Les pratiques commerciales de Risc Group mises en cause

C’est Patrice Girard, développeur de sites Web et éditeur de PitStop, un site spécialisé dans les sports mécaniques, qui a mis le feu aux poudres. Selon lui, Risc Group, spécialisé dans les services managés pour les PME, appliquerait des méthodes commerciales pour le moins discutables. Un appel lancé sur Internet aurait permis à Patrice Girard de réunir plusieurs dizaines de témoignages concordants. De quoi soulever nombre de questions.

Dans un communiqué, Patrice Girard, développeur de sites Web et lui-même éditeur d'un site spécialisé dans les sports automobiles, dénonce : « depuis plusieurs mois, la société Risc Group propose aux PME, artisans et commerçants, la mise en place d’un service de sauvegarde distant de leurs données informatiques […] En parallèle, on vous promet de bénéficier de la couverture financière du groupe d’assurance Axa dans le cas où vos données seraient détruites, perdues ou non restituées à temps. […] Le canevas de vente va se mettre en place et aboutir en moins d’une heure à la signature d’un contrat de partenariat entre votre entreprise et Risc Group mais en réalité, vous venez de signer un contrat de leasing pour une durée de 60 mois et un montant de plus de 20 000 euros. »

Le problème, pour Patrice Girard, réside à la fois tant dans ce point que dans plusieurs autres, qu’il égraine au fil de son communiqué : « à aucun moment dans l’entretien, on ne vous citera le nom de la banque ou de l’organisme financier avec lequel vous allez vous retrouver lié pour les cinq prochaines années ; à aucun moment on ne vous fera état d’un contrat de location ou de leasing ; à aucun moment, on ne vous indiquera la durée obligatoire du contrat. » A cela s’ajouterait aussi la proposition de prestations non réalisées et l’impossibilité de rompre le contrat malgré sa non-exécution. Contacté par téléphone pour détailler son aventure, Patrice Girard a préféré garder le silence : une négociation serait en cours.

D'autres langues de délient

Mais d’autres s’en chargent à sa place. Monsieur Gerbère, de la société Chauffe-Conseil, raconte ainsi avoir conclu, il y a quatre ans, un contrat de télésurveillance avec Risc Group. « Le commercial est revenu le lendemain pour indiquer à ma compagne que le contrat signé la veille n’était pas valide et lui en faire signer un second alors qu’elle n’a rien à voir avec l’entreprise. » Sur ce second contrat, une autre dénomination de prestation était mentionnée. Mais Chauffe-Conseil a bien payé pour les deux prestations, pendant deux ans, jusqu’à ce qu’un concurrent de Risc Group lui fasse remarquer qu’il payait deux fois. « On a demandé l’annulation et porté l’affaire devant les tribunaux, à Versailles. Mais nous avons été déboutés. Nous avons continué de payer. Là, on arrive à la fin. »

Valentine Buvat, fondatrice et gérante des éditions Thomacé, ne s’est pas faite piéger. Mais son expérience avec Risc Group ne devrait pas l’engager à faire confiance au prestataire. « Je devais rencontrer un représentant commercial début mars, dans la matinée. Un n-1 ou n-2 s’est présenté. » Elle avait accepté le rendez-vous suite à un appel téléphonique lui proposant de découvrir des solutions de sauvegarde adaptées à ses besoins ainsi… qu’une offre de soutien financier à son activité : « on parlait de sept à quinze mille euros. Ce n’est pas négligeable. » Le commercial déroule son discours, « il sort des belles plaquettes mais ne m’a rien laissé, pas même une carte de visite », se souvient Valentine Buvat. Et le représentant de lui expliquer, que doit se réunir le soir même, « une commission avec Axa et IBM où il pourra défendre son dossier pour obtenir un soutien financier. » A elle de l’aider à « vendre » son entreprise d’édition.

Vient ensuite un questionnaire auquel elle doit répondre par oui ou par non : « il cochait oui partout, même quand je disais non… dans le deal, il voulait l’autorisation d’utiliser mon logo ainsi qu’un texte de promotion pour sa communication, et que je lui fournisse les noms de dix entreprises de ma connaissance qu’il pourrait démarcher. Je devais m’engager à ne pas communiquer sur le prix de sa solution. » Au final, le commercial propose l’installation d’un serveur de stockage, dans les locaux des éditions Thomacé, ainsi qu’une double sauvegarde tous les soirs, pour « plusieurs milliers d’euros, puis 500 euros par mois. Mais aucune durée d’engagement n'était évoquée. » Au final, Valentine Buvat éconduit le commercial, « après plus de deux heures d’entretien. »

Des actionnaires sur le qui-vive

Benjamin Vial, un petit porteur qui cherche depuis quelques mois à fédérer les actionnaires minoritaires de Risc Group – la signature d’un pacte d’actionnaires est prévue pour la fin avril - est au courant de ces interrogations sur les pratiques commerciales de la société. Selon lui, on parle de 40 à 50 PME et artisans concernés, dans toute la France. « On suit ça de très près. Risc Group n’a pas besoin d’une publicité pareille. On a alerté l’entreprise pour que le dossier soit pris en main. » D’après ses informations, il y aurait également des problèmes de contrats antidatés. « Nous sommes surpris par ces pratiques et inquiets que cela ne soit pas régionalisé. » Mais il se garde bien d’évoquer une éventuelle politique commerciale de groupe : « vous savez, les commerciaux se déplacent dans toute la France ; si l’un d’entre eux trouve une faille, ça peut aller très vite ; il suffit qu’ils se passent le mot. » Mais Benjamin Vial pose tout de même la question du contrôle interne au sein de Risc Group.

La plainte de Patrice Girard est entre les mains de son avocat. L’affaire a été confiée à la Gendarmerie de Dijon, laquelle indique n’avoir pas encore d’éléments à communiquer. Un autre avocat, Maître Strapazzon, a de son côté adressé un courrier à Risc Group pour le compte d’un autre client mécontent ; l’avocat indique avoir été sollicité par téléphone par deux autres personnes, l’une en région parisienne et l’autre dans l’Ouest de la France.

Contacté par téléphone, Risc Group n'a pas pu nous répondre dans les délais impartis. LeMagIT doit s'entretenir sur le sujet avec un dirigeant de la société dans la courant de la semaine. Rappelons que Risc Group a réalisé 86,8 millions d'euros de CA sur son dernier exercice, exceptionnellement d'une durée de 15 mois. Le groupe vient également de renouveler sa direction.

Approfondir

Soyez le premier à commenter

M'envoyer une notification dès qu'un autre membre commente.

Merci de créer un identifiant pour pouvoir poster votre commentaire.

- ANNONCES GOOGLE

Close