Offshore : regain de tensions protectionnistes aux Etats-Unis

Après la restriction des conditions d’octroi de visas de travail H1-B, qui avait été perçue comme visant particulièrement les SSII indiennes, l’industrie indienne des services informatiques et du BPO s’inquiète d’une proposition de loi visant à restreindre l’accès à la garantie des Etats-Unis pour l’obtention de prêts : les entreprises délocalisant des centres d’appel offshore ne seraient plus éligibles.

Les tensions ont commencé début 2009, lorsque le Sénat américain a approuvé un texte imposant des restrictions à l’embauche de titulaires de visas H1-B dans le secteur financier, et tout particulièrement pour les banques recevant des aides de l’Etat. Toutefois, deux ans plus tôt, les SSII indiennes avaient déjà été malmenées par la réduction du quota de visas H1-B de 195 000 à 65 000 par an. Elles avaient averti leurs actionnaires du risque que pouvait faire peser sur leur activité le retour d’une certaine forme de préférence nationale aux Etats-Unis. Et s’étaient rendues à Washington pour défendre leur industrie. Mais voilà, fin août 2010, le couperet tombait : le coût des visas H1-B devrait gonfler, représentant une charge supplémentaire de 250 M$ par an pour les SSII indiennes. Lors d’une visite en Inde, à l’automne dernier, Barack Obama a joué l’apaisement, cherchant à rassurer les grands outsourceurs du sous-continent. Mais cela n’a pas suffi. Eux se sentaient particulièrement visés par des mesures officiellement conçues pour renforcer la limite contre l’immigration illégale à la frontière mexicaine : entre 2000 et 2009, 46,9 % des porteurs de visas H1-B étaient indiens. 

De nouvelles tensions sur le front du BPO

Mais, depuis lors, la situation ne s’est pas améliorée. Fin septembre 2011, l’Inde s’est très officiellement inquiétée de l’augmentation du nombre des rejets de demandes de visas H1-B. Réponse des Etat-Unis fin octobre : le nombre de visas de ce type accordés à des Indiens en 2011 a progressé de 24 % par rapport à 2010, pour atteindre le chiffre de 67 195. Un autre visa de travail est toutefois dans le collimateur des entreprises indiennes : le visa L1. Là, c’est plus un point de procédure qui est visé : les demandes de visa L1 ne peuvent plus désormais être traitées que par le consul général à Chennai (ex-Madras). Pour l’exercice fiscal s’étendant de mars 2010 à mars 2011, les ressortissants indiens ont compté pour 37 % des visas L1 octroyés, soit 25 000. Pour les SSII indiennes, cette consolidation va se traduire par des coûts supplémentaires et «causer des difficultés logistiques.» 

Après les visas, donc, l’externalisation des processus métiers. Un projet de loi récemment présenté au parlement américain inquiète l’industrie indienne des services informatiques et du BPO : le projet prévoit de rendre inéligible aux garanties de l’état fédéral les entreprises délocalisant des centres d’appel offshore. Le Nasscom, la chambre syndicale représentant les SSII et les entreprises de BPO indiennes, a été saisie du dossier. Certains états indiens ont eux-même manifesté leur inquiétude, à commencer par celui du Gujarat où Ahmedabad fait partie des villes ayant profité du boom de la délocalisation offshore des centres d’appel en langue anglaise : 8 entreprises 10 dans le Gujarat travailleraient pour le marché que représentent les Etats-Unis. 

Le protectionnisme s’étend

Mais si l’Inde se défend aussi vigoureusement sur ce qui constitue le premier marché de son industrie IT et de BPO, c’est aussi parce que celui-ci pourrait avoir valeur d’exemple pour d’autres. À commencer par le Royaume-Uni où certaines tensions protectionnistes sont déjà apparues. Les professionnels indiens s’inquiètent désormais du projet de relève du seuil de revenus annuels minimum pour permettre à des personnes hors espace Schengen de s’installer durablement outre Manche : actuellement défini à 31 000 £, ce seuil pourrait être revu à 49 000 £, afin d’améliorer la «différenciation dans le processus de décision.» 

Des tensions sont également apparues, cet automne, au Canada, où le ministre indien du commerce et de l’industrie a récemment cherché à «sensibiliser les autorités canadiennes pour qu’elles suppriment les restrictions de mouvement des professionnels IT indiens vers le Canada.»

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