Ikoula fait le point sur son cloud CloudStack

Dans un entretien avec LeMagIT, Jules-Henri Gavetti, le patron de l'hébergeur Ikoula, fait le point sur le décollage de son offre de cloud public, sur le marché du cloud et sur le développement de la société.

Cet article traite de

IaaS

À la fin du mois de janvier, l‘hébergeur Ikoula a annoncé le lancement d’une offre de cloud privé basée sur CloudStack, suivi en juillet par le lancement de CloudStack Instances, une déclainaison publique de la technologie. A ce jour, cette offre reste l’une des seules vraies offres françaises de cloud public « à la Amazon » avec celle de Gandi, et en attendant le lancement industriel du cloud public d’OVH et de ceux des deux clouds publics subventionnés par l’État, Cloudwatt et Numergy, dont les infrastructures OpenStack sont toujours en cours de développement. Près d’un an après l’annonce de ce service, LeMagIT fait le point avec le fondateur d’Ikoula, Jules-Henri Gavetti, sur l’offre de cloud public mais aussi sur les projets de développement de la société.

 

LeMagIT.fr : Comment s’est déroulée l’année 2013 pour Ikoula ?

Jules-Henri Gavetti : Nous avons eu un produit phare qui est notre offre de cloud public en mode « amazon like », qui permet de déployer des instances derrière un routeur virtuel, tout ça via notre portail graphique, une ligne de commande ou une API. (…) Nous avons aujourd’hui plusieurs milliers d’instances en production sur trois zones de cloud public. Nous pouvons décliner cette technologie en mode privé sur la même base technique, pour les clients qui le souhaitent. Nous sommes aujourd’hui l’un des rares acteurs français à proposer une offre de ce type avec une telle richesse de service.

 

LeMagIT.fr : Des acteurs comme Amazon aux États-Unis ont d’abord été massivement utilisés par des start-ups avant de séduire des entreprises. Quel est aujourd’hui le profil de vos premiers clients ? 

Jules-Henri Gavetti : Nous avons beaucoup d’éditeurs de sites web qui veulent des services de load balancing et de firewall lié à leurs instances. Avec CloudStack, nous disposons d’un système baptisé "elastic load balancer" qui permet de faire de la répartition de charge entre instances, mais aussi d’instancier des VM automatiquement en fonction de la charge. C’est un système particulièrement apprécié par ceux qui ont des pics de charge, particulièrement en cette période de fêtes. Nous avons aussi beaucoup d’entreprises plus traditionnelles qui utilisent nos instances pour faire du traitement. Nous avons par exemple un client dont le métier est de veiller à la cohérence de fichiers clients. Il prend les fichiers transmis par ses clients, crée à la volée un environnement de traitement, réalise les opérations  nécessaires puis détruit l’environnement créé, ce qui garantit une étanchéité absolue. Nous avons aussi de plus en plus d’entreprises qui nous utilisent comme un environnement de bac à sable pour prototyper un futur déploiement CloudStack interne.

Beaucoup d’entreprises se rendent compte que la maturité d’OpenStack n’est pas au rendez-vous et que la courbe d’apprentissage est douloureuse. CloudStack, de son côté, est mûr, fonctionne et de nombreux clients l’utilisent en production dans le monde. En France, les entreprises commencent à le découvrir.

 

LeMagIT.fr : La France est un marché ou le prix des serveurs physique dédiés a longtemps été l’un des plus bas du monde avec des serveurs quadri-cœur core à 8Go de RAM et quelques centaines de Go de disque pour 30 €. Ce contexte tarifaire agressif n’est-il pas un obstacle au développement du cloud public en France au vu du prix des instances (une instance de base Amazon avec un peu de mémoire coûte rapidement plus de 100 €) ?

Jules-Henri Gavetti : C’est vrai que le marché de l’instance a été bloqué par le fait qu’un serveur physique complet a longtemps été moins cher qu’une VM. Mais, le marché est en train de redevenir plus sain. Les prix de l’hébergement ont commencé à monter car le marché arrive à maturité et que la course en avant que permettait la croissance de ce marché au cours des dernières années touche à sa fin. Dans le même temps, le prix des instances baisse. Chez nous, vous avez une petite instance pour 30 € avec les services de load balancer, de firewall et de réseau privé. On est donc dans un environnement équivalent à une petite machine physique du marché, avec une couche de technologie et de services en plus. De plus, la flexibilité d’une instance est bien supérieure, notamment pour des usages ponctuels. Enfin, nous proposons deux modes de ventes. Nos clients peuvent acheter par instance ou par serveur complet. Le fait de proposer une tarification au serveur permet d’avoir des offres très abordables.

 

LeMagIT.fr : Aux États-Unis, les acteurs de la VM ont considérablement enrichi les services ainsi que l’écosystème entourant leur offre. Où en êtes-vous de ce côté ?

