Pour le Clusif, la sécurité des SI des entreprises progresse « laborieusement »

Deux ans après, le Club de la Sécurité de l’Information Français (Clusif), continue de peiner à exprimer le moindre optimisme. Certes, « les entreprises continuent d’avancer dans la prise en compte de la Sécurité des Systèmes d’Information »... mais les « changements concrets se font à petits pas ». Le ton est ainsi donné pour une édition 2010 de l’étude bi-annuelle du Clusif sur les pratiques de sécurité informatique des entreprises de l’hexagone. Une étude dont certains retiendront un signe négatif : celui du rattachement croissant du RSSI à la DSI plutôt que directement à la direction générale.

En juin 2008, à l’occasion de la présentation des résultats de l’étude du Clusif sur les pratiques des entreprises françaises en matière de sécurité des systèmes d’information (SSI), Laurent Bellefin, directeur de la practice Sécurité de Solucom, soulignait « un inquiétant sentiment de stagnation », par rapport à l’édition 2006 de cette même étude. Deux ans plus tard, la prise de conscience espérée ne semble pas avoir eu lieu, malgré les appels répétés, y compris de la part de l’Etat, par la voix de sa jeune agence dédiée, l’Anssi.  

Pour son étude, la Clusif s’est appuyé, cette année, sur un échantillon comparable à celui de l’édition précédente : 350 entreprises de plus de 200 salariés sondées entre janvier et février 2010. Ces entreprises se veulent à peu près représentatives du tissu économique français, selon les statistiques de l’Insee, avec, seulement, une représentation un peu plus forte des entreprises de plus de 1000 salariés côté Clusif, et un peu plus faible de celles de 200 à 499 salariés. Le secteur d’activité des transports et des télécoms est en outre un peu plus représenté dans l’échantillon du Clusif que dans le tissu économique national.

Dépendants mais... inconscients ?

Le premier enseignement de l’étude n’est pas surprenant : 80 % des sondés se disent fortement dépendants de l’informatique en matière de sécurité - contre 1 % faiblement et 19 % modérément -, avec un budget informatique moyen de 1,45 M€. Le premier bémol tombe là : 30 % des sondés ne sont pas capables d’indiquer la part de la sécurité dans leur budget informatique. Pour autant, pour la majorité des cas, le budget SSI est perçu comme stable. Avec néanmoins un sentiment d’augmentation pour 61 % des sondés des entreprises du BTP, et 43 % dans le secteur des transports et des télécoms. Pour autant, à 45 %, les sondés évoquent le manque de budget comme premier frein à la conduite de leurs missions de sécurité, suivi des contraintes organisationnelles, à 30 %, et encore de la réticence de la hiérarchie, des services ou des utilisateurs, à 24 %. Sans un certaine pointe d’humour, le Clusif insiste sur la contrainte budgétaire, lançant : « nous n’avons pas fini de nous alarmer...»

Le Cloud « n’est donc pas encore mature... »
Le Cloud, un simple buzz word ? Pour l’heure, oui, du moins pour les entreprises françaises et selon le Clusif. De fait, 64 % des sondés n’ont pas placé ne serait-ce qu’une partie de leur SI sous contrat d’infogérance, contre 63 % en 2008... Mais, pour ceux qui ont décidé d’externaliser une partie de leur SI, la maturité progresse : 66 % des personnes concernées exercent un suivi régulier de cette infogérance par des indicateurs de sécurité, contre 58 % il y a deux ans. Mais les audits restent limités : 43 % des sondés concernés n’en effectuent aucun.
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Mais si les moyens ne suivent pas, la formalisation des politiques de sécurité est-elle au moins au rendez-vous ?  Oui, majoritairement, à 63 % - contre 55 % en 2008. Mieux, elles sont totalement soutenues par la direction générale dans 73 % des cas, contre 59 % il y a deux ans. Mais, dans la définition de ces politiques, c’est encore l’amateurisme qui domine : ces politiques ne s’appuient sur aucune norme dans 41 % des cas. Il faut tout de même relever la forte poussée des normes ISO 2700x, exploitées dans 24 % des cas, contre 17 % il y a deux ans. 

Le véritable blocage tient peut-être à l’organisation. Dans 51 % des cas, la fonction de RSSI n’est pas clairement identifiée et attribuée - contre 61 % il y a deux ans. Et lorsque la mission SSI est identifiée, mais qu’il n’existe pas de RSSI, la mission est tantôt confiée au DSI, tantôt à un autre membre de la direction informatique, pour l’essentiel. Et si, il y a deux ans, le RSSI était, dans 45 % des cas, rattaché à la direction générale, il ne l’est plus que dans 34 % des cas. Dans 36 % des cas, il rapporte à la DSI voire, dans 12 % des cas, à la direction administrative et financière. Enfin, si le Clusif se satisfait de constater que « près de 80 % des entreprises ont en permanence une équipe sécurité [...] dans 61 % des cas, le RSSI est encore un homme ou une femme seul(e) ou en binôme seulement. » Bref, pour le Club, c’est clair, « les moyens humains [...] apparaissent en retrait de ce qui pourrait être attendu au regard de la dépendance exprimée [...] vis-à-vis du SI».

