Sapphire : dans le Cloud, SAP redécouvre les vertus du best-of-breed

Après avoir tenté une offensive - peu fructueuse - dans le Saas avec un progiciel intégré, SAP mise cette fois sur des modules spécialisés intégrés via un couplage lâche. Le résultat de la reprise en main de la stratégie Cloud du groupe par le fondateur de SuccessFactors, Lars Dalgaard.

Attendu sur le Cloud quelques mois après le rachat du spécialiste des logiciels RH en Saas SuccessFactors, SAP n'a pas tardé à dévoiler ce qu'il présente comme une accélération de sa stratégie en la matière. Inflexion serait un terme plus exact. Alors que SAP misait jusqu'alors l'essentiel de ses efforts sur son ERP en mode Saas Business ByDesign, c'est désormais une approche plus modulaire qui prévaut. Un virage confirmé lors de Sapphire, l'événement maison qui se tient en ce moment à Orlando, par Lars Dalgaard, le fondateur de SucessFactors désormais à la tête de la division Cloud du premier éditeur européen (soit environ 5 000 personnes, issues des deux sociétés).

Autour d'Employee Central, la solution de SuccessFactors, SAP agrège désormais d'autres modules en mode Saas, réunis par "un couplage lâche" mais proposant une "intégration de bout en bout", promet Dalgaard. Chantre du tout intégré, SAP redécouvre les vertus du best-of-breed ! Le nouveau portefeuille Cloud réunit des solutions diverses (dont celles déjà développées en Saas par SAP comme des compléments à la Business Suite). Organisée autour de quatre axes (clients, ressources humaines, finance, gestion des fournisseurs), la "nouvelle couverture fonctionnelle" du Saas se présente comme une succession de modules que les entreprises peuvent consommer à leur rythme.

best breed

Côté RH, les actifs de SuccessFactors (fonctions cœur RH et gestion des talents) se voient complétés par l'arrivée de la gestion de la paie issue de SAP. Celle-ci doit être disponible dans 10 pays lors de son lancement. Côté clients, la solution de gestion des ventes en Saas (Sales OnDemand) reçoit des améliorations, via l'ajout de fonctions sociales et une intégration plus poussée à l'ERP maison (Business Suite), et notamment à son module de CRM. Pour la gestion des fournisseurs, SAP peut compter sur les rachats ciblés qu'il a opérés dans le domaine : ceux de Frictionless Commerce (qui a donné naissance à Sourcing OnDemand) et de Crossgate (qui simplifie l'échange de données B2B, via Information Interchange OnDemand). Mais c'est surtout côté finances que se situe la principale nouveauté : l'éditeur prévoit en effet de lancer sur le marché une solution de gestion comptable et financière en mode Saas. Ce Financials OnDemand, dédié aux grandes entreprises, doit voir le jour à l'automne 2012.

"Business ByDesign était trop gros, trop intimidant"

Dans une démo sur iPad, invité à monter sur la scène de Sapphire par Jim Snabe, le co-Pdg de la société, Lars Daalgard a montré comment ces modules pouvaient être intégrés via une interface fondée sur des mash-up. Le tout étant agrémenté de fonctions sociales omniprésentes. "La différence avec Business ByDesign, c'est qu'ici, les clients n'ont plus à faire de compromis", explique Lars Dalgaard. Autrement dit, ils sélectionnent dans les offres Saas uniquement les modules qui les intéressent, avec le timing qu'ils souhaitent. "Business ByDesign était une vision intéressante, mais il était trop gros (…), trop intimidant", lâche Dalgaard. "Chaque entreprise a sa propre définition de ce que sont ses processus cœur, qu'elle souhaite conserver en interne, et de ceux qui ne le sont pas, pour lesquels elle est susceptible de se tourner vers le Cloud public", abonde Jim Snabe, le co-Pdg de SAP.

Si elle a le mérite de la rapidité, la stratégie de l'éditeur allemand laisse quelques questions en suspens. Celle de la plate-forme tout d'abord. Avec SuccessFactors, Business ByDesign (dont le studio de développement a été exploité par bâtir les solutions Sales OnDemand et Travel OnDemand), BusinessOne OnDemand (la version Saas de l'ERP pour petites PME) et Frictionless, SAP dispose de pas moins de quatre plates-formes Cloud qui cohabitent. Un point évacué par Lars Dalgaard : "la question de la plate-forme ne signifie rien dans le Cloud. Seule compte l'expérience utilisateur. Déjà chez SuccessFactors, nous avions plusieurs plates-formes différentes". Certes, cette question ne concerne ni directement les utilisateurs, ni les développeurs - auxquels SAP promet un Netweaver en mode Cloud comme environnement Paas unique pour l'ensemble de son portefeuille (la date de disponibilité de cet environnement n'a toutefois pas été précisée). Mais elle devrait peser à la longue sur les coûts internes de l'éditeur, comme le reconnaît un cadre de SAP interrogé dans les allées de Sapphire.

ByDesign découpé en tranches

L'autre interrogation concerne évidemment le futur de Business ByDesign. Malgré les assurances données par les dirigeants de l'éditeur, l'ERP en mode Saas est désormais coincée entre la stratégie "best-of-breed" promue par Lars Dalgaard et BusinessOne OnDemand, qui cible les petites PME. Soit un territoire qui paraît bien mince. Pour le fondateur de SuccessFactors, si le socle technique de la solution est sain, le marketing qui a accompagné son lancement a, lui, été un échec. Le nouveau patron des activités Cloud de l'Allemand promet de redéfinir la stratégie d'approche du marché (rappelons que celle-ci a déjà été infléchie récemment, ByDesign étant désormais présenté avant tout comme une solution pour les filiales de grands groupes), de refondre l'interface et de réutiliser certaines technologies développées pour l'ERP au sein de modules Saas indépendants. Un certain nombre de processus issus de ByDesign servent déjà de base au développement de Financials OnDemand. Pas encore un enterrement en bonne et due forme, mais déjà une marginalisation.

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