OpenPOWER : un consortium pour relancer l’architecture POWER

IBM, accompagné de Google et de Nvidia notamment, a inauguré en début de mois, le consortium OpenPOWER, afin de dynamiser l’écosystème des architectures de processeurs POWER. L’idée est de faire éclore des composants à base de POWER et d’étendre l’impact d’une architecture en perte de vitesse.

Le 7 août dernier, IBM a décidé de relancer officiellement son architecture processeur Power, née dans les années 90 pour motoriser ses systèmes Unix. Big Blue s’est acoquiné à Google, Nvidia ainsi qu’à Mellanox Technologies et Tyan, respectivement fabricant de puces réseaux et de carte mère pour créer un consortium industriel baptisé OpenPower, dont l’objectif est de former une alliance censée favoriser le développement de composants bâtis sur l’architecture de Big Blue. Il s'agit de tenter de donner un nouvel élan à une architecture aujourd’hui en perte de vitesse face à l’omniprésence des x86 et ARM, tant dans le monde des serveurs que dans celui des processeurs embarqués.

Et pour relancer sa machine Power, IBM a décidé d’opter pour un modèle proche de celui pratiqué par ARM : à savoir, proposer des licences de son architecture. IBM offrira logiquement le firmware qui régule les mécanismes du Power à l’Open Source afin d’encourager les fabricants de tous horizons à considérer l’architecture du groupe, au lieu de celles de ses concurrents, mais également les spécifications du processeur. OpenPower entend également proposer une série de composants logiciels (portant notamment sur l’hyperviseur KVM et Linux). Le tout accompagné d’une licence qu'IBM décrit comme libérale.

Si évidemment, le monde traditionnel des utilisateurs de puces Power et PowerPC (réseaux, serveurs, stockage, embarqué...) est visé, de même que celui de l'accélération GPU - dont les super-calculateurs sont de plus en plus friands -, IBM  voit aussi dans Open Power également un moyen d’étendre son écosystème à des secteurs jusqu’alors inexplorés par son architecture. En clair, l’avenir de Power est désormais entre les mains d’une communauté, qui pourra réaliser un «cocktail» personnalisé de composants à partir des architectures Power. Un modèle d’innovation collaboratif qui s’inspire notamment du projet Open Compute initié par Facebook. «Ce modèle de développement collaboratif va changer la façon dont sont conçus et déployés les datacenters», veut croire Steve Mills, le brillant senior vice-président de la division Software & Systems d’IBM.

Dans le cadre de ce consortium, IBM et Nvidia, qui détient une licence ARM pour ses GPU,  travailleront à rapprocher Power de CUDA. Tyan travaillera quant à lui sur un prototype de serveur Power (la dernière tentative de plate-forme Power générique remonte à la plate-forme CHRP ou "Churp" élaborée en commun par IBM, Motorola, Apple et les fabricants de clones Mac au milieu des années 1990. On imagine que Google ambitionne de réfléchir à une place pour Power dans son parc de datacenters.

Des activités POWER en forte baisse

Avec OpenPower, IBM tente de dépoussiérer son architecture et de se gagner en visibilité sur le marché, alors que tous les regards sont tournés vers AMD, Intel et l’ensemble du très remuant écosystème ARM. Il faut dire que Big Blue doit faire face à un fort recul des ventes de ses systèmes Power. Au deuxième trimestre 2013, par exemple, leurs ventes ont baissé de 25% par rapport à la même période en 2012. En outre, l’architecture Power semble également avoir perdu son attrait dans certains secteurs qui autrefois étaient adeptes de POWER. Les consoles de jeux majeures, à l’image de la prochaine Xbox de Microsoft ou de la PS4  de Sony, passent au x86 - dans ce cas AMD. La Wii-U de Nintendo reste toutefois adossée à puce POWER (fabriquée sur le site IBM Microelectronics de East Fishkill).

Reste qu’au final, ce n’est pas la première fois qu’IBM bâtit une communauté technologique autour de POWER ni la première fois que Big Blue cède des licences de sa technologie à des tiers (FreeScale dispose d’une licence Power pour fabriquer ses puces PowerPC, P.A. Semi - racheté par Apple - ou AMCC. D'autres sociétés comme Tochiba ou Sony ont aussi embarqué des technologies Power dans certains processeurs, notamment le Cell de la PlayStation). En 2004, la communauté Power s’était déjà rassemblée autour de Power.org, dont l’objectif était «de développer des spécifications et des standards ouverts, des documents et des guidelines, des bonnes pratiques et des formations ainsi que des certifications pour valider les implémentations et favoriser l’adoption de la technologie Power Architecture», indique la FAQ de Power.org. IBM et Freescale en sont les membres fondateurs. Selon la page d’OpenPOWER, Power.org conserve la gouvernance du jeu d’instructions de l’architecture POWER, «mais les implémentations spécifiques sont désormais libres d’utilisation sous une licence libérale fournie par IBM. Les processeurs basés sur la propriété intellectuelle d’IBM peuvent désormais être fabriqués dans n’importe quelle usine («foundry») et associés à d’autres produits hardware du choix de l’intégrateur».
Ainsi outre le fait de relancer cet aspect communautaire, OpenPower pourrait permettre à IBM de partager les coûts autour de la fabrication de ses puces. De quoi soulager la division microelectronics de Big Blue, qui doit assumer les coûts élevés de R&D et de fabrication notamment, et ce dans un contexte de baisse de ventes et de hausse des investissements liés à la mise en ouevre de technologies de gravure de plus en plus fines.

Pour approfondir sur Processeurs et composants

- ANNONCES GOOGLE

Close