Déploiements NFC en France : le local avant le national

Depuis des années, le NFC (Near Field Communication) est promis par les transports, les banques et le gouvernement comme la technologie révolutionnaire qui va changer le quotidien des Français. Hormis quelques expériences dans des territoires pilotes, la révolution attendue se fait attendre. A moins qu'elle n'arrive discrètement par des initiatives locales, hors de ses domaines de prédilections.

Depuis le 27 juin dernier, Strasbourg - pourtant ville pilote pour le NFC depuis octobre 2011- autorise le paiement des transports en commun directement à partir d'un téléphone NFC sous Android (les téléphones sous Windows Phone devront attendre l'automne). Le même jour, la Communauté Urbaine de Strasbourg accueillait la deuxième université NFC des territoires organisée par le FSMSC (Forum des Services Mobiles Sans Contact). L'occasion idéale pour voir si le NFC, technologie innovante et révolutionnaire attendue depuis 5 ans, sera finalement au rendez vous ou non. 

Sur le papier, les chiffres sont encourageants : il y a désormais 3,3 millions de téléphones compatibles NFC en France correspondant à 36 modèles différents, selon l'observatoire du NFC. Il y aura à la fin de l'année plus de 14 millions de cartes NFC en circulation sur le territoire français. En pratique, même si peu à peu presque toutes les banques renouvellent les terminaux de paiement et les cartes bancaires de leurs clients (à l'exception notable de la BRED), rares sont celles qui proposent déjà une application de paiement sur le téléphone mobile, même dans les zones prioritaires du NFC que sont Nice, Caen et Strasbourg. De plus, les banques cherchent à rentabiliser leurs investissements en faisant payer cette application (une émulation de la carte bancaire dans la carte SIM du téléphone) à leurs clients : 5 euros par mois mêlés aux autres services Kix chez BNP Parisbas, 18 euros par an pour la future application Société Générale. Ce n'est pas évident qu'ils séduisent leurs clients, déjà échaudés par l'expérience Moneo du début des années 2000. 

Côté transport, l'offre est aussi chaotique : chaque ville fait sa solution au coup par coup, et aucune n'est compatible. Ainsi, Strasbourg avait Stras+, un système d'information portant notamment sur les horaires de transports en NFC mais a attendu ce mois-ci le lancement d'une vraie application de billétique pour ne pas avoir à changer ses valideurs. Et celle-ci ne sera pas compatible avec ses équivalentes niçoises ou caennaises. Seule Rennes envisage une billétique régionale unique en NFC, ou plutôt départementale, pour la fin de l'an prochain. 

Accélération des initiatives locales 

En revanche, certaines applications NFC se développent au niveau local et rencontrent leurs publics. "Le NFC n'est pas une fin en soi ", constate Carole Le Cunff, d'Orange Business Services. "Ce qui intéresse le client, c'est ce qu'il va pouvoir en faire." Ainsi face au succès de l'exposition Dynamo (au Grand Palais de Paris jusqu'au 22 juillet) où les visiteurs peuvent interagir avec les oeuvres en NFC, le musée envisage sérieusement de généraliser le procédé. 

A Mulhouse, la municipalité utilise le NFC et les informations mises en Open Data par la voirie pour faciliter les déplacements des handicapés (en fauteuil roulant, aveugles et malvoyants ou avec une déficience mentale) dans la ville et dans ses installations publiques. L'office de tourisme d'Alsace propose dès aujourd'hui une application mobile pour préparer et réaliser ses randonnées à vélos en découvrant la viticulture locale. Le balisage s'effectue avec des bornes NFC (et QR Code pour les iPhone) qui serviront également à terme à des animations touristiques sous formes de jeu. 

Au niveau international, l'exemple d'Oulu en Finlande, qui utilise déjà depuis quelques années le NFC dans les crèches et écoles maternelles de la région, ouvre de nouvelles pistes. Là-bas, les téléphones NFC servent de contrôle d'accès et de pointeuses aussi bien pour le personnel des établissements que pour les parents. De plus, en cours de journée, dès que l'enfant utilise un tag pour faire une activité (découvrir un livre, prendre ses affaires avant et après la sieste), un message est envoyé sur le portable du parent concerné. 

En France, des expérimentations similaires sont en cours pour le service aux personnes âgées ou dépendantes. Les soignants signalent leurs arrivées et leurs départs en passant leur téléphone sur un tag à l'entrée du domicile et, éventuellement, à la tête du lit du patient. Cela permet de décompter plus finement les heures de présence, mais également de s'assurer qu'il n'y a ni passage surnuméraire ni oubli. Souvent moins coûteuses à mettre en place, ces initiatives locales ancrent le NFC dans le quotidien et facilitent son intégration. Ce qui redonne de l'espoir à Jean-Michel Gadrat, président du FSMCM : "On peut dire que 2013 est la véritable année de naissance des applications NFC en France. Nous ne sommes pas dans des solutions qui couvrent l'ensemble du territoire, mais le démarrage opérationnel a lieu."

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