Les SSII occidentales misent sur l’Inde

Alors que les SSII indiennes s’intéressent de plus en plus au marché européen, les SSII occidentales, de leur côté, renforcent leur implantation dans le sous-continent. Un cheminement inversé qui répond à plusieurs problématiques. Mais le chemin reste semé d’embuches.

La plupart des grandes SSII occidentales sont installées en Inde : Atos Origin, Accenture, Cap Gemini, HP/EDS, IBM, Logica, Steria, Sopra, etc. Et le mouvement ne semble pas devoir s’arrêter. Ainsi, Accenture vient tout juste d’ouvrir un nouveau centre de service à Noida, près de New Delhi, centre dédié au BPO pour la finance et la comptabilité, la gestion des ressources humaines, la formation et le service client, notamment. En tout, la société de conseil emploie 35 000 personnes en Inde, réparties dans 13 centres de services, dans 6 villes du sous-continent.

Ce mois-ci, Logica ouvre un nouveau centre de services à Chennai (anciennement Madras, dans l’état indien du Tamil Nadu), avec 100 personnes pour démarrer. Mi-août, la SSII a indiqué « freiner les recrutements onshore (en France donc, ndlr) au cours de ce semestre. » De leur côté, Cap Gemini et Atos-Origin ont annoncé que l’essentiel de la croissance de leurs effectifs viendrait désormais des pays à faible coût de main d’œuvre.

Interview vidéo: Salil Parekh, on Cap Gemini interests in India

Des raisons multiples

Chez Logica, on relève « l’appétit croissant » des clients français pour l’offshore : dans l'hexagone, « la moitié des nouveaux gros contrats signés ont une composante offshore. » Le contrat remporté par Sopra auprès de Thalès, pour l’évolution de son PGI, en mai dernier, n’en est qu’une illustration de plus : le projet sera supporté par des équipes britanniques, françaises et indiennes.

Chez Accenture, Yves Bernaert, responsable des centres de services en Europe, Amérique latine et Afrique, explique la logique qui pousse la SSII vers l’offshore : « sur des projets mondiaux, on répartit le travail dans nos différents centres de services en fonction des besoins du client. Sur des projets de développement, de maintenance ou de BPO, il nous faut répondre à la pression sur les coûts. Mais l’offshore nous permet aussi de trouver les compétences dont nous avons besoin, avec les volumes nécessaires. Typiquement, nous ne pourrions assurer tous les projets SAP sur lesquels nous travaillons avec nos seules ressources françaises. »

Chez Cap Gemini, Salil Parekh, directeur général de la SSII en Inde, revendique 300 clients internationaux, actifs en priorité dans le domaine des services financiers et des télécommunications ; de quoi renvoyer à la logique de la production globalisée.

Interview vidéo: Salil Parekh, on Cap Gemini interests in India

Chez Sopra, Pankaj Agarwal, directeur général de Sopra en Inde, s’en étonne même : « nous sommes surpris de voir la vitesse à laquelle l’Europe s’est finalement ouverte à l’offshore. Des entreprises telles que France Télécom, Airbus, Carrefour, sont devenues globales. Du coup, elles sont plus à l’aise à l’idée de s’appuyer sur des partenaires présents sur les marchés où elles entrent en activité. » Mais pour Pankaj Agarwal, c’est une évidence : « le coût est une motivation. Ce n’est pas la seule ; les clients veulent des fournisseurs qui, comme eux, sont globalisés. » Et puis, on y revient : « en Inde, aujourd’hui, nous avons à notre disposition d’importantes ressources qualifiées. »

Des expériences différentes

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Mais s’installer en Inde, lorsque l’on est une entreprise occidentale, n’est pas toujours trivial. Le centre de développement logiciel de Kone, à Chennai, est resté pendant plusieurs années une épine dans le pied du finlandais. P. Gurumoorthy, directeur de ce centre de développement, avance une explication, en s’appuyant sur son expérience personnelle : « au début, j’avais des problèmes de communication. Mais avec le temps, j’ai appris à communiquer et à échanger [avec les équipes finlandaises]. » Et ça ne s’arrête pas là.

Plus généralement, l’ouverture et l’acceptation de la culture indienne semblent constituer l’une des clés du succès. « La famille est un élément critique » dans la gestion des ressources humaines, précise P. Gurumoorthy. Et de donner un exemple : « si l’on sait qu’un collaborateur prévoit de se marier, dans les deux ans qui viennent, il faut engager un processus de formation pour préparer sa promotion. Ca envoie aussi un message à la famille. » Et si la promotion ne vient pas ? Il se prépare au départ du collaborateur…

De son côté, Yves Bernaert assure que « tout le monde travaille avec les mêmes méthodes et selon les mêmes standards. » Et d’ajouter que, « dans les centres offshore, on déploie la culture Accenture » au travers de formations pour « palier les différences de culture en communication. » Avec, au bout, « les mêmes plans de carrière. »

Chez Logica, Sushil Tayal, DRH du centre de service de Bangalore, exhibe, avec la même ferveur, la logique corporate : ses collaborateurs sont « membres de Logica worldwide ». Mais il concède « une adaptation à la culture locale » avec, notamment, une ouverture sur « les sensibilités religieuses. » En fait, la SSII a noué, en France, un partenariat avec Akteos, une société de conseil spécialisée dans les formations multiculturelles.

