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En 2026, l'IA va manger le logiciel
Selon Capgemini, l’intelligence artificielle ne se contentera plus d’optimiser ou d’accélérer le développement logiciel. À partir de 2026, elle le transformera en profondeur. Ce qui imposera de respecter trois bonnes pratiques générales.
Nous étions en 2010. Amazon, Uber et Netflix s’apprêtaient à conquérir la planète. Ces nouveaux géants allaient « disrupter » des pans entiers de l’économie en mettant le numérique au cœur de leur modèle (économique et opérationnel). Le célèbre investisseur Marc Andreessen résumait l’évolution par une citation, devenue célèbre : « le logiciel mange le monde ». En 2026, c’est l’IA qui s’apprête à conquérir le monde. Et à « manger le logiciel », paraphrase Capgemini qui voit « le point d’inflexion » arriver l’année prochaine.
Le développement logiciel n’a pas beaucoup changé
Pour Sudhir Pai, Deputy CTO de Capgemini, Marc Andreessen a vu juste. « En une décennie, tous les secteurs et tous les métiers ont engagé une transformation digitale qui a été portée par le logiciel. »
Cette transformation a bénéficié d’évolutions technologiques majeures. « Le cloud, qui permet de passer plus facilement à l’échelle, ou le SaaS, où l’on s’abonne à des applications », souligne-t-il.
Pourtant, en dix ans, une chose n’aurait pas changé. « C’est la manière dont nous construisons ces logiciels », observe Sudhir Pai. Les développements – et les produits finis – sont encore « manuels, basés sur des règles, déterministes ».
Une rupture annoncée pour 2026
Pour Capgemini, l’année 2026 marquera une rupture. « Nous entrons aujourd’hui dans l’ère de l’IA », affirme Sudhir Pai.
Sa formule – « l’IA va manger le logiciel » – ne se limite pas à l’automatisation du code. « Il ne s’agira pas seulement d’écrire du code, mais aussi d’une transformation de l’ensemble du cycle de vie du développement logiciel », précise-t-il.
Le tout devrait entraîner une vague de « rebuilt ».
« Nous allons probablement “reconstruire” beaucoup plus de logiciels dans les prochaines années que ce que nous avons développé au cours des dernières décennies », anticipe-t-il.
À la faveur de cette vague, le centre de gravité applicatif devrait se déplacer vers « le contexte, l’intention et les objectifs [avec] des logiciels sensibles au contexte, capables de comprendre l’environnement dans lequel ils opèrent », tandis que les aspects techniques du logiciel seront pris en charge par l’IA.
Désapprendre pour réapprendre l’ingénierie logicielle
Mais ce « back to rebuild » – qui doit par ailleurs « permettre aux entreprises de conserver un contrôle fort sur les coûts, la souveraineté, la cybersécurité et la protection des données », liste le CTO – suppose une approche structurée qui respecte trois bonnes pratiques générales.
Le premier levier concerne les compétences. « Se contenter de former les équipes à l’IA ne suffit pas pour faire de quelqu’un un ingénieur logiciel de l’ère de l’IA », tranche Sudhir Pai.
Il plaide pour une remise en cause plus profonde. « Nous devons désapprendre certaines pratiques, acquérir de nouveaux concepts, de nouvelles chaînes d’outils et retrouver une capacité d’abstraction à un autre niveau », explique-t-il.
Le risque d’un nouveau « spaghetti » technologique
Deuxième point, sous forme d’avertissement : l’empilement non maîtrisé de solutions d’IA « risque de recréer un nouveau spaghetti technologique si nous ne pensons pas l’IA de manière globale et si nous ne l’orchestrons pas de façon standardisée à l’échelle de l’entreprise », prévient l’expert.
À défaut, l’IA pourrait reproduire les silos applicatifs et les risques opérationnels accumulés au fil du temps.
Un changement de mentalité et un « voyage »
Mais pour Sudhir Pai, le facteur le plus critique dépasse la technologie. « Il s’agit de changer d’état d’esprit, et de redéfinir les modèles opérationnels ainsi que l’environnement dans lequel l’entreprise fonctionne », insiste-t-il.
L’IA doit donc s’inscrire dans une stratégie globale et en particulier dans la culture de l’organisation.
Pour Capgemini, 2026 devrait en tout cas être le départ d’un « voyage ». Car il s’agit bien d’un « parcours » au long cours (« a journey », comme le dit Sudhir Pai) au fil duquel les entreprises pourront « créer des produits et des services beaucoup plus différenciants ».
