Les acteurs du Cloud Computing veulent croire que l'ère du buzz est révolue

Place au business. Pour mieux se convaincre que le Cloud est sorti du buzz pour entrer dans une logique de production, les fournisseurs - SSII, infogéreurs, hébergeurs - qui se pressent sur ce marché naissant mettent en avant le changement de perception du phénomène par les entreprises. Mais toutes les préoccupations des DSI ne sont pas encore aplanies.

La première journée du salon Cloud Computing, qui se tient en ce moment au Cnit de Paris-La-Défense, aura suffi à rassurer les nombreux fournisseurs qui se pressent autour de ce qui est présenté comme le nouvel eldorado de l'IT : l'intérêt des entreprises pour le phénomène est là. En témoignent les nombreux visiteurs se pressant autour des conférences. Non plus simplement pour comprendre le phénomène, mais bien pour l'évaluer dans leur contexte. "Les entreprises qui viennent nous voir sont déjà bien renseignées sur les concepts, et même sur nos offres. Nous entrons rapidement dans un cycle avant vente", explique ainsi Arnaud Reboul, ingénieur d'affaires de VeePee, fournisseur d'offres télécoms qui vient de lancer une offre d'infrastructure hébergée en mode Cloud Computing, offre adossée à deux datacenters.

Un créneau - les infrastructures mutualisées - sur lequel s'engouffrent de nombreux spécialistes de l'infogérance : Orange Business Services (OBS) ou Atos-Origin bien sûr, mais également des acteurs ciblant plutôt les PME ou les comptes intermédiaires comme Cheops Technology (offre iCod), Claranet (ClaraCloud), VeePee, Intrinsec (qui dépend du groupe Neurones) ou encore la start-up So Privé. Un pure player qui ouvre en bêta un service de Cloud public (puissance de calcul et stockage attaché) facturable à l'heure. Et de promettre une offre de Cloud privé au second semestre.

8 % des entreprises françaises ont expérimenté les infras à la demande

L'engouement des fournisseurs s'explique par les taux de croissance promis par les différents cabinets d'analyse qui, eux aussi, se penchent sur le (juteux) phénomène. Selon Pierre Audoin Conseil (PAC), le marché du Cloud Computing en Europe a atteint la barre des 4 milliards d'euros en 2009, dopé par une croissance de 20 % en deux ans. Même s'il ne représente encore qu'une goutte d'eau (moins de 2 %) dans l'océan du marché des logiciels et services, le Cloud doit, selon le cabinet, poursuivre sa marche en avant dans les 5 ans qui viennent. Selon PAC, en 2015, le Cloud représenterait 13 % de l'ensemble des logiciels et services en Europe. On sera alors loin de l'épiphénomène. Même constat pour Markess International, qui estime que 12 % des entreprises françaises (sur la base d'une étude auprès de 300 organisations) ont déjà eu recours à une forme ou à une autre de Cloud Computing (Saas - applicatif à la demande -, Paas - plateforme de développement - ou Iaas - infrastructures). Un dernier créneau qui, selon Markess, aurait aujourd'hui pris quelques longueurs d'avance : "sur ce segment seul, ce sont près de 8 % des entreprises françaises qui ont expérimenté le concept, estime Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée au sein du cabinet. D'ici à fin 2010, ce taux devrait avoir plus que doubler."

Même sentiment de déblocage côté Claranet, où Olivier Beaudet, le président de l'entité française, explique : "depuis 6 mois, des grandes entreprises du CAC 40 mettent des applications en production sur le Cloud. En validant leur démarche par des audits de sécurité en aval. Le temps où le Cloud Computing servait uniquement à recevoir des environnements de test est révolu." Gérard Garnier, vice-président d'OBS, parle lui carrément d'une mutation comparable à celle du client-serveur : "les entreprises adhérent aux attributs du Cloud (automatisation des approvisionnements, catalogue de services, standardisation, ajustements à la demande, NDLR). Le phénomène va nous donner du travail pour plus d'une décennie."

Logique d'acquisition de clients

Alors virage inéluctable ? Si les apôtres du Cloud Computing - et leur machine marketing - mettent en avant les atouts du concept, ils passent sous silence les freins susceptibles de ralentir le virage vers ce type d'offres. "Tout le monde rebaptise ses offres avec des terminologies Cloud, car l'industrie a compris que le virage vers les services est inéluctable", note Laurent Gasser,de Revevol, un intégrateur français de l'offre Google qui est en train de se développer à l'international (Australie, Suisse, Espagne, pays nordiques et, bientôt, Singapour). "Mais attention à la logique d'enfermement qui accompagne les offres des grands acteurs, prévient Jean-Michel Dussoux, directeur technique et innovations d'Intrinsec (un spécialiste de l'infogérance qui commercialise des offres de type Cloud - comprendre sur la base d'infrastructures mutualisées - depuis 2008). Ces fournisseurs sont dans une logique d'acquisition de clients. Les conditions pour sortir de leurs environnements sont en revanche moins claires".

Et d'ajouter, au-delà de ce facteur et des questions que se posent toujours les entreprises sur la de sécurité et la confidentialité des données, l'accroissement de la dépendance au réseau, corollaire inévitable du Cloud. "Attention à ne pas se précipiter sur les bénéfices hypothétiques du concept, prévient-on aussi chez Interxion. On feint d'oublier que la migration vers ces environnements signifie des capacités IP supplémentaires". Les opérateurs et autres fournisseurs de services de télécommunications, très actifs sur ce marché naissant, ont, eux, d'ores et déjà bien compris leur intérêt.

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