Dreamforce 2026 : Salesforce multiplie les « interfaces intelligentes »
Avec son idée d’ouvrir son back-end aux interfaces générées à l’IA et aux agents IA, lors de sa conférence Dreamforce, Salesforce promeut l’idée de laisser les métiers choisir l’UI. Dans les faits, il en profite pour créer ses propres « interfaces intelligentes », des packages en apparence plus simples à déployer, qui induisent une forme de verrouillage propriétaire.
La notion de headless, mis en avant par Salesforce depuis le mois de mars, doit permettre de dissocier l’interface utilisateur du back-end, pour le rendre accessible par des assistants, des agents IA et d’autres interfaces « vibe codées ».
À l’ère de l’IA agentique, Salesforce reposerait sur les traitements de données, l’orchestration des logiques métier, ou encore la gestion des accès. « Le produit Salesforce est la plateforme sur laquelle nos clients stockent leurs données, leurs métadonnées, leurs flux de travail, l’ensemble de leurs autorisations et leurs paramètres de sécurité – en somme, c’est là qu’ils définissent le fonctionnement de leur entreprise », affirme Patrick Stokes, président du marketing et des applications chez Salesforce, lors d’un point presse en marge de Dreamforce.
Le choix de l’UI et des agents IA, perçus par les cadres de Salesforce comme « des interfaces intelligentes », est laissé aux utilisateurs.
« Je pense que tout le monde serait probablement d’accord avec moi. Quand on regarde Salesforce, Workday, Coupa et tous ces différents logiciels d’entreprise qui sont pour la plupart indispensables, l’interface utilisateur […] est probablement ce qui gêne et ralentit les utilisateurs, car il y a tellement de choses à gérer, tellement de règles à respecter, que cela peut s’avérer très difficile », déclare Patrick Stockes.
C’est la raison d’être d’AIforce, une marque ombrelle qui réunit aujourd’hui SDK Headless, Slackforce, Claudeforce et Agentforce Coworker.
Hormis Claudeforce en bêta, l’ensemble de ces interfaces plus ou moins douées d’intelligence sont en disponibilité générale. Un rythme de lancement somme toute rapide pour le géant du CRM plus habitué à présenter des versions de sa plateforme deux fois par an.
Un kit d’outils comme fondation des « interfaces intelligentes »
Présenté en juin, le kit d’outil Headless réunit des serveurs MCP (Tableau, Informatica, MusleSoft, Slack, Data 360, etc.), des skills et des « configurations agentiques propulsées par des données, des métadonnées, des API et une couche CLI ». C’est en quelque sorte la fondation d’AIforce et un moyen pour les entreprises de créer leurs propres interfaces. Une couche de sécurité doit protéger les accès non désirés aux données à l’intérieur de Salesforce. De ce côté-là, l’éditeur a observé une multiplication par six des appels hebdomadaires vers ses serveurs MCP entre avril et juillet 2026.
Claudeforce, en cours de déploiement chez quarante clients
Comme LeMagIT l’a déjà évoqué, Claudeforce, est un lot de 37 skills et l’intégration des serveurs MCP de Salesforce au sein de l’interface de l’assistant Claude. Il permet aux habitués de Claude d’accéder aux données au sein du CRM et de les modifier. Cette solution sur étagère viserait à simplifier la tâche pour les métiers. « Tous les vendeurs ou responsables marketing ne savent pas forcément ce qu’est un serveur MCP ni comment procéder à cette configuration », note Patrick Stokes.
Une quarantaine de clients seraient en phase de pilote plus ou moins avancé, dont Deloitte, Siemens, ou encore GitLab. « Salesforce et Anthropic utilisent Claudeforce. Chez Salesforce, nous avons 4000 utilisateurs actifs au quotidien. Je dirais que ce panel de clients se divise en deux grandes catégories. Ceux qui l’ont déployé auprès de 100 utilisateurs ou moins et ceux qui sont suffisamment à l’aise pour aller au-delà », ajoute le dirigeant.
Slackforce et les interfaces « lives »
Slackforce doit réunir une suite de capacités pour que les usagers créent leur propre interface par-dessus les produits de Salesforce depuis Slack. La marque ombrelle réunit Slack CRM, Slackbot et Slack Code.
