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En rachetant Observe, Snowflake s’invite sur le marché de l’observabilité

De loin, l’intention du spécialiste de la gestion de données d’acquérir un acteur de l’observabilité semble presque incongrue. Vue de plus près, reprendre une solution qui tourne déjà sur sa plateforme et, qui plus est, l’arme un peu plus pour gérer les applications d’IA est loin d’être une mauvaise idée. Encore faut-il manœuvrer avec finesse sur un marché mature, minorent les analystes.

Snowflake a annoncé son intention d’acquérir Observe pour un montant non dévoilé. L’opération doit encore faire l’objet des vérifications habituelles par les autorités financières américaines.

Fondée en 2017 à San Mateo, Observe s’est spécialisée dans la supervision de bout en bout (logs, traces métriques) en s’appuyant dès le départ sur la plateforme de Snowflake. Ses porte-parole expliquaient ce choix au MagIT lors de l’IT Press Tour 42 de 2022 en raison de la « haute cardinalité » du Data Cloud et des capacités qu’elle offre pour une startup qui n’avait pas les moyens et le temps de bâtir sa propre infrastructure. La société a levé environ 470 millions de dollars au total.  Au sein de son « board » siège Frank Slootman, précédent CEO de Snowflake. Son actuel dirigeant, Jeremy Burton, est au comité des directeurs de Snowflake depuis novembre 2015.

Observe et Snowflake se connaissent bien, très bien

Snowflake Ventures était l’un des investisseurs principaux au côté de Sutter Hill Ventures et Madrona Ventures.

Après une levée de fonds en série C de 156 millions de dollars annoncer le 30 juillet dernier, la société était valorisée 848 millions, selon Pitchbook. Selon The Information, Snowflake rachèterait le spécialiste de l’observabilité contre 1 milliard de dollars. Et d’évoquer un revenu annualisé de 70 millions de dollars qu’elle doit être atteindre ce mois-ci, contre 30 millions l’année précédente. Auprès de Reuters en juillet, Jeremy Burton expliquait qu’Observe a attiré une centaine de clients, dont Capital One et Commonwealth Bank of Australia.

Cette hausse notable, la startup voudrait bien la justifier par la prise en charge de MCP et l’apport d’agents IA SRE dans sa solution. L’IA est d’ailleurs l’argument principal repris par Snowflake dans son communiqué. Toutefois, ces agents n’ont été lancés qu’au début du mois de novembre.  

C’est plutôt que l’une de ces deux grandes banques s’est débarrassée de Splunk au profit de sa plateforme, utilisée par 3000 utilisateurs. Elle traitait alors 30 To de logs de conformité par jour avant d’en traiter plus de 100, rapporte HPCwire. Au total, Observe comptabilise plus de 150 pétaoctets de données stockées et traitées par ses clients.

Aussi, Observe s’est d’abord concentré sur l’infrastructure pur jus et a tardé à se lancer véritablement sur le marché de l’APM (le monitoring des applications). Elle l’a finalement fait en septembre 2024, avec la disponibilité générale d’Observe APM. Elle a lancé la version privée de sa suite RUM (Real User Monitoring, la supervision front-end) en mars 2025.

Ces deux solutions s’appuient nativement sur OpenTelemetry, un framework open source de télémétrie qui permet, en autres, d’automatiser l’ingestion de logs, traces et métriques. Surtout, les clients des éditeurs de solutions sur ce marché privilégient cette technologie pour la portabilité qu’elle offre. Cerise sur le gâteau, Observe s’appuie sur le format de tables ouvert Apache Iceberg. Double dose d’interopérabilité potentielle pour les clients.

Un positionnement rare sur le marché, mais pas une première pour Snowflake

Les analystes Sanjeev Mohan, fondateur du cabinet SanjMo, et Mike Leone, analyste chez Omdia, une division d’Informa TechtTarget [également propriétaire du MagIT] notent que le rachat d’un spécialiste de la supervision d’infrastructure IT par un éditeur d’une plateforme de gestion de données et d’analytique n'est pas courant. Voire unique.

