token et ça, ça va changer la donne », prévient l’expert. « On va être un petit peu moins dans l’exploration et dans la stupéfaction devant cette IA magique qui peut tout faire et qui est gratuite. Elle n’a jamais été gratuite, simplement on vous laissait la consommer. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a une facture à payer, une facture d’électricité, une facture écologique, et qu’il va falloir s’en soucier. »
Résorber la dette de données pour tirer profit de l’IA
Reste que les entreprises vont aller de plus en plus loin dans l’exploitation de l’IA générative. Outre les ChatGPT et Copilot, les organisations mettent en œuvre des assistants personnalisés, des « Custom GPTs » (ou les Gems chez Gemini). La suite est évidemment les agents qui disposent d’instructions et de routines d’automatisation. « On sort d’une logique de question-réponse pour aller vers une logique de délégation de tâches. »
Pour Frédéric Cavazza, le rôle de la DSI sera de plus en plus celui d’un orchestrateur entre microservices, API et agents IA mis à disposition des métiers.
Mais le consultant pointe les efforts qui devront être menés pour que les données du système d’exploitation soient utilisables par ces agents. Les données structurées et surtout non structurées vont devoir être gouvernées.
Il faudra surtout passer par ce que le consultant appelle « une phase de remédiation de la dette de données » pour assainir le patrimoine informationnel de l’entreprise.
Les deux faces de l’IA dans la cybersécurité
Autre enjeu de taille qui freine l’aventure agentique, la Cybersécurité. Frédéric Cavazza reconnaît que le risque est accru avec les attaques augmentées par l’IA. Mais l’IA joue aussi en défense.
L’épisode médiatique autour de Claude Mythos, « un soi-disant modèle omniscient et capable de détecter 10 000 failles de sécurité à la seconde » devrait aussi aider les éditeurs à mieux sécuriser leurs solutions avant de les mettre sur le marché.
« Vous avez des leviers d’action. La balle n’est pas que dans le camp des attaquants, l’IA est également dans celui des défenseurs », conclut-il. « Il est possible d’agir et renforcer sa vigilance avec des approches de zéro trust. »
Pour approfondir sur IA Responsable, IA durable, explicabilité, cadre réglementaire