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DSI : les effets secondaires de Covid Tracker

L’initiative de Guillaume Rozier rappelle et souligne qu’il est possible de faire vite et bien, de s’affranchir de lourdeurs donnant autrement une impression d’impossibilité. Et cette illustration vaut aussi en entreprise.

Chacun se félicite de la performance technique et du caractère sympathique de l’initiative prise par Guillaume Rozier et ses camarades, de concevoir très rapidement des outils de collecte de données et de mise en forme des résultats sur différents aspects de la crise Covid en cours : développement de la pandémie, trajectoire de la vaccination, disponibilité des doses dans les centres de vaccination, etc. Son initiative met beaucoup de fraîcheur dans le paysage de cette gestion de crise, souligné par une incontestable performance technique et une réactivité exemplaire. Faut-il le rappeler ici, cet exploit a été réalisé sans délai, dans une apparente facilité, et de manière totalement bénévole.

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Bien entendu, chacun imagine l’embarras des services de l’État qui auraient pu prendre ce type d’initiative, si ce n’est aussi rapidement, au moins avec le même succès technique. Chacun sait que nous sommes bien entendu très loin du compte. Il ne faut pas non plus jeter l’anathème sur les services de l’État, qui sont contraints par des procédures administratives d’achat et d’engagement de travaux qui ne pèsent pas sur les équipes de Guillaume Rozier. Il y a aussi en quelque sorte une concurrence déloyale qui est mise en place. Mais elle est de bonne guerre, alors, avançons.

En revanche, les premiers effets secondaires de Covid Tracker se font sentir dans les Directions Informatiques des entreprises, où il ne sera dorénavant plus possible, ou pour le moins très difficile de soutenir qu’un projet est lourd, cher et compliqué quand une bande d’étudiants le fait gratuitement en moins de 24 heures. Sur certains sujets donc, il deviendra impossible de dire que c’est impossible. La seule issue sera de confier certains de ses projets, quelle qu’en soit la nature, à des équipes plus jeunes, plus réactives, libres de choisir leurs outils, leurs méthodes, leur recrutement, etc.

En cas de succès, ce qui est tout à fait possible, cette démarche reviendra à introduire le loup dans la bergerie et de montrer dans le temps que la complexité générale des systèmes d’information pèse inutilement sur l’agilité de l’entreprise, au moment où, en nous dirigeant vers la sortie de crise, l’entreprise doit s’adapter au monde d’après.

À l’inverse, en particulier dans les entreprises les plus complexes, il est bien entendu illusoire d’espérer une baguette magique, fût-elle sympathique et bénévole. Il reste que Covid Tracker, s’il attire la sympathie des médias et du public, et sans doute un peu d’agacement des pouvoirs publics, introduit dans les DSI de toutes les entreprises un véritable défi, celui de faire aussi bien, vite, et presque gratuitement.

Le déclenchement de la crise Covid, matérialisée par la décision du Président de la République de tout fermer, quoiqu’il en coûte, a eu comme effet secondaire de mettre à la place des DSI le Covid lui-même, lequel a rendu possible ce qui était impossible, notamment le télétravail à grande échelle.

Alors que nous nous dirigeons vers le monde d’après, son successeur, pourrait être Guillaume Rozier lui-même. Bien entendu, les DSI peuvent et doivent garder la main, mais il s’agit sans doute d’un défi de plus.

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