Pourquoi Ares brade ses actifs ?

Le prix payé par SCC pour acquérir l’activité infogérance d’infrastructures d’Ares semble sous-évalué. Mais le véritable objectif de la société n’est-il pas de valoriser au mieux son gigantesque déficit reportable ?

Alors qu’Ares vient de céder à SCC son activité infogérance d’infrastructure pour 1,5 M€, les actionnaires se demandent si le prix payé par SCC n’a pas été sous-évalué. A première vue le compte n’y est pas : dans le secteur des services informatiques, on valorise généralement une société six à dix fois son résultat d’exploitation. On ne connaît pas le niveau de rentabilité de l’activité cédée à SCC mais la norme pour ce type d’activité est de dégager 5% à 10% du chiffre d’affaires. En prenant comme hypothèse une rentabilité potentielle de 5% et un multiple de six, l’activité infogérance d’Ares, qui pèse 17 M€ de CA en année pleine, peut être évaluée au minimum à 5 M€.


Certes, Ares semble une fois de plus avoir négocié le pistolet sur la tempe, la pérennité de cette activité apparaissant menacée. Du reste, ce ne serait pas la première fois qu’Ares braderait ses actifs : quelques mois après avoir payé 11 M€ pour Databail et Adequat, Ares les avaient revendus 7 M€. Sans parler de son activité négoce d’infrastructures Ile-de-France (SIS) vendue pour l’euro symbolique à SCC (déjà !) en 2008. On attend avec impatience de connaître le prix payé par Lefebvre Software pour son activité intégration Arcole.


Cette opération pose une nouvelle fois la question de la stratégie suivie par Ares et de la véritable valorisation de la société. En vendant son activité infogérance à SCC, la société se donne vraisemblablement une bouffée d’oxygène. En effet, la société n’a plus aucune réserve : ses fonds propres sont toujours négatifs de près de 10 M€ et, jusqu’à preuve du contraire, l’exploitation reste déficitaire. Or un nouveau de défaut de paiement, alors qu’elle fait déjà l’objet d’un plan de continuation, signifierait une liquidation sans délai.


Mais pourquoi absolument tenir si on sait l’issue fatale ? Parce que, si d’un point de vue strictement comptable la société ne vaut plus rien, il lui reste une pépite : son déficit reportable. Rien que sur les trois derniers exercices, elle a ainsi accumulé pour environ 60 M€ de pertes. Une somme qui permettrait à une entreprise qui déclare de gros bénéfices en France de faire une importante économie d’impôts. Le nom d’une grande SSII du Cac 40 est d’ailleurs souvent cité comme un prédateur potentiel. Mais, avant de se vendre, Ares juge peut-être qu’il est dans son intérêt de tendre vers une exploitation positive et de se séparer du plus grand nombre possible de salariés.

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