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Meta rachète Manus AI pour industrialiser ses agents IA
Avec l’acquisition de Manus AI, Meta entend bien rivaliser avec OpenAI, Google et Microsoft sur le volet de l’automatisation de tâches. Au cours de l’année 2025, le géant des réseaux sociaux a acté une profonde mutation au nom de la commercialisation de l’IA.
Le 29 décembre, Meta a confirmé sa volonté d’acquérir la solution d’IA agentique Manus AI. Si le groupe propriétaire de Facebook, de WhatsApp et d’Instagram n’a pas révélé le montant de cette acquisition, The Wall Street Journal évoque une opération valorisée plus de deux milliards de dollars.
Manus AI est développé par une société d’origine chinoise Butterfly Effect, basée à Singapour depuis peu. Elle a fait grand bruit en mars 2025 après le lancement d’agents IA autonomes de recherche Web profonde. Depuis, elle mise sur sa technologie multitâches et multiagent, ses templates de prompts ainsi que son interface simple d’accès pour convaincre les clients grand public et les petites et moyennes entreprises.
Traduction, landing page, analyses de marché, création de tableaux de bord, de sites Web, génération d’images, outil de nettoyage de données…Manus AI couvre un large éventail de cas d’usage et se connecte aux outils populaires comme la suite Workspace, Notion, Stripe ou encore Slack.
La startup entend surpasser ChatGPT d’OpenAI et Lovable, un outil de conception d’applications à la mode vibe coding développé par la startup suédoise éponyme, en misant sur l’orchestration de tâches automatisées. Sa solution peut gérer jusqu’à 20 tâches simultanées et 20 tâches planifiées.
En avril, Butterfly Effect a levé 75 millions de dollars en série B auprès du fonds américain Benchmark. La société jusqu’alors soutenue par des investisseurs chinois, dont Tencent, présentait alors une valorisation d’environ 500 millions de dollars. Le 17 décembre, elle revendiquait plus de 125 millions de dollars de revenu annualisé total généré par Manus AI. En huit mois. La startup propose un modèle économique et des tarifs proches de ceux de ChatGPT (de 20 à 200 dollars par mois, selon la formule).
Cette bonne santé commerciale justifie en partie l’acquisition. Selon le communiqué qui accompagne le rachat, Meta ne mettra pas fin à l’activité commerciale de Manus AI.
« Nous continuerons à exploiter et à vendre le service Manus, ainsi qu’à l’intégrer dans nos produits », indique Meta.
De son côté, la startup veut « garantir que ce changement ne perturbera pas [ses] clients ». « L’entreprise continuera à opérer depuis Singapour », ajoute-t-elle dans un communiqué. Selon les propos d’un porte-parole de Meta recueillis par Nikkei Asia, tous les liens avec les investisseurs chinois et la Chine seront coupés.
Meta acte la profonde mutation de sa stratégie IA
Les deux sociétés partagent l’ambition d’étendre l’abonnement Manus AI « à des millions d’entreprises et à des milliards de personnes sur les plateformes de Meta ».
Le virage de la recherche fondamentale vers l’IA commerciale est acté chez Meta depuis l’arrivée d’Alexandr Wang, cofondateur et ancien directeur général de Scale AI, en tant que directeur de l’IA. Un virage confirmé par le départ de Yann Le Cun, ex-directeur scientifique IA de Meta. Le professeur au Collège de France chercherait à lever près de 500 millions d’euros pour fonder sa société dédiée aux modèles d’IA « monde » (« world models ») en Europe.
Jusqu’alors, le spécialiste des réseaux sociaux s’était concentré sur l’intégration de cette technologie dans ses plateformes, quitte à dépenser entre 70 et 72 milliards de dollars dans ses infrastructures sur l’année 2025, soit 75 % de plus qu’en 2024.
En juin, Meta a investi 14 milliards de dollars dans Scale AI, la société cofondée par Alexandr Wang. Elle s’est spécialisée dans l’annotation de données nécessaires à l’entraînement des grands modèles de langage. Début décembre 2025, le groupe a mis la main sur Limitless, une startup qui développait un assistant IA sur la forme d’un wearable (un objet connecté à porter).
L’acquisition de Manus est une aubaine pour Meta, dont les assistants IA peinent à égaler les capacités de ceux d’OpenAI. Ce qui ne l’empêchait pas de revendiquer plus d’un milliard d’utilisateurs actifs mensuels pour Meta AI en octobre 2025.
Un nouvel outil publicitaire ?
Auprès des investisseurs, Meta pourrait présenter Manus comme un moyen de diversifier ses activités alors qu’il peine à valoriser ses investissements massifs dans l’IA.
Selon Holger Mueller, analyste chez Constellation Research, il ne faut toutefois pas oublier le cœur de métier du groupe : la publicité.
« Dans un monde où il n’est pas clair comment l’IA va transformer la manière dont les publicités seront présentées, consommées et monétisées, Mark Zuckerberg mise fortement sur l’IA et la supervision humaine », écrit-il, dans un billet de blog. « Les agents Manus offrent un potentiel intéressant d’automatisation pour les travailleurs du savoir, et une version de Manus financée par la publicité pourrait fournir d’abord une automatisation par l’IA, suivie d’une publicité au moment de la supervision. Des points bonus pour Meta si ces publicités sont contextuelles et conscientes des actions ».
En octobre, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre fiscal 2025 de Meta, Mark Zuckerberg envisageait la gestion de bout en bout de campagnes publicitaires grâce à l’IA, dans un objectif d’hyperpersonnalisation des contenus et de segmentation à la maille de l’utilisateur des plateformes du groupe. Un chemin également pris par Adobe.
