Cybercriminalité : constat partagé d’incapacité et d’impréparation

Le troisième forum international de la cybercriminalité, qui s’est ouvert ce matin du 24 mars à Lille, ne sera pas l’occasion d’un satisfecit. La plupart des acteurs réunis pour débattre par les organisateurs semblent s’accorder sur un point : les limites des efforts déjà engagés en matière de prévention comme de répression. L’occasion pour les politiques présents de promettre d’aller plus loin.

p10http://beta.lemagit.fr/wp-content/uploads/2011/03/a767gta74jsjvflnjt5y6cztoeirutox.jpgTout va bien, mais pas tant que ça. Les intervenants sĂ©lectionnĂ©s pour l’ouverture de ce troisième forum international de la cybercriminalitĂ©, ce mardi 24 mars, Ă  Lille, se sont prĂŞtĂ©s avec succès Ă  l’exercice imposĂ© du satisfecit, vantant chacun Ă  leur tour leurs efforts et succès en matière de lutte contre la cybercriminalitĂ©. Mais au-delĂ  de sourires de façade, le message principal semble celui des limites de la lutte contre la cybercriminalitĂ©, en l’état des moyens humains, techniques et juridiques actuels. Ce n’est pas de bon cĹ“ur, mais Roland Gilles, directeur gĂ©nĂ©ral de la gendarmerie nationale, le reconnaĂ®t Ă  demi-mot : la lutte contre la cybercriminalitĂ© se heurte Ă  la nature transfrontalière d’Internet ; « la rĂ©pression de pans entiers de la cybercriminalitĂ© demande Ă  nos Etats de trouver les dĂ©nominateurs communs d’une action transfrontalière. Â» Car, selon lui, une action circonscrite aux frontières « est souvent inefficace. Â» Jean-Michel BĂ©rar, prĂ©fet de la zone de dĂ©fense Nord, s’inquiète, de son cĂ´tĂ©, de l’extension constante du théâtre des opĂ©rations : « tout appareil permettant d’échanger des donnĂ©es est potentiellement exposĂ© au piratage, au vol de donnĂ©es, aux activitĂ©s frauduleuses. […] Il n’est pas question de faire de la paranoĂŻa, simplement d’informer sur les risques encourus. Â» Et adapter les outils juridiques ; « un effort consĂ©quent Â» selon lui. MĂŞme au sein de l’espace europĂ©en, la situation n’est pas totalement fluide : pour Tim Boerner, spĂ©cialiste en recherche criminelle travaillent pour le US Secret Service, basĂ© Ă  Frankfort, « il y a plus de deux douzaines de pays en Europe… il est très difficile d’avoir une coordination efficace. Â»

Un niveau de prĂ©paration encore limitĂ© Face Ă  la menace, qu’elle touche le tissu Ă©conomique, les particuliers ou mĂŞme les infrastructures dites vitales de l’Etat, la prĂ©paration ressort comme finalement assez limitĂ©e. Pour Emmanuel Sartorius, haut fonctionnaire de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© auprès du Minefe, l’essentiel du problème « passe par l’éducation des entreprises et des particuliers. Â» Les grandes entreprises, elles, « ont tous les moyens nĂ©cessaires Â» et sont conscientes de la problĂ©matique. Une opinion qualifiĂ©e Â« optimiste Â» par le Colonel Stanislas de MaupĂ©ou, chef du centre d’expertise gouvernemental de rĂ©ponse et de traitement des attaques informatiques (Certa) : « Malheureusement, des exemples comme Conficker nous montrent bien que les grandes entreprises [ne sont pas parfaitement protĂ©gĂ©es] bien qu’il y ait des compĂ©tences. […] L’échelle peut rendre la protection plus difficile ; vers et codes malveillants se propagent facilement dans les grandes entreprises. Â» (Et il n'y a pas que les entreprises : Conficker Ă  ainsi trouvĂ© son chemin dans certains systèmes - non classifiĂ©s- de l'armĂ©e de l'air, NDLR) Pour Christian Aghroum, commissaire divisionnaire, chef de l’Office central de lutte contre la criminalitĂ© liĂ© aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC), « la France n’a pas Ă  rougir de sa compĂ©tence et de sa motivation [dans la lutte contre la cyrbercriminalitĂ©]. […] Mais il faut persĂ©vĂ©rer. C’est une lutte qui coĂ»te cher, mais permet de grosses Ă©conomies par rapport Ă  une catastrophe... Â» LĂ , encore, le Colonel Stanislas MaupĂ©ou ne cache pas son inquiĂ©tude : « en France, nous avons un taux de dĂ©tection des attaques globalement plus faible qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne. On a l’impression qu’il ne se passe rien parce qu’on ne le voit pas ». Notons Ă  ce propos qu'il manque en France et en Europe le cadre juridique pour contraindre les entreprises victimes d'intrusions Ă  les rendre publiques.

