A Marseille, la DSI mise sur Windows par prudence

La Mairie de Marseille ne migrera pas ses postes de travail sous Linux. Du moins pas tout de suite. Elle entend également remplacer progressivement son parc de Mac par des PC sous Windows. Un choix que l’April dénonce, fustigeant des «choix personnels» de la nouvelle direction du système d’information. Interrogé par LeMagIT, Jean-Marie Angi, DSI de la ville, assure quant à lui jouer la prudence et la rationalisation alors que ses équipes vont être mobilisées sur plusieurs projets lourds.

Le projet de la ville de Marseille de migrer ses postes de travail son Linux a fait long feu. C’est l’April qui a révélé cette décision, avec un communiqué diffusé mi-octobre. En réalité, l’affaire est plus ancienne comme en atteste un mémo interne distribué via Google Docs. Daté de juillet dernier et signé de la main de Jean-Marie Angi, DSI de la ville, ce mémo fait état d’une stratégie de «convergence de tous les postes à terme sous l’OS “Seven de Microsoft“». Une convergence qui doit passer par la suppression progressive des postes Mac, «le déploiement des Mac étant d’ores et déjà arrêté.» Plus loin, Arnold Bareyan, directeur adjoint de l’exploitation, insiste sur un «l’objectif de rationalisation». En outre, il fait état d’une étude «d’opportunité sur l’OS Linux pour les postes de travail [qui] a été revue en s’orientant vers une étude comparative des OS Linux et Windows Seven.» Etude dont les résultats ont été présentés début juillet 2010. Trois jours plus tard, «le comité de direction a acté que Windows Seven serait l’OS déployé dorénavant sur les postes de travail.» 

«Tous les indicateurs étaient au vert»

Pour l’April, «aucune raison technique valable n’explique une telle décision.» La migration étudiée depuis 2009 vers Linux avait «fait l’objet d’un travail préparatoire minutieux» et «tous les indicateurs étaient au vert.» L’association critique les arguments développés par la DSI de la ville de Marseille dans son mémo interne et juge que «ces éléments laissent évidemment à penser que, contrairement à ce qu’il affirme, ce n’est pas réellement un “objectif de rationalisation“ qui gouverne les choix du DSI de Marseille.» Un sous-entendu suffisamment lourd pour faire bondir l’intéressé, joint par téléphone dans la journée par la rédaction du MagIT.

Jean-Marie Angi ne comprend pas pourquoi «l’April se déchaîne; cela en devient calomnieux. C’est pour cela que j’ai mis le service juridique de la Ville dans la boucle», explique-t-il en préambule à l’entretien. Pour lui, la situation est simple; l’agenda est chargé : «nous devons travailler sur les SI RG et et Finances en 2012 et 2014; ce sont des projets énormes à plusieurs millions d’euros.» En clair, selon lui, les ressources nécessaires pour une migration des postes de travail sous Linux ne seraient pas disponibles. Et puis, «ça marche bien sous Windows; le coût n’est pas exorbitant et le gain, à passer sous Linux, n’est pas si grand.» 

La difficulté de la conduite du changement

Directeur de l’informatique de la Mairie de Marseille en 1997, puis du développement logiciel, avant de prendre les rennes de la DSI en début d’année, Jean-Marie Angi développe «mes services ont testé Linux sur le poste de travail. Honnêtement, ce n’est pas encore très simple. Nous avons 7000 utilisateurs; il faut prévoir la conduite du changement; ce n’est pas possible d’un coup de baguette magique.» Et d’indiquer avoir agi «avec mes convictions.» Mais pas seulement : «dans le meilleur des scénarios, avec Linux, nous serions arrivés à l’équilibre dans 2 ou 3 ans. Franchement, dans mes équipes, personne ne se sentait prêt à accompagner un tel changement.»

Plus loin, le DSI explique le choix relatif aux Mac : «nous avons 2500 Mac et environ 4000 PC. Cela a toujours été difficile; cette situation a tiré vers le bas nos choix pour trouver des logiciels multi-plateformes. Aujourd’hui, j’essaie de faire simple au maximum. Mais gérer un double parc demande une double compétence.»

Le libre est-il pour autant totalement laissé de côté ? Non. «Nous gardons OpenOffice. Nous venons tout juste de migrer. A mon arrivée à ce poste, j’ai même accéléré le processus; ils est hors de question de faire marche arrière. Sur nos postes de travail, j’essaie juste de rationaliser.»

Une porte reste ouverte

Mais le choix est-il est définitif pour autant ? «Les licences Windows 7 n’ont pas encore été négociées. En fait, j’achète des postes de travail équipés à un prestataire. Je lui demanderai simplement de les préparer en Windows 7 plutôt qu’en Windows XP. Cela ne coûtera pas un centime de plus.» Mais puisque que Windows XP doit bénéficier d’un certain support jusqu’en avril 2014, pourquoi ne pas y rester ? «Pourquoi pas. Je m’interroge. Rien, clairement, ne nous impose de passer à Windows 7. Ce sont mes équipes techniques qui me guideront.» Et pourquoi pas passer à Linux d’ici quelques années ? «Peut-être. Plus ça va, plus l’on augmente le parc applicatif Web.» Même si, pour l’heure, la Ville exploite encore «pas mal d’applications 4D client/serveur», dont bon nombre développées directement par les métiers.

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