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IBM finalise le rachat de Red Hat, en route pour la coopétition

IBM rachète officiellement Red Hat pour 34 milliards de dollars. Les deux sociétés resteront distinctes mais pèseront lourd sur le marché du cloud hybride.

Feu vert des autorités : après plusieurs mois d’enquête, IBM a enfin finalisé son acquisition de Red Hat pour 34 milliards de dollars. Si comme énoncé depuis le départ, les sociétés resteront distinctes, Big Blue a bien l'intention de se rapprocher des technologies Red Hat  pour alimenter ses produits.

« Je pense qu'il y a peut-être un chevauchement de 5 %, principalement dans le middleware », estime Arvind Krishna, vice-président senior en charge des activités cloud et des logiciels cognitifs chez IBM. Les clients sont nombreux à utiliser les produits des deux fournisseurs, mais pour des cas d'utilisation différents, précise-t-il. « Nous devons maintenir les deux lignes de produits à l'avenir. »

Cependant, «  tous les produits middleware IBM seront conçus pour fonctionner le mieux possible avec OpenShift », ajoute-t-il, en référence à la plateforme Kubernetes de Red Hat. « En dehors de ça, je ne suis pas sûr qu'il y aura une influence directe de l'un sur l'autre. »

Cette place d’OpenShift est en effet essentielle, explique un autre analyste, pour la place d’IBM dans le cloud.

« S’il existe un élément qui pourrait les aider à remporter la bataille dans l’infrastructure et le logiciel, c'est bien OpenShift », concède Judith Hurwitz, présidente de Hurwitz & Associates. « L’enjeu est énorme. »

Les relations étroites que Red Hat entretient avec Microsoft et AWS pourraient également contribuer à rendre les deux partenaires plus compétitifs sur le marché du cloud. L'écosystème Red Hat sera au cœur de la stratégie Red Hat-IBM, soutient encore l’analyste.

Ce rachat de Red Hat par IBM annoncé en octobre dernier a secoué l'industrie, à la fois en raison de sa taille et des questions qu’il soulève, notamment, sur le maintien de la culture open source de Red Hat. Arvind Krishna et Paul Cormier, vice-président exécutif de Red Hat, ont de nouveau abordé ces points.

Selon le responsable d’IBM, les équipes produits de Red Hat conserveront leur pouvoir de décision sur leurs propres gammes de produits et sur la façon dont elles contribuent aux projets open source. « C’est le point le plus facile. La vraie question porte sur notre approche avec nos partenaires et nos clients. »

Le marché de l’IT est rythmé au son de la coopétition, et les dirigeants d'IBM et de Red Hat affirment qu'ils allaient également suivre cette voie.

Les commerciaux de Red Hat ne seront pas rémunérés pour les produits IBM, a confirmé Paul Cormier. Les programmes channel doivent également rester séparés, a ajouté à son tour Arvind Krishna. « Nous aurions aimé que tous les partenaires soient dans les deux camps, mais ils ne formeront pas un unique canal ».

Contrairement aux acquisitions précédentes où IBM jouait la carte de l’intégration complète, Judith Hurwitz pense qu'IBM donnera à Red Hat toute la latitude nécessaire pour opérer et prendre des décisions tactiques et stratégiques. « Nous n’allons pas assister à un "Blue Washing" de Red Hat, mais à cette approche avec laquelle ils conservent intacte l'entreprise pendant un certain temps, tout en faisant des plans pour l'incorporer comme une autre entité d'IBM », souligne-t -elle.

Très tôt dans cette vaste transaction, IBM a reconnu que l'image impartiale de Red Hat était cruciale dans la croissance de son écosystème, et les deux entreprises resteront donc neutres lorsqu'elles se rencontreront sur le marché, soutient Paul Cormier. « Cette indépendance est essentielle pour s'assurer que nos autres partenaires, ceux qui peuvent parfois être un concurrent d'IBM, ont une chance équitable. »

Le personnel et les actifs physiques de l'entreprise seront également préservés et non consolidés, selon Arvind Krishna. « Cette acquisition n'est pas une question de synergies de coûts. Nous ne parlons pas de licenciements. Il s'agit de synergies de croissance. »

Haro sur le cloud hybride

Ce rapprochement entre Red Hat et IBM  n’est pas un hasard sur un marché où les entreprises évaluent leurs options en matière de déploiement. Sur site ou dans le cloud, elles choisissent de plus en plus les deux.

« Nous pensons que le cloud hybride offre une valeur inestimable et qu'il est la seule façon d'aller de l'avant pour nos clients », assure Arvind Krishna. Certaines workloads resteront sur  site et d'autres seront placées sur différents clouds, mais les clients ont besoin d'une seule tour de contrôle pour tout faire fonctionner, explique-t-il.

De plus, on assiste à une évolution de l’outillage et Red Hat a mis au point les outils dont les entreprises ont besoin, confirme Paul Cormier. La dernière version de Red Hat Enterprise Linux (RHEL) a été spécialement conçue pour les containers et OpenShift 4.

IBM et Red Hat ne sont pas les seules à vouloir se positionner en référent du cloud hybride. Plus tôt cette année, Google a présenté Anthos, une plateforme Kubernetes qui permet d'exécuter des workloads sur plusieurs clouds publics et infrastructures sur site.

S’il est certes le créateur de Kubernetes, Google a également une présence plus forte qu’IBM dans le cloud public, même s’il n'a pas encore prouvé qu'il pouvait se positionner comme une société pour l’IT d’entreprise, ce qu’IBM a déjà fait, souligne de son côté Stephen O'Grady, analyste chez RedMonk . « C’est une question de technologie, mais pour beaucoup de ces entreprises, c'est aussi une question de confiance. »

Un pari à 34 milliards de dollars

Cette acquisition Red Hat-IBM est le plus gros contrat jamais conclu sur les marché des logiciels d’entreprise. Si les dirigeants des 2 entreprises sont restés optimistes, son prix a suscité un certain scepticisme. « Cela donne à IBM de nouveaux sujets de discussion et crée beaucoup de revenus, mais IBM pourrait bien ne pas être en mesure de récupérer sa mise », note Holger Mueller,  analyste chez Constellation Research.

Si Red Hat et IBM insistent sur le fait de rester séparés, il existe des marchés où il est logique de se réunir, du moins sur le papier, pense Stephen O'Grady. « Les services d'IBM sont une énorme entité et ont une forte présence depuis toujours. OpenShift vient juste de recevoir le soutien d’une armée de dizaines de milliers de personnes. »

En ce qui concerne les chevauchements de produits et les suppressions qui pourraient en résulter, il n'y a pas de quoi s'inquiéter, poursuit-il. « Si les clients veulent conserver leurs solutions et ne souhaitent pas en changer, IBM ne les forcera pas. OpenShift s’inscrit plus dans le futur que WebSphere, mais il y a des moyens faciles pour qu’elles coexistent. »

Mais, IBM n'abandonnera pas les utilisateurs de WebSphere, pas plus que les utilisateurs de Red Hat JBoss qui ont fait d'importants investissements financiers et techniques dans ces plateformes.

Les utilisateurs eux-mêmes peuvent jouer un rôle important dans le fonctionnement de cette nouvelle entreprise. Ils peuvent les inciter à tenir leurs promesses et à ne pas se faire concurrence. « Les utilisateurs devront exiger des comptes. Ils n'auront probablement pas besoin de deux implémentations de Kubernetes, par exemple », conclut Judith Hurwitz.

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