Rachat de DevCycle par Dynatrace : la consolidation de l’observabilité s’intensifie
Cette combinaison doit renforcer le contrôle direct des utilisateurs sur les déploiements logiciels, mais elle est loin d’être le seul outil disponible pour les équipes IT qui cherchent à consolider leur chaîne d’outils.
Cette semaine, Dynatrace, spécialiste de l’observabilité, a annoncé l’acquisition de DevCycle, une société canadienne basée à Toronto, pour un montant non dévoilé.
DevCycle, fondée en 2011 sous le nom de Taplytics, propose un logiciel de gestion des fonctionnalités qui s’intègre à tout système de signalisation des fonctionnalités (feature flagging) conformes à OpenFeature. OpenFeature est un projet incubé par la Cloud Native Computing Foundation (CNCF). Co-initié par Dynatrace en 2022, le framework a créé une API standard pour l’intégration avec des outils de feature flagging, similaire à ce qu’OpenTelemetry a fait pour la collecte de données de traces distribuées.
Cela signifie que DevCycle ne remplace pas nécessairement les outils de gestion des fonctionnalités que les développeurs pourraient avoir en place. Il doit plutôt normaliser la gestion de plusieurs outils de feature flagging au sein d’une organisation DevOps, d’après Torsten Volk, analyste chez Omdia, une division d’Informa TechTarget [également propriétaire du MagIT].
« DevCycle ne se préoccupe pas vraiment des indicateurs de fonctionnalités eux-mêmes, mais de la logique en temps réel en arrière-plan », explique Torsten Volk. « Une fois qu’une fonctionnalité est labélisée et que vous avez ce signal, vous devez sortir sans ruiner l’application ou la ralentir et voir ce que cette fonctionnalité a fait dans la milliseconde où elle a été publiée ».
Les clients de Dynatrace jaugent l’intérêt de la consolidation
Pourtant, pour un client de Dynatrace, cette acquisition représente une opportunité de remplacer un outil de feature flagging.
« Nous avons accordé beaucoup d’attention à la manière de l’utiliser dans notre environnement et d’observer les résultats », déclare Michael Cabrera, directeur de l’ingénierie de fiabilité des sites chez Vivint Smart Home. Le responsable n’a pas nommé l’autre éditeur. « L’intégration des indicateurs de fonctionnalités dans la plateforme va changer notre façon d’envisager la configuration et le déploiement des fonctionnalités. »
Un autre client de Dynatrace, FreedomPay, n’utilise pas beaucoup les indicateurs de fonctionnalités en interne. Il n’est donc pas susceptible d’adopter DevScale dans un avenir proche, selon Mark Tomlinson, directeur principal de la performance et de l’observabilité chez le fournisseur de paiements numériques basé à Philadelphie. Pour de nombreux clients qui utilisent des feature flags, l’alternative précédente en matière d’automatisation consistait à utiliser un LLM et un outil tel que Model Context Protocol pour connecter différents outils d’observabilité, de gestion des fonctionnalités et de déploiement de logiciels.
Grâce à l’intégration de DevCycle dans Dynatrace, « vous pourrez gérer ces éléments dans un environnement d’entreprise, sans avoir à passer par de nombreuses étapes externes ou à fournir des efforts considérables pour y parvenir », comprend Mark Tomlinson.
Lorsque les fonctions logicielles gérées à l’aide de feature flags entrent en production, l’intégration des outils peut accélérer l’obtention des résultats des tests A/B et permettre aux développer de réagir immédiatement, ajoute-t-il.
« Ils pourraient peut-être demander à l’IA de Dynatrace : “Selon toi, quelle est la meilleure option ?” Et le laisser faire le calcul », complète-t-il.
Un « système de contrôle actif »
Selon les analystes, DevCycle permettra également à Dynatrace non seulement de rendre compte des résultats des tests A/B et des expériences sur les indicateurs de fonctionnalités, mais aussi de diagnostiquer la cause profonde des problèmes et d’agir en conséquence.
« Il est clair que Dynatrace ne se contente pas de signaler les anomalies », note Andrew Cornwall, analyste chez Forrester Research. « En rachetant DevCycle, ils permettent à leurs clients d’activer ou de désactiver certaines parties du code de leur application en fonction des retours d’information de Dynatrace […] et peuvent prendre des mesures plutôt que de se contenter d’exposer des signaux ».
À l’ère du développement infusée à l’IA, le feature flagging revient comme une méthode nécessaire pour activer ou désactiver des fonctions dont les développeurs n’ont pas forcément la maîtrise totale.
