Défense de l’IA open weight : les fournisseurs de LLM (sauf Anthropic) montent au créneau
Nvidia, Microsoft, Meta, Mistral AI, Google et même OpenAI sont quelques-uns des signataires d’une lettre qui défendent les modèles d’IA open weight, jugés « essentiels » pour l’innovation américaine. Sous fond de conflit économique et de cybermenaces, les gouvernements américains et chinois sont tentés par le protectionnisme.
Le 24 juillet 2026, Nvidia, Microsoft, IBM, Hugging Face, Mistral AI, Meta, ServiceNow, Palantir, la Linux Foundation, Black Forest Labs ainsi que 15 autres entreprises et organisations sont les premiers signataires d’une lettre ouverte encourageant le gouvernement américain à promouvoir les modèles d’IA open weight plutôt qu’à les restreindre.
Depuis, 52 autres entreprises et organisations, dont AMD, Google, Cisco, SpaceX (xAI), Cohere et même OpenAI ont signé le document. Des grands fournisseurs de LLM, seul Anthropic n’a pas paraphé la lettre.
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Les grands noms de la Silicon Valley prennent la défense de l’IA open weight
Les 77 signataires défendent l’idée que les communautés open source et les modèles open weight sont « essentiels » pour l’innovation et l’économie américaine. Outre un accès étendu à l’IA générative aux startups et aux universités, ils permettent de réduire les coûts et d’assurer aux entreprises un plus grand contrôle des résultats lorsqu’ils sont fine-tunés. Ils sont aussi la garantie d’une compétition saine que des « restrictions prématurées » mettraient en danger.
« Nous sommes convaincus que l’IA open source évoluera pour garantir que la réglementation fasse partie intégrante des projets, dans une forme d’autorégulation. »
Ramine RoaneV-P corporate de l’IA, AMD
Les signataires reconnaissent aussi les risques posés par les modèles open weight, mais considèrent que l’ouverture représente « un chemin vers la sécurité de l’IA ».
« Nous sommes convaincus que l’IA open source évoluera pour garantir que la réglementation fasse partie intégrante des projets, dans une forme d’autorégulation », a déclaré Ramine Roane, vice-président corporate de l’IA chez AMD, lors d’un point presse en marge de la conférence annuelle Advancing AI 2026. « Des startups développent déjà des modèles entraînés avec des constitutions ouvertes », a-t-il illustré. AMD a par la suite rejoint les signataires de la lettre ouverte.
Le plaidoyer répond indirectement aux propos de Dean W. Ball, directeur des stratégies futures chez OpenAI et ex-conseiller principal du comité en science et technologie de la Maison-Blanche. Le 17 juillet, sur X (ex-Twitter), il a effectué « quelques observations » sur Kimi K3 de la startup chinoise Moonshot AI et sur la nécessaire restriction des modèles open weight chinois sur le sol américain. Il considère que l’IA open weight crée des risques de décélération économique, une forme de « communisme IA » et des enjeux de sécurité. Ces modèles ouverts seraient « ingouvernables » une fois publiés au plus grand nombre.
Et d’agiter le risque de la fuite d’un modèle chinois capable d’agir de manière autonome. Ironie du sort, c’est OpenAI qui a dû s’expliquer publiquement sur la perte de contrôle d’un agent IA propulsé par deux de ses LLM lors d’un exercice qui s’est terminé par une cyberattaque contre Hugging Face.
Anthropic et OpenAI poussent à la restriction
« Vous n’avez pas besoin d’interdire l’open source. […]. Il suffit de créer suffisamment de risque réglementaire pour que chaque entreprise réglementée recule. »
Dean W.Ball, Directeur des stratégies futures, OpenAI
Selon Dean W. Ball, les États-Unis ne devraient pas explicitement interdire les modèles open weight chinois ni l’open source. « Vous n’avez pas besoin d’interdire l’open source (l’un des motifs les plus stupides de la discussion sur la politique de l’IA) », écrit-il. « Il suffit de demander à chaque agence d’émettre du droit souple qui crée de l’incertitude. […] Cela n’a pas besoin d’être très bien justifié. Il suffit de créer suffisamment de risque réglementaire pour que chaque entreprise réglementée recule ».
Certaines entreprises se tournent vers les LLM chinois du fait de leur efficacité relative et de leur moindre coût par rapport à ceux d’OpenAI et d’Anthropic. L’écart de performance entre les modèles open weight les plus performants, ceux des acteurs chinois, et les fleurons propriétaires américains se réduit fortement. Selon les rapports d’Artificial Analysis, Kimi K3 est désormais quatrième de son classement Intelligence Index, derrière Claude Opus 5, Fable 5 et GPT-5.6 Sol.
« Les principaux laboratoires propriétaires, déjà en situation de duopole financier, veulent que le gouvernement élimine leur concurrence open source. Ils ont dévoilé leur jeu. »
David SacksHomme d’affaires et co-président du comité des conseillers en science et technologie, Maison-Blanche
David Sacks, homme d’affaires et co-président du comité des conseillers en science et technologie de la Maison-Blanche, a dénoncé la position de Dean Ball le 19 juillet. « Mettre en œuvre une politique sournoise par le biais d’un doute fabriqué – plutôt que par une justification solide et explicite – corrode l’État de droit et ouvre la porte à de futurs abus contre n’importe qui », répond-il sur X.
