Rachat d’Hugging Face : Nvidia confirme l’accord à 12,93 milliards de dollars

Le géant fabless américain assure vouloir conserver la neutralité et l’ouverture de la plateforme de la société franco-américaine, que ce soit en matière de modèles d’IA, de données, de logiciels et d’accès aux puces concurrentes.

Nvidia confirme son intention d’acquérir Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars (12 930 300 000 dollars, exactement).

« L’information se répand depuis une semaine, mais en réalité, nous avons signé hier », déclare Clément Délangue, cofondateur et CEO d’Hugging Face, lors d’un point presse ayant lieu ce 3 septembre. Les discussions auraient commencé il y a quelques semaines.

The Information avait effectivement « vendu la mèche » le 26 août dernier. De son côté, Business Insiders avait obtenu la même information d’une source proche du dossier, mais évoquait des négociations en cours. Bloomberg a fait preuve de la même prudence.

Pour rappel, Hugging Face est l’entreprise derrière la plateforme de référence pour la communauté IA et open source. C’est elle qui a subi la cyberattaque involontaire menée par les agents IA d’OpenAI en juillet dernier.

Nvidia veut conserver la neutralité d’Hugging Face

Fondée par des Français aux États-Unis, elle accueille plus de 3 millions de modèles open weights et 500 000 jeux de données ouverts. Elle est utilisée par 18 millions de développeurs et plus de 200 000 entreprises. Nvidia a lui-même hébergé 500 modèles et 250 jeux de données ouverts.

HuggingFace et Nvidia n’ont pas détaillé leurs plans commerciaux hormis d’insister sur la possibilité pour les entreprises de réentraîner des modèles open weight à l’aide des technologies Nvidia ou non. Les deux sociétés se sont en effet concentrées sur le support à la communauté open source.

« Grâce à la vision à long terme de NVIDIA, nous pourrons poursuivre ce que nous faisons depuis dix ans, c'est-à-dire soutenir la communauté open source de l'IA, mais en passant à la vitesse supérieure, à une échelle bien plus grande, ce qui, selon nous, est vraiment nécessaire pour ce domaine et pour le monde entier », lance Clément Delangue. Et d’affirmer qu’il souhaite à l’avenir attirer 100 millions de développeurs.

En premier lieu, le géant fabless a insisté sur le fait que les instances propulsées par des accélérateurs tiers ne seront pas écartées de la plateforme. Les outils et les SDK qui ne sont pas pris en charge par les puces IA de Nvidia ne seront pas non plus mis de côté, assurent les deux acteurs.

« Hugging Face a bâti son succès sur la confiance d’une large communauté en misant sur l’ouverture […]. Nous sommes donc, bien évidemment, incités et motivés à préserver cette ouverture et cette neutralité, et à veiller à ce que les développeurs puissent travailler où ils le souhaitent », affirme Justin Boitano, vice-président Enterprise AI chez Nvidia. « Il s'agit de leur donner accès aux meilleurs modèles, de connecter ces derniers ainsi que les modèles ouverts à tous les fournisseurs de cloud, à chaque neocloud et à chaque centre de données, et de les rendre disponibles sur tous les équipements ».

La lettre signée de la main de Jensen Huang, CEO et cofondateur de Nvidia, atteste de cette volonté. Le dirigeant ajoute que le fournisseur ne forcera pas ses clients à bâtir ou à déployer des modèles depuis Hugging Face.

Des interrogations similaires avaient émergé lors de l’acquisition de GitHub par Microsoft. Les développeurs open source avait fait part de leurs craintes et de leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Depuis 2018, les projets open source hébergés par la filiale de la firme de Redmond n’ont pas massivement quitté la plateforme.

Prise de contrôle : Nvidia et Hugging Face se disent confiants face aux régulateurs

En cas d’accord final, Nvidia s’arrogera un contrôle important sur une plateforme au cœur de l’écosystème IA, alors qu’il dispose déjà d’un grand contrôle sur l’infrastructure IA.

Clément Delangue estime au contraire que Nvidia est le meilleur candidat au rachat.  « Une plateforme comme Hugging Face constitue par définition une forme de déconcentration favorisant une saine concurrence face aux API propriétaires qui accaparent de plus en plus la valeur et le pouvoir », assure-t-il. « Cela faisait partie de nos réflexions cet été : nous pensons que cette opération permettra une meilleure répartition de l’IA à travers le monde et évitera une concentration excessive du pouvoir ».

En clair, cela écarte une prise de contrôle par OpenAI et Anthropic.

« Nous pensons que les autorités de régulation verront cela d'un œil extrêmement positif », ajoute Justin Boitano. « Cela permettra d'intégrer l'IA dans tous les pays et dans tous les secteurs d'activité, et donnera véritablement à chacun la possibilité de tirer parti de cette base ouverte qu'est Hugging Face pour développer sa propre intelligence ».

Reste la question économique du rachat. Microsoft a acquis GitHub pour 7,5 milliards de dollars en 2018 alors qu’elle réalisait 200 millions de revenus récurrents en 2017. Le chiffre d’affaires annualisé d’Hugging Face est estimé à 150 millions de dollars, selon The Information. La valeur de la startup était évaluée à 4,5 milliards de dollars en 2023, après une levée de fonds de 235 millions de dollars auprès de Salesforce Venture, Google, Amazon, IBM et Nvidia.

La base de la négociation, selon le Financial Times, serait l’opération avortée de 2025. Nvidia souhaitait alors confier 500 millions de dollars à Hugging Face, ce que les dirigeants avaient refusé. Hugging Face aurait été valorisée 7 milliards de dollars.

« Une grande partie des articles publiés jusqu’à présent sur ce sujet était assez éloignée de la réalité », répond Clément Delangue. « En vérité, depuis la création de Hugging Face, nous avons toujours reçu un très grand nombre de propositions d’investissement et d’acquisition que nous avons refusées. Mais je pense que cet été, les étoiles se sont alignées, notamment parce que nous étions de plus en plus convaincus que Nvidia serait le partenaire idéal pour nous […] ».

Presque 13 milliards de dollars pour une société qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 150 millions de dollars, cela paraît beaucoup.

Nvidia commence à être coutumier des opérations d’envergure. Les deux dernières les plus importantes étaient moins conventionnelles. L’accord d’accès aux licences des puces IA de Groq par Nvidia pèse 20 milliards de dollars. Il est souvent vu comme une opération d’acqui-hiring. Selon The Wall Street Journal, Nvidia mènerait une opération similaire estimée à 7 milliards de dollars auprès de la société franco-américaine Poolside pour obtenir la licence de sa technologie Model Factory.

En 2020, la société au caméléon avait racheté l’Israélien Mellanox pour 6,9 milliards de dollars, mais l’acquisition semblait plus stratégique.

Des retombées financières espérées en France et en Europe

Quant aux critiques concernant la perte d’un acteur d’importance pour la France et l’Europe, Clément Delangue rappelle que la société a réellement pris forme à New York en 2016, à l’aide d’investisseurs américains.

« Une part importante de l'équipe est d'origine française. Cette acquisition devrait permettre un réinvestissement substantiel dans l'écosystème technologique européen », croit-il. « Nous espérons également un renforcement de l'engagement de Nvidia en Europe et en France, au-delà de leurs investissements déjà conséquents », poursuit-il.  « Nous continuerons à collaborer avec des acteurs clés et à soutenir les modèles ouverts. Dans les prochaines années, nous espérons voir émerger davantage de modèles ouverts européens avec des entreprises comme Mistral ou Black Forest Labs en Allemagne ».

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