« Cette acquisition fait progresser l’observabilité vers un système de contrôle actif. »
Alois ReitbauerDirecteur stratégie technologique, Dynatrace
« Cette acquisition est clairement destinée à faciliter la complexité des applications natives de l’IA », écrit Steven Dickens, CEO d’HyperFrame Research, dans un billet de blog. « Ces systèmes sont notoirement imprévisibles. Lorsque vous changez un prompt ou un modèle, vous devez voir immédiatement comment cela affecte la latence et le coût », poursuit-il. « Dynatrace se positionne comme le filet de sécurité pour ces expériences. Nous voyons cela comme une tentative d’aller au-delà du simple tableau de bord ».
Il s’agit d’une nouvelle étape délibérée pour l’entreprise dans le contrôle des flux de travail DevOps, au-delà de leur simple observation, selon un article publié cette semaine sur le blog d’Alois Reitbauer, directeur de la stratégie technologique chez Dynatrace. « Cette acquisition fait progresser l’observabilité vers un système de contrôle actif », écrit M. Reitbauer. « En intégrant les contrôles précis de l’exécution et le concept de fonctionnalités centralisées de DevCycle aux informations complètes fournies par Dynatrace, nous nous rapprochons de notre vision d’une plateforme de résilience intelligente capable d’autoréparation, de prévention et d’optimisation continue ».
« Dynatrace a besoin de [DevCycle] pour alimenter sa vision d’une réactivité en temps réel dans ce qu’elle appelle l’intelligence autonome. »
Torsten VolkAnalyste, Omdia
Ce n’est pas la première incursion de Dynatrace au-delà de l’observabilité dans l’automatisation directe. L’entreprise propose depuis 2021 des hooks de déploiement logiciel via son projet open source Keptn.
L’année dernière, elle a ajouté la prise en charge de son outil Davis AI for AIOps afin de générer automatiquement des artefacts logiciels, tel que des ressources de déploiement Kubernetes et des pull requests Git, en réponse à des problèmes. « Dynatrace a besoin de [DevCycle] pour alimenter sa vision d’une réactivité en temps réel dans ce qu’elle appelle l’intelligence autonome », décrit Torsten Volk.
Les lignes de l’observabilité se brouillent de partout
Dynatrace n’est pas le seul à se diversifier au-delà de l’observabilité. Son rival Datadog s’est également aventuré sur de nouveaux territoires d’automatisation au cours des deux dernières années. Il cible l’autoscaling de Kubernetes, le débogage en direct, la réponse aux incidents de sécurité et la gestion des incidents sur appel. En 2025, il a introduit un portail interne pour les développeurs. Le resserrement des liens entre les éditeurs de gestion des fonctionnalités et d’observabilité a également vu l’acquisition par LaunchDarkly de la startup Highlight.io. Datadog, lui, a racheté Eppo, un spécialiste de l’A/B testing pour les projets de data science, en 2025. Pour ses propres besoins, OpenAI a mis la main sur Statsig, un concurrent d’Eppo.
L’observabilité, la gestion des données et l’infrastructure d’IA convergent également, comme le montre l’acquisition d’Observe par Snowflake, ce mois-ci. Pour Mark Tomlinson, de FreedomPay, l’acquisition de Snowflake pourrait également justifier une prise en compte plus large de la consolidation des outils de veille stratégique. Son entreprise utilise également le « Data Cloud » comme système d’enregistrement.
« Ce qui est vraiment intéressant avec l’observabilité de Snowflake, c’est qu’elle pourrait éliminer deux voies de conformité distinctes, où je dois passer par tout un tas d’obstacles pour obtenir l’approbation d’une instrumentation en temps réel et pour transférer mes données vers un système tel que Snowflake », avance-t-il. « Vous payez en quelque sorte deux fois pour des données qui devraient être fusionnées ».
De même, Dynatrace se positionne depuis des années comme un concurrent des outils BI, en particulier depuis qu’il a introduit son back-end Grail, un lakehouse. Mark Tomlinson imagine qu’il pourrait également remplacer Snowflake en tant que système d’enregistrement pour les données d’entreprise.
« Nous ne l’envisageons pas pour le moment, mais cela pourrait arriver », anticipe-t-il. « Comme nous avons des règles très strictes sur la façon dont nous gérons notre instrumentation dans le temps d’exécution, cela dépend des contrôles [disponibles pour] Observe […]. Nous nous sommes engagés avec Dynatrace parce que j’ai vraiment aimé les contrôles de sécurité dans l’instrumentation de Dynatrace ».
Dynatrace semble en tout cas pressé d’ajouter le feature flagging à son portefeuille de fonctionnalités.
« Nous travaillons déjà à l’intégration des capacités de DevCycle dans Dynatrace », indique Alois Reitbauer.