Pankaj Agarwal revendique de son côté un niveau d’intégration élevé avec le groupe Sopra : « nous suivons les mêmes processus, les mêmes méthodes que n’importe quel centre de services Sopra. […] L’unité de base, c’est le projet : il y a un projet, un chef de projet, une équipe. Le tout est globalisé. » Mais lui aussi concède une part de « culture locale, de parfum local ajouté à l’équation. » Sans en détailler la nature.

Un air de far west, édulcoré

Pour Karthik Shekkar, secrétaire général du syndicat Unites Professionals pour l’Inde, les SSII britanniques et américaines arrivent en Inde « en se pensant au far west. » Et elles n’ont peut-être pas tort : « si Intel demande la gratuité de l’eau, l’état va lui offrir […] et demander à l’inspection du travail de fermer les yeux. » Partho Ganguli, directeur exécutif de BOB Technologies, ne conteste pas ces observations, mais précise que « Cap Gemini fait plutôt preuve d’ouverture d’esprit. » Un cas isolé ? Certainement pas.

Mais Abhay Gupte, directeur général de Logica en Inde, souligne que les SSII occidentales sont capables d’attirer et de retenir leurs salariés parce qu’elles « leur offrent la possibilité de travailler sur des projets mondiaux. » Ce n’est pas le seul. L’atout principal des SSII occidentales, vis-à-vis de leurs salariés indiens, tiendrait à la carotte de l’expatriation. Mais aussi, peut-être, à une certaine souplesse de management, liée à l’impératif de s’adapter, en douceur, à une culture aux différences marquées.

Un atout dans la manche

Reste que si les SSII occidentales ont recours à l’offshore pour réduire leurs coûts, elles conservent un avantage sur leurs homologues indiennes : « notre connaissance des marchés européens est un gros avantage », estime Abhay Gupte. A sa manière, Yves Bernaert confirme ce point : « pour le client, nous assurons la transparence à tous les niveaux. On encourage le client à venir visiter nos centres de services. » Jusqu’à organiser des formations, mises en œuvre par le client, pour les équipes offshore.

Mais, surtout, « si le client est francophone, on utilisera des ressources francophones. Si le projet n’est pas basique, on ne peut pas s’organiser pour traduire systématiquement ; cela entrainerait des délais trop importants. » De quoi rassurer et limiter les frictions multi-culturelles. Mais cet atout pourrait faire long feu si les SSII indiennes parviennent à soutenir leurs efforts en matière de formation multi-culturelle.

La fiscalité, l’autre menace sur l’activité des SSII en Inde

Les SSII installées en Inde peuvent bénéficier d’un régime fiscal privilégié : elles peuvent être exemptées de toute imposition sur leur chiffre d’affaires à condition que celui-ci soit réalisé à 75 % au moins à l’export. Une disposition que certains pourraient analyser comme protectionniste dans la mesure où elle encourage les SSII étrangères à laisser le marché domestique indien aux SSII locales. A cela s’ajoute notamment une exonération de TVA et de droits de douane sur les biens importés.

Pour profiter de cette fiscalité avantageuse, les SSII s’installent dans des parcs technologiques (Software Technology Park of India, ou STPI). Le régime d’exemption fiscale pour les STPI devait initialement prendre fin le 31 mars 2009. Fin avril dernier, l’échéance a été repoussée d’un an. Désormais, la question est posée : que se passera-t-il après le 31 mars 2010 ?

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Une chose est sûre : la recette fonctionne. Pour l’année 2005/2006, les STPI ont généré pour 15,8 Md€ d’exportations, 36 % de mieux qu’un an plus tôt. Selon Ganesh Natarajan, directeur exécutif de Zensar et membre du conseil exécutif du Nasscom, la chambre syndicale des SSII indiennes, la levée des avantages fiscaux des STPI entrainerait un recul de 3 % des bénéfices de l’industrie IT en Inde.

Afin de parer à toute éventualité, un peu plus de 15 % des entreprises IT installées en Inde ont commencé à installer des activités dans d’autres espaces à fiscalité privilégiée : les SEZ, ou Special Economic Zones.

Dernière mise à jour de cet article : septembre 2008

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