BlackBerry Enterprise Server : rester ou changer ?

La récente lettre ouverte de John Chen, nouveau patron de BlackBerry, est lourde de promesses. Mais faut-il les écouter alors que sa diffusion coïncide avec le lancement de BlackBerry Enterprise Server 10.2 ?

La récente lettre ouverte de John Chen, nouveau patron de BlackBerry, est lourde de promesses. Mais faut-il les écouter alors que sa diffusion coïncide avec le lancement de BlackBerry Enterprise Server 10.2 ?

S’engageant vis-à-vis de ses clients entreprise, John Chen promet que BlackBerry « revient à son héritage et à ses racines », en se concentrant sur les terminaux, les solutions de gestion de la mobilité d’entreprise (EMM), la messagerie multiplateformes, les systèmes embarqués et la recherche et développement. Et d’ajouter que « parler de notre mort est grandement exagéré ».

Toutefois, consommateurs et certaines entreprises migrent progressivement, notamment parce que, du point de vue des utilisateurs, iPhone, Android et Windows Phone offrent plus de flexibilité. 
Mais beaucoup d’entreprises continuent d’utiliser BlackBerry Enterprise Server (BES), véritable standard de fait du MDM, pour la messagerie électronique, jusqu’à conduire leurs employés à se déplacer avec deux téléphones. Ce qui ne va pas sans soulever des inquiétudes quant à l’avenir, alors que les échecs de BlackBerry sont régulièrement soulignés dans la presse. En août dernier, Gartner estimait d’ailleurs que seuls 9 % des utilisateurs en entreprise prévoyaient continuer d’utiliser BlackBerry en 2016. Un contexte qui ne rend que plus pressante la question : les entreprises doivent-elles continuer de s’appuyer sur BES ou commencer à chercher des alternatives ?

Matériel, logiciel, ou les deux ?

L’analyste du cabinet Quocirca Rob Bamforth relève que l’attractivité des produits BlackBerry pour les entreprises tient beaucoup, historiquement, à la capacité d’investir dans des logiciels et des terminaux cohérents pour l’ensemble de l’organisation : « vous avez les terminaux, vous avez BlackBerry Messenger (BBM), et vous avez le BES derrière - cela vous donne un ensemble cohérent. Mais cette recette ne fonctionne plus. Las, lorsque vous découplez tout cela, certains avantages disparaissent. »

Selon la cabinet 451 Research, l’activité terminaux de BlackBerry est en recul depuis 2008. La céder permettrait au Canadien de réduire ses coûts pour se concentrer sur l’amélioration de BES 10 et son ouverture aux plateformes mobiles concurrentes. Ce qui conforterait les entreprises dans l’utilisation de BES. 

Mais Nicko van Someren, directeur technique de Good Technology, relève que les attentes des entreprises à l’égard de la technologie changent et que la plateforme qu’elles souhaitent utiliser risque de changer également : « de nombreuses entreprises commencent à étudier comment migrer, comment faire en sorte que BlackBerry ne soit plus leur seul mécanisme de mobilité, tant parce qu’elles s’inquiètent de sa viabilité - à tord ou à raison - qu’il s’agit d’une plateforme historiquement centrée sur des concepts dépassés en matière de productivité. » 

De fait, l’émergence du phénomène du BYOD a minimisé l’importance d’une plateforme unifiée à l’échelle de toute une organisation : les employés ne souhaitent pas s’encombrer d’un terminal qu’ils ne veulent pas; ils préfèrent utiliser une plateforme avec laquelle ils sont à l’aise dans toutes les tâches. Las, pour de nombreux analystes et concurrents de BlackBerry dans le domaine du MDM, si l’ouverture de BES 10 à Android et iOS était un bon choix, il survient trop tard et trop timidement. Pour Bramforth, pour continuer d’avancer, BlackBerry va devoir prendre rapidement quelques décisions, jusqu’à peut-être abandonner son matériel : « il est trop tard pour se concentrer sur les terminaux. Ils sont de très bonne qualité, mais ils sont en retard. »