Slack CRM intègre Sales Cloud dans l’interface de Slack. Slackbot, lui, est un moyen de lire et écrire des données ainsi que prendre des actions dans la plateforme Salesforce, à travers les serveurs MCP. Quant à Slack code, il permet de créer des canaux dédiés au développement où des agents IA (dont Claude, Devin, GitHub Copilot, Vercel et bientôt Lovable) et des humains peuvent collaborer pour créer des fonctionnalités, résoudre des bugs ou gérer des incidents.
Une quatrième fonctionnalité émerge : Slackforce Surfaces. Elle permet de demander à Slackbot de créer des UI pour visualiser des données de manière interactive. Là, Salesforce reprend à son compte le mécanisme des artifacts chez Anthropic. Ce sont des panneaux de prévisualisation qui s’affiche à côté d’une conversation. Pour l’instant, ce dispositif de visualisation se limite aux données statiques. Il faudra attendre le mois d’octobre pour la prise en charge des données en quasi-temps réel.
Agentforce Coworker : Salesforce copie Cowork dans Ligthning (et cela plairait)
Présenté en mai, Agentforce Coworker est, comme son nom l’indique, très inspiré de Claude Cowork. Imaginé par une équipe de R&D grenobloise (ça ne s’invente pas), Agentforce coworker est une nouvelle expérience de navigation au sein du CRM. Disponible à travers la barre de recherche et l’UI Lightning de Salesforce, Coworker se comporte comme Claude Cowork, tout en s’appuyant sur Amazon Bedrock, un LLM d’Amazon et des skills préconfigurés par Salesforce. Il permet de recherche des données sur des éléments enregistrés au sein du CRM et, en option, de Slack et de Data 360 (qui ouvre l’accès à ses 270 connecteurs tiers). Coworker ne peut qu’agir sur les enregistrements du CRM, c’est-à-dire en créer de nouveau ou les modifier, pas les supprimer. Plus tard, Salesforce activera les connecteurs pour Google Drive, Calendar, SharePoint et Confluence.
Découvrir des comptes, débloquer des opportunités, résoudre des problèmes, redresser ou unifier des données de profil… voilà les quelques cas d’usage présentés par Salesforce. Les sources des données utilisées pour générer les réponses sont cliquables et peuvent être immédiatement consultées. Pour l’instant, Agentforce Coworker ne génère pas de visualisation de données. Toutefois, il est déjà capable de lister toutes les occurrences d’un compte enregistré dans le CRM et d’identifier qui en est le propriétaire. La barre de recherche « classique » (Einstein Search) cohabite avec ce système de recherche agentique.
Selon la communication de l’éditeur, pas moins de 100 000 utilisateurs auraient activé Agentforce Coworker au cours des 35 premiers jours de disponibilité. Les équipes sur place ont préféré évoquer « plusieurs milliers d’utilisateurs » depuis le mois de juillet. Une intégration dans Microsoft Teams est déjà au programme. C’est une des demandes les plus récurrentes de la part des entreprises qui l’ont activé, selon Chloé Rance, responsable de comptes stratégiques Agentforce chez Salesforce. L’éditeur imagine déjà utiliser Coworker pour piloter des sous-agents (ex-topics) et des agents IA tiers.
Headless, vraiment ?
C’est le signe que Salesforce ne lâche pas complètement l’interface. Le géant du CRM cible différents rôles, différents types de clients. Claudeforce s’adresse aux habitués des solutions d’Anthropic. Slackforce peut attirer les usagers de Slack qui, si l’on en croit la petite pique lancée par Marc Benioff, cofondateur et CEO de Salesforce, ne sont pas assez nombreux à son goût. Le géant du CRM avait tout de même racheté Slack pour 27 milliards de dollars. Agentforce Coworker s’adresse plus simplement aux habitués de Salesforce. Aux grands comptes qui n’ont pas réussi à tirer pleinement profit d’Agentforce et qui déploient principalement Teams, bundle Microsoft oblige.
Pour l’heure, environ 30 000 clients ont davantage adopté Agentforce, la plateforme de création d’agents IA. Outre AIforce, le géant du CRM cherche désormais à ce qu’ils déploient des agents sur étagère dont Casey (service client multicanal), Paige (ITSM), Carter (guide d’achats), Hunter (prospection sortante, en GA au mois de novembre 2026), Marshall (Supply Chain), Piper (prospection entrante) et Fin (issu du rachat de la société éponyme).
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