Censure sur Internet : Moubarak sanctionné, l’Iran enfonce le clou

Week-end mouvementé autour de la censure sur Internet. Alors que l’ancien président égyptien ainsi que deux de ses anciens ministres étaient condamnés à verser 65 millions d’euros d’amende par un tribunal du Caire, l’Iran déclarait développer un Internet national, déconnectant le pays du réseau mondial afin de se prémunir des influences occidentales et des tentatives de cyber-attaques.

Aux lendemains du e-G8, où la question de la présence des Etats dans la gouvernance d’Internet avait suscité quelques polémiques, la censure du réseau mondial semble aujourd’hui prendre un autre tournant. Alors que l’ancien président égyptien Hosni Moubarak ainsi que deux de ses anciens ministres viennent d’être condamnés pour avoir coupé Internet et les communications mobiles pendant la révolution qui a secoué le pays en janvier 2011,  l’Iran, de son côté, entend tout simplement exclure le pays de l’Internet mondial en créant son propre réseau.

Samedi 28 mai, un tribunal du Caire a condamné le président égyptien déchu et ses anciens ministres Ahmad Nazif et  Habib el-Adli, respectivement ex-Premier ministre et ex-ministre de l’Intérieur avant la révolution, à payer une amende de quelque 65 millions d’euros, pour avoir “porté préjudice à l’économie” nationale, nous informe l’AFP ce samedi.

Selon l’agence de presse, ils ont été reconnus coupables “d'avoir porté préjudice à l'économie en ayant décidé de couper internet et le téléphone lors de la révolution du 25 janvier", une condamnation qui rappelle l’implication du pouvoir en place pendant les événements qui avaient provoqué la mort de près de 6000 personnes et finalement provoqué la chute du président-dictateur en place.

Le 28 janvier dernier, le gouvernement égyptien avait décidé de couper les accès Internet et les services de téléphonie mobile du pays dans le but de mater la révolte qui grondait dans les principales villes.  Une coupure qui avait duré 5 jours, aveuglant la rébellion et coupant la diffusion d’informations (via notamment les réseaux sociaux) vers l’extérieur. Un black-out total, le premier du genre.

Pour le tribunal, ce montant de 65 millions d’euros traduit bien l’impact économique de cette coupure. S’appuyant sur les calculs de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui avait estimé à le montant du préjudice à “3 % à 4 % du PIB, soit une perte de 18 millions de dollars (13 millions d'euros) par jour”, le tribunal du Caire a décidé de répartir l’amende sur les trois membres de l’ancien pouvoir. Si Moubarak devra verser 200 millions de livres et Ahmad Nazif 40 millions de livres,  Habib el-Adli quant à lui s’acquittera des 300 millions restants. “A partir de leurs fonds personnels”, affirment ces mêmes sources judiciaires.

S’ils peuvent encore faire appel, cette décision de justice pourrait toutefois créer un précédent. Et tous les regards de se tourner vers le Bahrein et la Libye ou encore la Tunisie, dont les chefs d’Etats s’étaient empressés de couper les réseaux Internet du pays, pour anéantir les révolutions qui germaient dans le pays.

Un Internet national en Iran

Ironie bien sombre du calendrier, alors que le sort des ex-dirigeants égyptiens apparait sur la place publique, l’Iran de son côté, semble vouloir durcir le ton en matière de contrôle de l’information. Selon le toujours très bien informé Wall Street Journal, le gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad vient ainsi de décider d’élever un peu plus la muraille qui sépare le pays de l’Internet mondial. “Une nouvelle forme agressive de censure”, rapportent nos confrères qui expliquent que l’Iran développe son propre réseau Internet. Un réseau interne qui déconnecterait le pays du réseau mondial “pour réduire les coûts auprès des consommateurs et maintenir les codes de moralité islamique”, selon la communication gouvernementale. Citant le ministre de la communication, quelque 60 % de la population et des entreprises pourraient être connectées à ce réseau national, avec une volonté affichée de l’étendre à tout le pays dans deux ans.

Ce blockhaus numérique s’inscrirait alors dans une stratégie plus globale qui vise notamment à se prémunir des attaques de l’Occident, non plus physiques ou militaires, mais bien provenant du cyberespace. La semaine dernière, l’Iran a également confirmé les développements de son propre système d’exploitation, alternatif à Windows, un développement emblématique pour un pays qui tient les Etats-Unis et l’Israel pour responsables des attaques du ver Stuxnet, perpétrés contre les centres nucléaires du pays, note encore le WSJ.

Reste que pour le quotidien, cette stratégie pour le pays, déjà isolé économiquement, risque de couper court aux investissements étrangers, comme ceux de la Russie et de la Chine. L’Iran pourrait alors mettre en place une stratégie à deux vitesse, en combinant un Internet national et le réseau mondial.


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