Ce n’est pas la première tentative de Snowflake de sortir de son pré carré. En 2022, il a lancé un programme pour faciliter le traitement des événements de cybersécurité depuis sa plateforme et des outils du marché. Un moyen envisagé pour concurrencer Google Cloud Mandiant et Azure Sentinel dont il n’a pas tellement reparlé depuis.

Au vu des 50 milliards de dollars que représente le marché de l’ITOM selon Gartner, Snowflake veut bien (re) prendre le risque. Et le groupe voit bien que l’IA générative amplifie ce marché total adressable.

Les clients de Splunk, Datadog, New Relic ou encore Elastic sont généralement satisfaits des solutions, mais se plaignent du prix ou du modèle tarifaire.

 Qui plus est, l’acquisition d’Observe permet à Snowflake de conserver des données et des charges de travail sous sa tutelle, donc des clients.

« En traitant la télémétrie comme un type de données parmi d'autres, Snowflake parie qu'une plateforme offrant un bon niveau de rentabilité et une forte attractivité l'emportera sur les solutions spécialisées », affirme Mike Leone.

Des enjeux commerciaux plus que techniques

Contrairement à la majorité des acquisitions, l’aspect technique ne devrait pas poser de problème à Snowflake et Observe. En revanche, pour un acteur de la gestion de données, vendre de l’observabilité IT est une autre histoire, selon Sanjeev Mohan.

« La vente aux équipes DevOps et d'ingénierie de plateformes nécessite des démarches commerciales, des messages et des indicateurs de réussite différents de ceux utilisés pour [convaincre] les acheteurs traditionnels de données et d'analyses de Snowflake », déclare-t-il. « Il faut également relever le défi de la concurrence avec des fournisseurs d'observabilité solidement implantés qui ont passé des années à mettre en place des workflows et des intégrations spécialisés sur lesquels les professionnels s'appuient quotidiennement ». OpenTelemetry n’est pas magique, préviennent les utilisateurs.

Il faudra également que Snowflake trouve la bonne formule tarifaire, signale Mike Leone.

« L'observabilité génère d'énormes volumes de données, et à moins que la tarification ne soit parfaitement calibrée, les clients peuvent craindre que leurs factures mensuelles explosent », indique-t-il.

Le modèle tarifaire d’Observe ressemble à celui de Snowflake. Les clients s’engagent sur un volume de données ingérées et des réductions s’appliquent pour les engagements pluriannuels. La startup applique un prix au volume de logs (0,49 dollar par Go), de traces (0,59 dollar par Go) et de métriques (0,008 dollar par points de données par minute) ingérées, auquel s’ajoute un coût de rétention minime (0,01 dollar par Go, par mois) pour les données que ses clients veulent conserver plus de 30 jours (ou 13 mois pour les métriques). Observe s’engage à travailler avec ses clients pour ne pas les surfacturer. Elle dit les conseiller sur right-sizing pour rester dans les bornes de la facture annuelle.

Les auteurs des avis publiés sur Gartner Peer Insights ne s’en plaignent pas. Au contraire, certains ont noté une légère baisse de leur coût par rapport à d’autres solutions. Si Snowflake maintient cette dynamique, il a un coup à jouer. En revanche, les usagers affirment que certaines fonctionnalités manquent à l’appel et la courbe d’apprentissage est parfois abrupte.

« Il existe également un risque stratégique d'aliéner certains partenaires clés en matière d'observabilité, car Snowflake devient un concurrent direct », poursuit Mike Leone.

À l’inverse, les phénomènes de coopétition pourraient renforcer les intégrations. Si Snowflake dispose de sa propre solution d’observabilité, elle sera plus encline à prioriser sa prise en charge des données de télémétrie que les métiers des clients des grands du marché (Splunk, Datadog, Elastic, New Relic, Dynatrace, Sentry, etc.) voudraient intégrer dans leur analyse.  

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