De nouvelles menaces sur le monde physique.  Pour le Colonel Stanislas MaupĂ©ou, il est urgent de rĂ©aliser que Â« les NTIC irriguent la sociĂ©tĂ© : le partage virtuel/rĂ©el n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui. Â» L’évolution de dispositifs Ă©lectro-mĂ©caniques de contrĂ´le industriel « vers des technologies ouvertes et fragiles comme TCP/IP a de quoi inquiĂ©ter. Â»

p10http://beta.lemagit.fr/wp-content/uploads/2011/05/upwdd6cfpzp2i5vhvtzfms3ya57keort.jpgFace Ă  tous ces Ă©lĂ©ments, Michelle Alliot-Marie, ministre de l’intĂ©rieur, indique vouloir « faire modifier la lĂ©gislation Â», dans le cadre de loi d’orientation et de programmation pour la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (Lopsi) en cours d’examen, afin, notamment, « d’autoriser la captation de donnĂ©es numĂ©riques Ă  distance. Â» Plus loin, la ministre Ă©voque une plateforme de signalement des infractions sur Internet Ă©tendue Ă  l’Europe et interconnectĂ©e avec les Etats-Unis. Et de faire Ă©tat de « perspectives Â» avec la Russie et de rĂ©flexion avec les pays d’Afrique ou encore la Malaisie, des rĂ©gions dont proviennent, selon elles, « un certain nombre d’attaques ou d’escroqueries. Â»

Extrait de l'intervention de Michelle Alliot-Marie au FIC

envoyĂ© par LeMagIT Mais globalement, la question des moyens peut laisser perplexe. Michelle Alliot-Marie fait Ă©tat d’une certification d’Investigateur en CybercriminalitĂ© recouvrant une formation de 4 semaines Ă  bac+3, avec 200 enquĂŞteurs formĂ©s par la police Ă  la fin 2008 et 100 de plus en 2009. Quant Ă  la protection des entreprises, « notre tissu Ă©conomique, donc nos emplois Â», la ministre renvoie « chacun Ă  la vigilance et Ă  une politique volontariste d’intelligence Ă©conomique dĂ©fensive, pour lutter contre les ingĂ©rences Ă©trangères. Â» Pas un mot pour la

DCSSI, la direction centrale de la sĂ©curitĂ© des systèmes d’information, un service dĂ©pendant du Premier Ministre, laquelle doit pourtant se transformer en Agence Nationale pour la SĂ©curitĂ© des Systèmes d’Information, avec une mission concentrĂ©e sur le sĂ©curitĂ© des rĂ©seaux. Dans ce contexte, c’est la question de l’assistance aux entreprises qui est posĂ©e.

Des partenariats public-privé pour la sécurité des SI ?

envoyé par LeMagIT

Pour approfondir sur Gestion des accès (MFA, FIDO, SSO, SAML, IDaaS, CIAM)