Pacte de compétitivité : le "oui, mais" de l'économie numérique

Après le rapport Gallois et la publication par le gouvernement du Pacte sur la compétitivité qui en découle, principales réactions des représentants de l'économie numérique. Des représentants qui louent l'esprit général du rapport, mais restent assez critiques quant à la place accordée au numérique.

En bloc ou presque. A l'issue d'un séminaire gouvernemental tenu hier, Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, a dévoilé le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi. Un ensemble de 35 mesures qui reprend les grandes lignes du rapport Gallois, remis la veille au gouvernement, et l'enrichit de quelques mesures pré-existantes ou issues d'autres réflexions. En dehors de l'allégement des charges de 20 milliards d'euros dont bénéficieront les entreprises, les sociétés du secteur IT sont concernées par une poignée de mesures qui ciblent leurs problématiques ou marchés. En voici les principales :

  • mise en place d'une garantie publique permettant d'apporter, via la BPI (Banque Publique d'Investissement), plus de 500 millions d'euros de trésorerie aux PME.
  • redéploiement de 2 milliards d'euros issus des Investissements d'avenir vers les PME, et notamment à destination de leur équipement en "technologies génériques" (dont le numérique fait partie). - développement d'une activité de capital risque au sein de la BPI (sans droit de vote mais avec une rémunération privilégiée).
  • rétablissement des exonérations fiscales et sociales en faveur des Jeunes entreprises innovantes à leur niveau de 2010.
  • sanctuarisation, sur la durée du quinquennat, du Crédit impôt recherche, du statut de Jeune entreprise innovation et des incitations fiscales en faveur de l'investissement dans les PME.
  • mise en place de nouvelles actions dans le programme des Investissements d'avenir finançant le développement de technologies numériques stratégiques (calcul intensif, sécurité, Cloud) et leur déploiement en entreprises, via des "prêts numériques".
  • affecter, d'ici à 2020, 2 % de la commande publique (60 milliards par an pour l'Etat et ses opérateurs) aux PME innovantes.

Nous avons demandé à plusieurs représentants du secteur de commenter ces mesures. Voici leurs principales réactions.

Guy Mamou-Mani, président de Syntec Numérique

"Globalement, on peut se satisfaire de la prise de conscience des grands enjeux des entreprises a baisse des coûts, la recherche de compétitivité même si, pour le numérique, le compte n'y est pas. Ce que nous portons la mise en œuvre de la 3ème révolution industrielle n'est pas repris dans ces mesures. A titre de symbole, l'allégement des charges jusqu'à 3,5 fois le smic, proposé dans le rapport Gallois, a été ignoré par le gouvernement, qui a préféré la barre de 2,5 fois le smic pour le calcul du crédit d'impôts. Cette volonté récurrente de protéger les emplois à faible valeur ajoutée est à la fois inutile les pays concurrents sur ces emplois travaillent à des coûts 3 à 5 fois moindres, réduire les charges de 6 % ne va donc pas freiner les délocalisations et contre-productive car elle handicape la révolution industrielle que j'ai mentionnée. Même si on peut se réjouir de voir le gouvernement embrayer tout de suite sur les propositions du rapport, je ne pense que les 35 mesures du Pacte suffisent à régler les problèmes économiques du pays."

Loïc Rivière, délégué général de l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels)

"L'objectif affiché par le rapport Gallois est d'aider les entreprises françaises à reconstituer leurs marges pour investir dans l'innovation et monter en gamme. Nous ne pouvons que le partager. Peu d'industries en France investissent aujourd'hui dans le logiciel alors qu'il a le potentiel pour transformer leurs métiers et leurs modèles économiques. L'idée des "prêts numériques", une mesure que nous avions déjà préconisée il y a quelques années, est très positive. Reste à savoir comment elle va se concrétiser : il faut que ces prêts financent des projets transformant réellement les façons dont l'entreprise travaille et non des équipements. Par ailleurs, la logique de filière mise en avant par Louis Gallois est très importante : en France, particulièrement dans le numérique, les acteurs avancent souvent en ordre dispersé alors que nos concurrents à l'international ont davantage recours à des logiques de partenariats, via par exemple des consortiums."

Marie Prat, présidente de CICF Informatique (Chambre de l'Ingénierie et du Conseil en France)

"Le rapport Gallois va dans le bon sens, même s'il s'agit souvent d'anciennes idées remises au goût du jour. Les PME et TPE attendent maintenant du concret. Je retiens surtout les appels à faire mieux travailler les PME et les grands groupes ensemble au sein d'une filière. Si les entreprises françaises chassaient en meute, plutôt que de se limiter à une logique de sous-traitance, elles seraient mieux accueillies sur les marchés. La France se plaint depuis des années du manque d'entreprises de taille intermédiaire : les PME hexagonales ont du mal à grandir. Mais ce n'est que logique car on ne leur donne pas accès aux marchés. A ce titre, réserver 2 % de l'achat public aux PME innovantes d'ici à 2020, c'est trop peu et trop tard. La commande publique doit montrer l'exemple."

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Régis Granarolo, président du Munci (association de professionnels du numérique)

"Globalement, le rapport Gallois va dans le bon sens même s'il reste très consensuel, se contentant très largement de rabâcher des choses déjà maintes fois entendues. Je m'attendais à plus d'innovations. Concernant le Small Business Act, proposition que nous soutenons depuis 2003, il faudrait aller plus loin. 2 % de l'achat public en 2020, c'est très, très peu. Nous pensons que, sur des secteurs à forte innovation comme le numérique, il faudrait d'ailleurs étendre cette obligation aux grandes entreprises, en les poussant à allotir leurs appels d'offre. Sur la formation, la vision de Louis Gallois qui consiste à attribuer toutes les difficultés à l'inadéquation entre les formations et les besoins des entreprises est trop limitative. D'abord parce que cette inadéquation est structurelle dans des secteurs qui évoluent aussi vite que le nôtre. Ensuite parce qu'il existe d'autres causes, comme les politiques RH des entreprises. Par contre, on ne peut que se réjouir de voir un rapport officiel s'intéresser enfin à la formation continue, primordiale dans le numérique."

Olivier Bouderand, président du 3SCI (Syndicat professionnel des petites et moyennes sociétés de services, de conseil, d’intégration et d’édition informatique)

"Concernant le coût du travail, seules, à notre avis, sont concernées les entreprises de l’IT françaises faisant de l’export (ce qui est très rare parmi les TPE/PME) et qui se retrouvent en concurrence avec des acteurs étrangers. Souvent, c’est notre savoir-faire particulier et notre expertise qui font la différence, et qui justifient que l’on fasse appel aux services d’une TPE à l’étranger. Dans ce cas là, le prix des prestations est secondaire. Cette mesure semble donc davantage taillée pour les très grosses entreprises industrielles qui exportent. Concernant le Small Business Act, cela fait des années que l’on attend une mesure concrète et simple soutenant les TPE/PME par une commande publique dédiée. Les petites entreprises n’ont pas les moyens d’investir dans des réponses à des appels d’offres dont elles seront in fine exclues du fait de leur petite taille ou de leur faible surface financière. Donc nous sommes favorables à toute mesure dédiant une partie de la commande publique aux petites entreprises, surtout si le système de candidature est simple et efficace!"

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