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IT en France : une « Annus Horribilis » qui ne dit pas son nom (Syntec Numérique)

Syntec Numérique a partagé ses prévisions de croissance, et de décroissance, pour 2020. L’organisation professionnelle se montre résolument positive. Mais elle ne cache pas que la situation, qui aurait pu être pire, est très fragile pour 2021.

Après la sortie de son traditionnel Top 250 qui lui avait donné l’occasion de communiquer sur les chiffres définitifs de 2019 pour le secteur IT en France, Syntec Numérique a présenté ses prévisions pour l’année 2020. En résumé : « cela aurait pu être pire ».

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« La crise de la Covid19 devrait moins impacter le secteur du numérique que prévu », constate l’organisation professionnelle. En juillet, le recul du chiffre d’affaires global de toute l’industrie IT française était évalué à -6,7 %. Début décembre, les prévisions sont plus optimistes avec un recul de « seulement » -4,6 %.

Annus Horribilis pour l’IT française

Les éditeurs devraient même connaître une année étale (+0,3 %). Revers de la médaille, ce sont les ESN qui encaissent le gros du choc de la crise (-4,2 %) et surtout les activités de conseil en technologies (-12,3 %). Pour Syntec Numérique, cette récession massive du conseil s’explique par la forte exposition en France de cette activité à l’aéronautique et à l’automobile, tous deux sinistrés en 2020.

Même si les chiffres sont « moins pires » que prévu, l’impact reste rude. En comparaison, sur 2019, le logiciel avait progressé de +6,6 %, les ESN de +3,1 % et le conseil de +5 %.

Syntec Numérique veut néanmoins rester positif. Il souligne le verre à moitié plein en rappelant « la résilience du secteur ». Mais là encore, les chiffres traduisent une situation très compliquée après un véritable sinistre. « On note une baisse de 46 % des appels d’offres au troisième trimestre 2020, contre 83 % pour le premier semestre 2020 », évalue Syntec Numérique qui veut voir dans ce -40 % un signe de rebond.

Même constat dans les carnets de commandes. Ils restent « légers » (sic) « mais le book-to-bill [N.D.R. : rapport entre commandes prises et facturations] remonte progressivement : il est positif ou neutre pour 56 % des entreprises au troisième trimestre (contre seulement 20 % au premier semestre) ! », écrit l’organisation professionnelle. Point d’exclamation compris.

L’emploi s’en sort, pour l’instant

Le seul signal à peu près au vert est à chercher du côté de l’emploi. Mais tout comme Syntec Numérique ne veut pas être catastrophiste face aux chiffres de « décroissance », il ne veut pas verser dans l’excès inverse quand les nouvelles ne sont pas (trop) mauvaises. « Sur le marché de l’emploi, la situation est mitigée : deux entreprises sur trois dans le numérique disent avoir stabilisé ou augmenté leurs effectifs en 2020 », synthétise l’organisation.

« 20 000 consultants hautement qualifiés sont en activité partielle dans les ICT, avec un impact long terme sur les bassins d’emploi nantais, l’Occitanie ou la région PACA. »
Syntec Numérique

Mieux, sur les 530 000 emplois de l’IT en France, 80 % sont des cadres et 93 % sont des CDI (chiffres APEC).

Syntec Numérique souligne toutefois que 10 000 postes sont en danger chez les sociétés d’ingénierie et de conseil en technologies (ICT). « Chez les clients des ICT, la reprise sera plus ou moins lente : de 0 à 6 mois pour l’énergie et les télécoms, de 6 à 12 mois pour l’automobile, et plus de 12 mois pour l’aéronautique », différencie l’organisation professionnelle, qui rappelle que « 20 000 consultants hautement qualifiés sont toujours en activité partielle dans les ICT avec un impact long terme sur certains bassins d’emploi notamment l’Occitanie, la région PACA ou le bassin nantais qui sont liés à l’aéronautique ».

Conséquence, Syntec Numérique appelle à mettre l’accent sur la formation pour maintenir et développer les compétences durant ces périodes difficiles.

Un rebond incertain et timide pour 2021

Bien malin celui qui pourra faire des prévisions sur 2021. C’est donc avec beaucoup de prudence que Syntec Numérique s’avance pour l’année à venir.

Il anticipe une progression globale de chiffre d’affaires de +1 %. « Le retour de la croissance s’explique par les dépenses IT qui connaîtront une hausse importante pour 53 % des organisations (clients & prospects) en 2021 », évalue l’organisation… à condition, souligne-t-elle bien, que la situation économique des clients ne se détériore pas. Et sur ce point, rien n’est moins sûr.

Tout comme en 2020, les taux de croissance devraient rester très différenciés en fonction des trois grandes familles de l’IT : +3,8 % pour les éditeurs, +1,1 % pour les ESN et une nouvelle année de récession pour les ICT (-3,3 %).

Tableau qui résume les croissances escomptées en 2020 et 2021 pour les éditeurs français
Croissances escomptées en 2020 et 2021 pour les éditeurs, par type de logiciel (Syntec Numérique). NB : les « logiciels outils » regroupent l’analytique, la gestion des données, le développement, l’intégration, l’orchestration et la mise en qualité.

Avec ses coûts d’entrée moindre, et sa facturation lissée dans le temps – un point critique pour les trésoreries des entreprises –, le SaaS devrait être le moteur de la locomotive (le logiciel) de cette reprise espérée. Les applications cloud représenteraient en tout cas et d’ores et déjà en France 40 % des nouveaux projets au second semestre 2020, selon IDC.

Conclusion

Bref : 2020 a été une « Annus Horribilis » qui a affecté de manière très différenciée les grandes familles de l’IT en France. Et si 2021 s’annonce sous de meilleurs auspices, le flou demeure sur les budgets de clients qui devront, eux-aussi, naviguer à vue pendant encore de longs mois.

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