Empêtrée dans le bourbier libyen Amesys se défend

Dur par les temps qui courent d'avoir été un fournisseur de technologie à la Lybie de Kadhafi. C'est ce que doit se dire la société Amesys, filiale de Bull, mise en cause pour avoir fourni des outils de contrôle qui ont pu servir à surveiller les internautes Lybiens... alors qu'ils étaient officiellement destinés à lutter contre le terrorisme auprès d'un ami de la France. Une version réfutée par le groupe qui se couvre cependant en expliquant s'être conformé aux règles internationales et surtout ne se développer que dans le cadre de partenariats stratégiques noués par l'Etat ou l'Europe.

Amesys, filiale depuis 2010 du groupe Bull, se retrouve embarquée bien malgrè elle dans les dernières heures du régime Kadhafi en Lybie. En mai dernier déjà un blogueur, Bluetouff, mettait en cause la société pour l’aide technique apportée à des régimes politiques douteux. Depuis l'accusation a été reprise et étayée par le très sérieux Wall Street Journal, qui affirme que les technologies vendues par Amesys ont été utilisées par le régime de Mouammar Kadhafi pour espionner les internautes libyens. Cette fois, et devant le tollé soulevé par l'article du WSJ, Amesys s'est vu contraint de réagir publiant ce matin en lieu et place de son site Web un communiqué d'explication. Celui-ci précise que « toutes les activités d’Amesys respectent strictement les exigences légales et réglementaires des conventions internationales, européennes et françaises. Amesys n’opère aucun centre d’écoute téléphonique ni Internet à aucun point du globle. » Cependant la société y confirme avoir signé un contrat avec la Lybie en 2007, concernant « la mise à disposition d’un matériel d’analyse portant sur une fraction des connexions internet existantes, soit quelques milliers. Il n’incluait ni les communications Internet via satellite – utilisés dans les cybercafés -, ni les données chiffrées – type Skype -, ni le filtrage de site Web. » De fait, difficile à ce stade de savoir si le régime a détourner l'usage des outils qui lui ont été fournis, notamment depuis que la guerre civile a éclaté. D'autant qu'Amesys affirme mêmeque son système Eagle - mis en cause - avait notamment vocation à participer à la lutte anti-terroriste.

Reste qu'Amesys prend quelques précautions concernant les développements possibles de cette affaire et explique que ce contrat a été signé à une époque où la France et la Libye s’étaient rapprochées diplomatiquement (en décembre 2007, Mouammar Kadhafi était reçu à l’Elysée). Sans cependant préciser, si à l'instar du gouvernement, sa position vis à vis de son encombrant client avait évolué au cours des derniers mois. La société n’a pour l'instant répondu à aucune de nos sollicitations concernant notamment la nature du contrat de maintenance et son site était inaccessible une grande partie de la journée, le communiqué n'étant de nouveau disponible que vers 17H00. 

Ce n’est pas la première fois qu’une société technologique est mise en cause pour ses liens : Cisco en Chine ou Trovicor au Bahreïn ont déjà été accusés d’aider les autorités locales à espionner leurs populations. Bien souvent - notamment concernant la France - ces sociétés aux technologies parfois sensibles ne se développent à l'international dans le cadre d'échanges diplomatiques dont la dimension est de plus en plus économique. Amesys explique d'ailleurs avoir privilégié dans son développement "les zones géographiques avec lesquelles la France ou l'Europe nouent des partenariats stratégiques". Une manière de mouiller un peu le gouvernement français, en première ligne en Lybie pour mettre fin au régime Kadhafi.

Amesys a certainement raison de prendre des précautions dès le début de la polémique la concernant car l'affaire pourrait rebondir. Le député socialiste de la Nièvre Christian Paul a en effet officiellement demandé au gouvernement français d'apporter un éclairage sur son rôle « dans la vente et l’emploi d’armes technologiques destinées à la surveillance de l’internet en Lybie ». La vente de ce type de matériel devant en effet être soumise à autorisation du Premier ministre.

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