Le BYOD et au-delà

Que BlackBerry soit capable ou non de continuer à avancer, il est de plus en plus évident qu’il ne répond plus aux besoins des entreprises cherchant à embrasser le BYOD. Nigel Hawthorn, directeur marketing EMEA de MobileIron, explique que le support de la diversité des terminaux est l’aspect le plus important du MDM : « de nombreuses entreprises qui ne misaient que sur BlackBerry il y a quelques années ont réalisé qu’elles ont désormais besoin d’offrir plus de choix à leurs collaborateurs. » Avec ou sans BES 10, le BYOD se propage en Europe comme ailleurs : « les entreprises supportent le BYOD lorsque les utilisateurs veulent cette flexibilité accrue », estime Hawthorn. 

Ian Evans, directeur général EMEA d’AirWatch, reconnaît que, pour proposer du MDM aux entreprises, il est extrêmement important d’assurer la couverture de tous les terminaux, quelles que soient les difficultés d’implémentation : « nous connaissons tous les bénéfices d’une mobilité accrue dans une organisation, et lorsque l’on commence à supporter le BYOD, il n’est pas possible de dicter des règles pour les terminaux. »  Le meilleur moyen de faire cela est donc d’autoriser que les terminaux soient utilisés tant à des fins professionnelles que personnelles, sans compromettre l’une ou l’autre. Ce que BlackBerry offre déjà. Mais malgré cela, de nombreuses personnes continuent de se déplacer avec leur BlackBerry et un terminal personnel.

Evans suggère que le manque de diversité dans l’offre de terminaux de BlackBerry a contribué à l’éloignement des utilisateurs et à la lenteur du décollage de BlackBerry 10 : « nous constatons que la plupart des entreprises définissent un programme corporate basé sur un ou deux terminaux et systèmes d’exploitation. Le vrai changement survient lorsqu’elles commencent à regarder le reste de l’offre de terminaux et au BYOD. »
Et puisque BlackBerry n’a commencé que récemment à se concentrer sur les terminaux concurrents pour BES 10, il est susceptible d’être désavantagé par rapport à d’autres fournisseurs de solutions de MDM, comme AirWatch ou MobileIron, qui offrent de telles capacités depuis plus longtemps. Pour autant, l’adoption de BES 10 est forte, de même que les investissements dans BlackBerry, notamment au Royaume-Uni.
Le retour de BlackBerry demandera du temps, de la discipline et des décisions difficiles. L’analyste Robert Cozza, chez Gartner, estime que BlackBerry doit arrêter de se concentrer sur le matériel s’il veut réussir sa refondation, mais qu’il pourrait toute de même être déjà trop tard compte tenu des tendances actuelles du marché, avec des consommateurs qui migrent vers Apple ou Android et des entreprises qui s’ouvrent au BYOD. Et si John Chen a affirmé ne pas prévoir de vendre l’activité smartphones de BlackBerry, pour beaucoup, ce serait la meilleure chose à faire. Pour Evans, à trop vouloir séduire à la fois les entreprises et le grand public, tout en développant des logiciels et services, BlackBerry a probablement perdu de vue son coeur de marché.

Malgré la lenteur du décollage de BlackBerry 10, la chute du cours de l’action en bourse, et une cote de popularité réduite, Chen nourrit de grands espoirs pour le futur de son activité : « BlackBerry est une marque renommée, avec un potentiel énorme. Cela demandera du temps, de la discipline et des décisions difficiles pour renouer avec le succès. »
Quel que soit l’optimisme dont peut faire preuve une entreprise quant à l’avenir de BlackBerry, il n’y a rien de mal à se préparer à une alternative. Chez Quocirca, Bamforth conseille aux utilisateurs d’avoir un plan de sortie à l’esprit. 

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