Jules-Henri Gavetti : On pense qu’il faut injecter de la valeur dans les instances. Nous mettons ainsi à disposition de nos clients un ensemble de guides et de meilleures pratiques pour  déployer de façon optimale des applications sur notre environnement de cloud avec des instances pré-packagées. Nous avons aussi créé notre marketplace qui comprend un nombre croissant d’instances. 

Nous pensons qu’à terme on va voir apparaître des entreprises dont le métier va être de proposer des services au-dessus des clouds du marché. Il va y avoir de gros changements sur les réseaux de distribution. Il y a de nouvelles façons de consommer et de distribuer l’infrastructure.

 

LeMagIT.fr : Windows représente aujourd’hui 75 % du marché des serveurs x86 en entreprise, le solde étant réparti entre les grandes distributions Linux comme Red Hat ou Suse. Dans le cloud, il semble que les proportions soient différentes et que la part de distributions « alternatives » soit bien supérieure…

Jules-Henri Gavetti : En fait, dans nos environnements cloud, la répartition entre Windows et Linux est inversée. Et on voit aujourd’hui beaucoup de Debian, car il s’agit d’une distribution stable. Les entreprises évoluent. Il y a quelques années, elles voulaient du Windows pour la certitude de disposer du support. Ensuite, elles nous ont demandés du Red Hat ou du Suse pour l’assurance de ce support. Aujourd’hui, les mentalités évoluent et c’est le service rendu et la stabilité qui importent, peu importe l’OS. Le succès de Linux ne veut toutefois pas dire qu’il est meilleur que Windows. Linux a plus de succès dans le cloud car il y a des questions d’habitude. Les administrateurs déploient ainsi des stacks LAMP et pas WAMP. Et même si Microsoft fait de gros efforts d’optimisation de PHP sur Windows, il y a un poids important de l’habitude.

 

LeMagIT.fr : Ikoula a commencé à se développer à l’international. En France, vous disposez de votre propre datacenter. Comment allez-vous faire évoluer cette infrastructure ?

Jules-Henri Gavetti : En France, nous disposons d’un premier datacenter de 1 700 m2 et un second est en cours de construction. À l’étranger, nous n’avons pas vocation à construire nos propres datacenters. Notre vision est de nous rapprocher des utilisateurs finaux en déployant des pods d’infrastructure chez des prestataires de type Carrier Hotels dans plusieurs pays d’Europe.

Construire une offre cloud IaaS sans être propriétaire de l’infrastructure est compliqué car on est alors dépendant des prix de marché. Quand nous avons bâti notre premier datacenter, nous voulions maîtriser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Le marché est ultra-concurrentiel, le coût des infrastructures reste au final un facteur de compétitivité important une fois l’innovation prouvée (cycle de 6 à 18 mois). Si on veut être un pure player comme nous ou OVH, Gandi, il faut maîtriser l’ensemble de la chaîne. Nous avons aujourd'hui 4 personnes qui travaillent sur le cloud en R&D sans compter les équipes qui exploitent le matériel, opèrent le datacenter et assurent le support 24/7. Pour arriver là, il faut un revenu minimum ou beaucoup d’argent.

 

LeMagIT.fr : À propos d’argent, le marché français a été en partie déséquilibré par l’arrivé de Cloudwatt et Numergy qui disposent des fonds du grand emprunt pour financer leur développement.

Jules-Henri Gavetti : On fait actuellement 6 M€ de CA, ce qui n’est pas négligeable pour une société qui s’est créée sans financement extérieur et nous ne sommes pas le seul. Le problème est que certains ont vendu aux politiques le fait qu’il n’y avait pas d’acteur français du cloud et qu’il y avait un risque de voir le marché français se faire saisir par des acteurs étrangers. Le projet lancé par le gouvernement précédent est un contresens.

Dans tous les autres pays, les acteurs télécoms ont été des acteurs majeurs de la consolidation en absorbant les spécialistes de l’hébergement. En France, les opérateurs mènent la guerre aux hébergeurs depuis le début. Free a été le seul à comprendre le métier et a créé Online pour ce marché. Tous les autres continuent à tenter de faire un métier qu’ils ne connaissent pas. Pour nous, Numergy et Cloudwatt, c’est une tentative de plus des acteurs des télécoms de percer sur ce marché. Le problème est qu’à part OVH qui a une taille mondiale, aucun d’entre nous n’a atteint la taille critique. Ces acteurs sont donc une vraie menace pour notre écosystème.

 

LeMagIT.fr : Cela peut-il vous poser des problèmes pour trouver des financements si vous souhaitez accélérer votre développement. On pourrait imaginer que les fonds aient peur d’injecter de l’argent dans des acteurs qui doivent faire face à deux sociétés extrêmement bien financées…

Jules-Henri Gavetti : En fait, il n’y a pour l’instant pas de problème de financement sur notre secteur. Beaucoup de fonds parient sur la consolidation à terme du marché, tandis que d’autres pensent simplement que le marché va connaître une croissance explosive. On peut donc trouver des financements assez simplement si on en a besoin. Jusqu’alors, cela n’a pas été notre cas mais il nous faudra sans doute faire appel à des financements externes pour nous développer à l’international.

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