Salesforce France prépare la mise en place d’une pratique FDE

L’entité française du géant du CRM recrute une centaine de personnes pour former une équipe FDE. Les ingénieurs logiciels embarqués interviendront chez des clients clés de l’éditeur afin d’accélérer le déploiement des applications agentiques les plus complexes à faire sortir de terre.

FDE. Trois lettres qui bouleversent les habitudes des intégrateurs et des cabinets de conseils. Née chez Palantir aux alentours des années 2010, l’approche du Forward Deployed Engineering consiste en l’intervention directe d’ingénieurs chez le client. Ils sont responsables de l’intégration et de la personnalisation d’une solution logicielle. Ce sont aussi des employés capables d’influencer la feuille de route de l’éditeur.

L’approche gagne petit à petit en importance chez les grands éditeurs. Salesforce n’y déroge pas. Le 15 avril dernier, il a présenté la création d’un réseau de partenaires FDE, des partenaires à qui il donne un accès privilégié à sa feuille de route. Accenture, Deloitte, Capgemini, IBM Consulting, KPMG, PwC, Slalom, Tata Consultancy Services et 24 autres cabinets sont de la partie.

Dans un même temps, le géant du CRM crée en interne ses propres équipes FDE. Au moment d’écrire ces lignes, LeMagIT compte 109 postes ouverts chez Salesforce liés de près ou de loin à cette pratique. L’entité française de Salesforce n’est pas en reste, selon Bruno Katz, son directeur général adjoint.

« En France, nous recrutons une centaine de personnes d’ici février, dont une majorité de “bâtisseurs”. Les autres rejoindront les équipes commerciales », renseigne-t-il. « Cela représente trois types de profils : des ingénieurs FDE, des stratèges du déploiement et des responsables de compte. Les stratèges interviendront sur la vision projet, la feuille de route, l’accompagnement client et sur l’aide à la mise en place d’une stratégie », détaille-t-il. Une annonce faite par Emilie Sidiqian, directrice générale de Salesforce France, il y a deux semaines sur LinkedIn.

La part belle à la programmation agentique

Ces FDE ont idéalement trois ans d’expérience dans l’ingénierie logicielle ou le déploiement technique de systèmes en production, de préférence qui inclut une pile technologique IA. Ils maîtrisent au moins un langage de programmation parmi Python, JavaScript/TypeScript, Java ou Apex. Ils ont des connaissances en modélisation de données et en intégration et ont une expérience du prompt engineering. Salesforce privilégie les candidats familiers avec sa plateforme, avec les frameworks agentiques (LangChain, LlamaIndex), et les plateformes de type Snowflake, Databricks et BigQuery. Ils ont idéalement une expertise dans des domaines associés (ingénierie de données, architecture de plateforme, etc.).

L’on demande également à ces FDE d’utiliser les outils fortement mis en avant lors de la conférence développeur lors de Dreamforce.

Salesforce réclamait jusqu’alors une maîtrise de son langage Apex, des LWC (Ligthning Web Components), de Java ainsi que de ses outils low-code. Il bascule dans le « vibe-coding » assisté à travers des plugins pour Claude Code, l’intégration de la logique spec-driven dans Agentforce Vibes, la prise en charge des serveurs MCP personnalisés et plusieurs frameworks front-end comme React et Angular. En outre, Agent Script, le langage de scripts pour intégrer des flux déterministes dans les flux de travail agentiques est fin prêt tout comme le centre de tests. En clair, les « Trailblazers » – la communauté de personnes formées à Salesforce – ont tout intérêt à se mettre à la programmation agentique.

Surtout, les techniciens FDE seront proches de l’équipe ingénierie. Si cela paraît plus difficile pour une équipe française dans un groupe américain tel que Salesforce, il y a des raisons de croire que ces FDE seront pris au sérieux par les responsables des produits. De fait, Agentforce Coworker – l’adaptation des principes de Claude Cowork à l’univers de Salesforce – a été mis en œuvre par une équipe française. Les prémisses d’Agentforce avaient été orchestrées par un francophone, depuis parti de l’éditeur pour créer sa startup. Le fait que des clients majeurs, dont Adecco et L’Oréal, adoptent Agentforce en France, joue également en faveur des équipes françaises de Salesforce. « La France est numéro 1 dans l’adoption de l’IA et d’Agentforce en Europe », assure Bruno Katz.

Éviter un conflit ouvert avec les ESN et les intégrateurs

Une telle initiative implique potentiellement des tensions avec les intégrateurs : un FDE effectue essentiellement le travail des équipes de Capgemini, d’Accenture ou de cabinet plus spécialisé.

« Nous sommes en train de travailler sur le modèle d’engagement », précise le directeur général adjoint de Salesforce France. « Nous envisageons de faire intervenir 90 jours de nos FDE sur les projets les plus stratégiques, les clients “flagships” et les cas d’usage à fort volume ou qui nécessitent une proximité avec les équipes d’ingénieurs ».

Cette équipe FDE interviendra dans le cadre d’un processus d’avant et d’après-vente. « Nous manquions jusqu’à présent d’une équipe qui s’assure de la qualité des livrables, ce qui était un frein pour les déploiements », note Bruno Katz. Après leurs interventions, le service professionnel de Salesforce ou une ESN/intégrateur pourra prendre le relais, à la guise du client.

Il ne serait pas question de saper l’activité des ESN et des intégrateurs. « Au contraire, nous avons besoin de partenaires qui traitent des projets de bout en bout avec nos clients. Des partenaires qui nous aident à déployer des cas d’usage d’Agentforce connecté avec les briques externes au CRM », illustre le dirigeant.

Objectif assumé de Salesforce : augmenter la consommation des agents IA en production. Il s’agit plus précisément de porter les déploiements à l’échelle. Oui, Agentforce est populaire auprès des clients français, mais seuls quelques cas d’usage atteignent le stade du déploiement à l’échelle.

À noter que les grands clients ne devraient pas voir leur facture exploser soudainement. L’éditeur les encourage à signer son Agentic Enterprise License Agreement qui permet de négocier à un tarif fixe pour un usage quasi illimité des fonctionnalités d’IA de Salesforce.

Pour approfondir sur SSII, ESN