Linux embarqué : des entreprises peu partageuses, à rebrousse-poil de l'esprit Open Source

Les organisateurs de l'Embedded Linux Conference soulignent le manque de contributions des industriels du secteur de l'embarqué dans la communauté. Malgré une montée en puissance de l'OS Open Source sur ce segment, peu d'entreprises partagent les fruits de leurs développements. En cause : un facteur humain d'abord, mais également le haut niveau de criticité des développements, dont les entreprises craignent la propagation.

Linux dans l'embarqué, oui, le partage, non. Si Linux a bien fait une percée marquante dans le marché des systèmes embarqués, la communauté ne semble pas profiter du code produit pas les industriels du secteur, révèlent les trois organisateurs de l'Embedded Linux Conference qui a eu lieu les 15 et 16 octobre derniers à Grenoble. Presque un cri d'alarme de Klaas Van Gend, architecte chez Montavista (éditeur d'un OS Linux pour l'embarqué), de Ruud Derwig, architecte et directeur du centre de compétence chez NXP (constructeurs de composants), et enfin de Tim Bird, ingénieur chez Sony (utilisateur de systèmes embarqués), venus pourtant portés la bonne parole de l'Open Source dans le très critique secteur de l'embarqué. En cause : une communauté à deux vitesses, divisée entre d'un côté des contributeurs assidus dont l'embarqué n'est pas forcément le métier. Et d'un autre, les entreprises qui développent en interne leur logiciel embarqué et qui rechignent à reverser le fruit de leur labeur dans la traditionnelle communauté – le moteur de l'Open Source rappelons-le.

« La communauté autour de Linux Embarqué est grandissante et trouve sa source au sein de sociétés qui utilisent Linux. Le problème est que les développements sont réalisés à l'occasion d'un projet, suit son cycle de vie et se finalise. L'entreprise bascule ensuite vers un autre projet. Mais cela reste dans les murs de l'entreprise. Ce n'est pas vraiment ce qu'on peut définir comme une communauté, alors », constate Ruud Derwig.

Un manque de temps d'abord - les projets défilent -. Mais surtout, peu d'entreprise consentent à verser leurs développements dans la communauté si ceux-ci sont d'une importance capitale pour leur société. « Lorsqu'un utilisateur développe un driver spécifique pour une plate-forme, il n'a pas forcément envie de la partager avec la communauté parce que cela représente beaucoup d'investissements en termes de temps. D'autant qu'il change rapidement de projet, sans temps intermédiaire. Les chefs de produits ont également la volonté de garder le contrôle sur leurs développements et de verser dans la communauté les drivers qui finalement ne sont pas importants pour eux et l'entreprise. Il s'agit bien d'une question de temps et de contrôle », ajoute alors Klaas Van Gend.

Et c'est bien là que le bas blesse. Car de par la nature hautement critique de certains systèmes embarqués, la grande partie des développements sont de fait importants. Les entreprises ne veulent pas se risquer à voir éparpiller dans la nature leur code pourtant produit en open source. Un code qui assure par exemple la gestion d'une chaine de production d'un constructeur automobile.

Et pourtant, ce n'est pas la matière grise qui manque. Si aujourd'hui, il est difficile de savoir si la communauté du noyau Linux et celle du Linux embarqué partagent les mêmes membres, il est certain que les industriels intéressés se dotent de compétences en interne. La communauté "Linux embarqué" gagne ainsi en compétence. Mais trop de ces dernières restent invisibles, du moins en volume de code reversé auprès de la communauté.

« Il est étonnant de voir le nombre d'ingénieurs spécialisés sur Linux embarqué dans les entreprises de l'industrie. En moyenne une centaine par entreprise impliquée. Il y a donc des centaines d'ingénieurs travaillant activement sur le projet. Malheureusement, tous ne sont pas également impliqués dans la communauté, car très « embarqués » dans leur entreprise. [...] », explique Tim Bird.

Pire. En dépit d'une progression fulgurante en moins de 6 ans, constatent les trois partenaires, la communauté, au lieu de s'unir et de parler d'une seule et unique voie – comme il est de coutume dans la sphère du Libre finalement -, se divise. Au risque d'en irriter certains. « Au sein de la communauté « hobby » dont la contribution est clé, les industriels ont mauvaise réputation car leurs travaux ne se concrétisent pas en lignes de code au sein de la communauté. Alors que les développeurs indépendants contribuent tout azymuth ».

Reste donc à convaincre les entreprises du bienfait du partage. Et surtout trouver le bon levier à activer. Si tous ne sont pas dans cet état d'esprit là, souligne Klaas Van Gend, la conférence Linux Embedded doit notamment permettre de favoriser le partage et les rencontres dans le but d'évangéliser les contributions.

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