Datacenter : comment Yahoo est devenu éco-responsable

Le directeur monde du développement durable de Yahoo explique pourquoi les fournisseurs de Cloud doivent basculer vers les énergies renouvelables.

Les impacts environnementaux de l’industrie du datacenter sont de plus en plus observés par le marché, mettant sous pression les opérateurs qui se doivent de révéler le niveau d’efficacité énergétique et leur dépendance aux énergies fossiles.

Pour le géant du Web Yahoo, le datacenter a été au cœur de ses préoccupations depuis 2007, date à laquelle le groupe a entrepris de réduire la taille de son empreinte carbone, explique Christina Page, en charge du développement durable et de la stratégie liée à la consommation énergétique chez Yahoo.

« Si l’on considère notre empreinte carbone totale en tant qu’entreprise -les déplacements des employés, par avion, les bâtiments et le datacenter -, c’st sur ce dernier élément que l’impact peut être le plus fort, et c’est là que nous concentrons toute notre attention », affirme-t-elle.

Le groupe a construit et opéré ses propres centres il y a 8 ans, après avoir loué de l’espace chez d’autres opérateurs. Cette initiative lui a permis d’avoir un contrôle plus important tant par rapport à la location que sur la conception même de ces centres.

« Il est généralement admis qu’un datacenter doit être étanche, sécurisé comme un coffre-fort, refroidi à l’air pour les maintenir à une température et une humidité constante », affirme Christina Page. « Avec ce type de scenario, vous consommez autant d’énergie à refroidir les serveurs qu’à les faire fonctionner. » 

« Ce que nous avons découvert, dans le fait de posséder et d’opérer nos propres datacenters, est que nous pouvons utiliser l’air extérieur et ouvrir les fenêtres efficacement pour avoir le même effet », ajoute-t-elle.

Des implantations clés

Le groupe recherche généralement des sites proches de sources d’énergies pauvres en carbone, comme ce fut le cas en 2010 avec le centre de Niagara County, à l’ouest de New York. Ce site permet à Yahoo d’exploiter l’énergie hydraulique locale ainsi que de s’appuyer sur le climat tempéré de la région pour maintenir les coûts de refroidissement le plus bas possible.

Ce site était également le premier à reposer sur l’architecture de conception Yahoo Computer Coop (YCC) qui privilégie le refroidissement par air ambiant plutôt que mécanique. « Il s’agit d’un modèle de conception low-tech et est moins cher à construire car inule d’installer de couteux systèmes de refroidissement. Il est également plus fiable car moins d’éléments sont exposés à des incidents », ajoute-t-elle.

Les centres qui s’adossent aux spécifications YCC ont une conception de type « poulailler », affirme Christina Page, pour faciliter la circulation de l’air extérieur à l’intérieur et s’assurer que seulement 1% de la consommation énergétique total du bâtiment est dépensée dans le refroidissement.

« Nous nous implantons sur des sites où il y a suffisamment peu de jours d’humidité et de chaleur dans l’année pour que ce modèle de conception fonctionne. Mais nous étions conservateurs. Nous avons conclu qu’il pouvait y avoir d’autres endroits, avec un degré d’humidité plus élevé et plus de chaleur, où cela fonctionnait bien », souligne-t-elle.

Le centre à l’ouest de New York est annoncé à un PUE (Power Usage Effectiveness) de 1.08  et l’implémentation  du modèle YCC a permis à Yahoo de recevoir 9,9 millions de dollars de subventions du ministère de l’Energie américain en 2010.

Pour ces raisons, des déclinaisons de YCC commencent à apparaître dans l’industrie, les opérateurs se sentant encouragés par le fait qu’une entreprise comme Yahoo ait pu le faire.

Toutefois, il existe encore des barrières à lever, soutient-elle, particulièrement lorsqu’il s’agit de répondre à la demande de ressources sur les sites les plus chauds, où le format ne fonctionne pas très bien.

Cela a conduit Yahoo à tester des techniques de refroidissement par immersion dans l’huile, qui immerge totalement les serveurs du centre dans un bassin de fluides diélectriques. Ceux-ci capturent la chaleur rejetée par le hardware pour l’extraire.

« Nous sommes en permanence à la recherche de procédés innovants  que l’on peut appliquer ailleurs, car il n’existe pas de solution universelle. Identifier ce qui est approprié à un site, en termes d’impact énergétique, nécessite de la réflexion. Nous cherchons constamment à cibler ces besoins », développe-t-elle.

L’engagement dans les énergies renouvelables

Exploiter des sources d’énergies renouvelables pour alimenter les datacenters est une priorité pour le groupe. La société a entrepris plusieurs projets pour en garantir l’accès. Cela comprend par exemple un accord portant sur l’achat de capacités à la société américaine OwnEnergy. Cela devrait contribuer à la création d’une ferme éolienne dans le Kansas, capable de produire 100 000 Mwh l’année.

Cette puissance sera mise à disposition par Southwest Power Pool Network, qui fait office de plateforme centrale pour le surplus d’énergie dans lequel les autres villes peuvent piocher si l’énergie vient à manquer.

Cette approche, affirme Yahoo, lui permet de compenser la grande quantité d’énergie consommée  par ses datacenters, tout en contribuant à faire de l’énergie renouvelable une ressource mieux distribuée.

« Cet accord offre un degré de flexibilité élevé qui me permet de m’engager à être client et de contribuer au développement des énergies renouvelables », explique Christina Page.

« Je peux également guider le développement des énergies renouvelables et les conserver comme une couverture financière. Si ma croissance progresse au rythme prévu ou si la demande explose, je pourrais éventuellement utiliser cette énergie dans mon datacenter », ajoute-t-elle.

Elle aimerait que ce modèle financier soit davantage adopté par la communauté des fournisseurs de Cloud pour compenser en retour ce qu’ils consomment dans leurs datacenters.

« J’aimerai voir ces fournisseurs signer ce même type d’accord car je pense que cela envoie un message fort aux utilités sur la façon dont ils aimeraient fonctionner. C’est une stratégie passionnante à considérer surtout à une époque où l’industrie se demande comment doper l’adoption des énergies renouvelables. Et vous savez quoi ? Cela pourrait bien être la bonne façon de la faire », soutient-elle.

Les associations environnementales, comme Greenpeace, attirent régulièrement l’attention sur le fait que nombre de datacenters s’appuient sur des énergies non renouvelables pour leurs services Cloud.  Pour cette raison, lance Christina Page, les fournisseurs devraient mettre en place une stratégie tournée vers les énergies renouvelable, car c’est un point que les clients vont davantage considérer.

« Il y a 5 ans, il était plus difficile d’avoir cette information. Désormais Greenpeace  informent les utilisateurs en leur donnant un niveau élevé de transparence sur la chaîne du Cloud. Les fournisseurs doivent alors se demander si les clients y attachent de l’importance. Et de plus en plus, c’est le cas », conclut enfin Christina Page.

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