Le lourd défi d’inventaire

Mais ce n’est pas tout. Sans qu’il soit possible de savoir si c’est le fruit d’un manque de moyens ou de lourdeurs organisationnelles, force est de constater que seuls 30 % des sondés ont totalement inventorié leurs informations et identifié leurs propriétaires. Contre 34 % qui n’ont pas même commencé. Surtout, selon l’étude, « une grande majorité utilise une échelle [de classification de l’information selon son niveau de sensibilité, NDLR] disposant d’un nombre impair de niveaux, ce qui offre toujours la possibilité d’utiliser un niveau médian, donc non signifiant».

La culture du secret, ce mal français...
Selon l’étude du Clusif, 52 % des entreprises disposent d’une cellule de collecte et de traitement des incidents de sécurité. C’est mieux qu’il y a deux ans - 39 % -, mais encore peu. Reste que « les incidents liés à l’informatique sont en quasi-totalité collectés (94 %) » mais 90 % des entreprises se refusent encore à porter plainte suite à des incidents liés à la sécurité de l’information... : «le dépôt de plainte comporte un risque d’atteinte à l’image des entreprises qui souhaitent éviter de défrayer la chronique avec des incidents de sécurité impliquant parfois les données de leurs clients, employés, fournisseurs ou partenaires», souligne le Clusif. En attendant, 40 % des sondés disent avoir été infectés par des virus, 8 % avoir subi une intrusion, 6 % avoir été victime d’une attaque logique ciblée, ou encore 3 % de fraudes informatiques. Là, la bonne nouvelle, c’est l’amélioration de qualité du code informatique : seulement 24 % des sondés se déclarent avoir été soumis à un incident de sécurité lié à des erreurs de conception, contre 34 % en 2008, et 58 % en 2006.
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Faut-il y voir un lien ? Toujours est-il que, plus loin, le Clusif s’inquiète de « l’absence d’évolution du côté du contrôle des accès » logiques. Et relève même une « léthargie étonnante » sur le terrain de la gestion des habilitations. Pas étonnant, dans ce contexte, que 74 % des sondés déclarent ne pas utiliser de solution de DLP - prévention des fuites de données. Pas étonnant, non plus, qu’en l’absence de connaissance et de maîtrise sur les flux de données internes et leur légitimité, l’entreprise française ait des airs de bunker : dans 69 % des cas, l’accès au SI par un poste non contrôlé est interdit; de même, dans 46 % des cas, depuis un PDA ou un smartphone; ou encore, dans 43 % des cas, via WiFi. Les messageries instantanées sont prohibées dans 75 % des cas. La ToIP et la VoIP restent interdites dans 43 % - contre 63 % il y a deux ans, tout de même. Quoiqu’il en soit, pour un jeune technophile - la fameuse génération Y -, rien de tout cela ne risque de sembler très attractif...

Une protection encore limitée

Il faut dire que, outre les traditionnels anti-virus et antispam, la protection du poste de travail semble pour le moins négligée... Le contrôle des périphériques n’est pas exploité par 50 % des sondés; le chiffrement des échanges par 44 %; le pare-feu personnel par 62 %, le chiffrement des données locales par 54 %... De là à dire que le poste de travail français est une passoire... Plus préoccupant, le réseau, s’il est largement protégé par un pare-feu, ne semble pas extrêmement mieux loti. Certes, l’adoption des IDS/IPS a progressé en deux ans. Comme le relève le Clusif, le chemin à parcourir reste important avec 48 % des entreprises qui restent fermées aux IDS, ou encore 54 % aux IPS. 

Restent quelques points positifs, comme la forte progression de la veille et de la formalisation des procédures de déploiement des correctifs de sécurité - qui atteint désormais 64 %. 

Au final, c’est un tableau relativement sombre que dresse le Clusif. Et de souligner, en particulier, que 33 % des entreprises «ne disposent toujours pas d’un plan de continuité de l’activité pour traiter les crises majeures», ou encore que la conformité avec les «obligations CNIL» doit encore faire l’objet de «progrès» - 68 % des entreprises se conforment; 20 % limitent la conformité aux traitements de données sensibles... -. Enfin 25 % des entreprises «ne font toujours pas d’audit de sécurité» et «seulement» 34 % des entreprises disposent d’un tableau de bord de la sécurité du SI.

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