ING licencie 7 000 salariés et veut renégocier ses contrats informatiques

Nouvelle vague de licenciements dans la banque, cette fois aux Pays-Bas, chez ING. Le groupe de banque et d'assurance prévoit en outre des économies en matière d’informatique. De nombreuses SSII sont concernées, ING ayant fortement externalisé. En France, les banques se portent mieux, mais commencent à évaluer de très près les possibilités de recours à l'offshore.

Nouvelle conséquence de la crise sans précédent qui affecte depuis septembre le secteur bancaire : le néerlandais ING – déjà recapitalisé par l’Etat à l’automne - annonce le licenciement de 7 000 salariés et le départ de Michel Tilmant, son directeur général, qui sera remplacé par le président du conseil de surveillance du groupe, Jan Hommen. Surtout, le groupe de banque et d'assurance, prévoit de couper parmi les postes de sous-traitants présent dans son organisation – souvent des prestataires informatiques en contrat de régie – et de renégocier une bonne partie de ses contrats informatiques. L’objectif de la restructuration et des renégociations envisagées est de réduire les coûts de 1 milliard d’euros la première année, puis de 1,1 milliard d’euros en rythme annuel. Une gageure dans la mesure où, comme l’explique Dominique Raviart, analyste senior au sein du cabinet NelsonHall, « aux Pays-Bas le secteur bancaire a déjà procédé à un gros effort de réduction de coûts en 2005 en raison d’une croissance assez faible ».

Astron, Logica, Atos-Origin et Accenture concernés

La décision pourrait impacter de nombreuses SSII, de nombreuses activités d’ING étant externalisées. Fin 2006, Atos-Origin, Accenture, Getronics et KPN avaient signé de manière séparée des contrats de sept ans d’un montant total de 750 millions d’euros, portant sur l’externalisation de la gestion des postes de travail des 53 000 collaborateurs d’ING en Europe. En tant qu’intégrateur, Accenture s’était vu confier pour 52 millions d’euros la coordination des services et de la gestion des contrats fournisseurs pour le compte d’ING.

Pour Atos Origin – bien implanté aux Pays-Bas via Origin – la prestation s’élevait à 216 millions d’euros et portait sur l’ensemble de l’architecture et de l’infogérance de l’infrastructure bureautique d’ING et les services d’administration des serveurs.

Pour KPN, le contrat s’élevait à 269 millions d’euros et concernait tous les services de télécommunications fixes et mobiles pour l’ensemble du personnel d’ING aux Pays-Bas et en Belgique. Enfin Getronics assumait le help-desk.

Autres SSII potentiellement touchées : Astron, qui s’est vu confier un contrat important portant sur la dématérialisation et l’impression de documents (400 millions d’euros) et surtout Logica avec son contrat de tierce maintenance applicative pour un montant de 200 millions d’euros.

Pour Dominique Raviart « il semble difficile de réduire les coûts au niveau de l’infrastructure même si, concernant les postes de travail, le client peut toujours arguer du fait que ses effectifs s’étant réduits le périmètre du contrat doit en faire de même. Mais il n’en va pas de même pour l’applicatif où il est plus facile de faire des économies en gelant les projets en cours ». A ce niveau, ce sont des prestataires moins visibles qui travaillent sur des projets de second rang qui font souvent les frais des réductions de coûts. Surtout que, pour Dominique Raviart, ING « doit encore avoir des coûts IT assez importants ». Dans un benchmark réalisé en 2006, NelsonHall avait classé le groupe de banque et d'assurance parmi les plus dépensiers en la matière. « Sur certains segments du système d’information, ses coûts atteignaient même le double du benchmark moyen du secteur », confirme Dominique Raviart.

Au -elà des frontières européennes, IBM Global Services, qui gère l’infrastructure d’ING aux Etats-Unis depuis fin 2003 (600 millions de dollars sur 7 ans), pourrait également voir son contrat rediscuté. Tout comme l’indien Infosys, qui avait signé un contrat de BPO fin 2003 avec ING et se retrouve donc en première ligne.

A la décharge d'ING, ses résultats ne sont guère brillants : pour 2008, la banque néerlandaise prévoit une perte nette de 1 milliard d’euros, plus du double de ce qui était escompté jusqu’à présent. Sur le seul 4ème trimestre 2008, sa perte se monte à 3,3 milliards d’euros.

En France pas de licenciements IT mais des contrats offshore se profilent

Dans les banques françaises, la nervosité est elle aussi de mise et les budgets informatiques sont sous pression. En France, BNP-Paribas vient également d’annoncer des résultats certes positifs, mais fortement en retrait sur 2008. Et dès le mois de septembre, les filiales banque d’investissements du Crédit Agricole et de Banque Populaire annonçaient des restructurations.

Selon Dominique Raviart, le niveau d’externalisation dans le secteur bancaire français reste relativement faible, notamment au niveau applicatif : « les DSI avaient décidé d’attendre le départ en retraite d’un fort contingent d’informaticiens issus du baby-boom avant de changer de modèle ». Mais la crise pourrait changer la donne. Ainsi NelsonHall confirme que les choses s’accélèrent et que « de nombreux contrats d’offshore applicatifs sont en train d’être expérimentés en Inde ou au Maroc ». D’ici quelques mois les premiers contrats de BPO d’envergure devraient même tomber. 

Mais pour la banque de détail, rien ne dit jusqu’à présent que les établissements procéderont à des licenciements ou à des remises en cause de leurs contrats informatiques existants. 

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