« Il est temps que le reste de la Silicon Valley […] fasse de même. »
David SacksHomme d’affaires et co-président du comité des conseillers en science et technologie, Maison-Blanche
« Nous sommes à un point d’inflexion critique dans la politique de l’IA », poursuit-il. « Les principaux laboratoires propriétaires, déjà en situation de duopole financier, veulent que le gouvernement élimine leur concurrence open source. Ils ont dévoilé leur jeu. Il est temps que le reste de la Silicon Valley – la grande majorité qui valorise encore la concurrence ouverte – fasse de même ». La lettre ouverte semble justement répondre à cet appel. Et il est logique que Nvidia en soit le porte-étendard.
Sur le banc d’essai d’Artificial Analysis, le premier modèle open weight américain est entraîné par Nvidia. Malgré tout, Nemotron 3 Ultra prend la 19e place du classement. Gemma 4 31B est 23e, derrière le Français Mistral Medium 3.5 (21e).
Le géant fabless a déjà fait de l’IA open weight un argument pour vendre ses GPU en Europe. Il est celui qui a le plus à perdre si le marché se resserre sur des LLM propriétaires. De fait, Anthropic et OpenAI tentent de développer leurs propres puces pour se départir un tant soit peu de cette forte dépendance.
La distillation de connaissances au centre des tensions entre les États-Unis et la Chine
Mais ce sont les acteurs chinois qui sont dans la ligne de mire de la Maison-Blanche. Le 20 juillet, le média Axios a publié un article listant les signes du fait que l’Administration Trump cherche à restreindre les modèles open weight en vue d’enrayer la compétition chinoise. Et de rappeler qu’OpenAI et Anthropic ont milité en ce sens l’année dernière. Le Wall Street Journal remarque la même tendance.
« Nous soutenons l’IA open source et l’innovation qu’elle libère », nuance Scott Bessent, secrétaire au Trésor des États-Unis dans un tweet publié le 22 juillet 2026. « Mais l’open source ne doit pas être une chasse ouverte sur la propriété intellectuelle américaine. Lorsque des entreprises de la République Populaire de Chine mènent des attaques de distillation clandestines à l’échelle industrielle qui franchissent la ligne du vol de propriété intellectuelle, des sanctions et des inscriptions sur la liste des entités seront envisagées », prévient-il.
À très gros traits, la distillation de connaissances est une technique consistant à utiliser les réponses d’un LLM pour en entraîner un autre. Elle a d’abord été utilisée par les laboratoires IA pour entraîner les variantes de taille réduite de leurs fleurons. Si ces mêmes fournisseurs ont d’abord suggéré que cette approche n’est efficace qu’entre modèles d’IA d’une même famille, les acteurs chinois sont soupçonnés d’utiliser les réponses des modèles d’OpenAI et d’Anthropic pour entraîner les leurs.
« Nous avons des informations selon lesquelles Moonshot AI a distillé le modèle Fable d’Anthropic pour le développement de son modèle K3 », a affirmé Michael Kratsios, conseiller de Donald Trump et directeur de l’Office of Science and Technology Policy de la Maison-Blanche, dans un post publié le 22 juillet. « Pour ce faire, ils ont développé une plateforme interne sophistiquée permettant de mener une distillation à grande échelle contre des modèles américains, leur permettant de basculer rapidement entre plusieurs méthodes d’accès pour éviter la détection ».
Et d’accuser Moonshot AI d’avoir acquis des serveurs équipés de systèmes Nvidia GB300 en Thaïlande pour entraîner ses modèles d’IA. Cette acquisition contournerait les restrictions américaines sur l’exportation de puces IA vers la Chine.
En février 2026, Anthropic avait publiquement accusé DeepSeek, Moonshot et MiniMax d'activités de distillations « illicites ».
Selon les experts interrogés par TechCrunch, le temps relativement court entre le lancement de Fable 5 d’Anthropic (annoncé le 9 juin, dont l’accès a été restreint le 12 juin puis rétabli le 1er juillet), et de Kimi K3 (16 juillet) rend peu plausible le scénario de distillation. À moins que Moonshot AI ait eu accès à une version expérimentale de Fable 5. Kimi K3 pèse 2 800 milliards de paramètres. Affiner un tel modèle prend quelques mois et les LLM d’Anthropic ne sont pas reconnus pour leur vitesse.
La lettre ouverte signée par Nvidia, OpenAI et les autres rappellent que la distillation est une technique courante dans l’industrie. Elle serait même héritée des approches qui ont fait le succès de l’open source.
TechCrunch souligne par ailleurs qu’Elon Musk a avoué sous serment que son entreprise xAI (désormais intégré à SpaceX) a distillé les modèles d’OpenAI pour entraîner ses LLM Grok.
Pékin, également tenté par le protectionnisme
Néanmoins, les signataires de la lettre ouverte consentent que « les tentatives illégales visant à tirer profit de modèles propriétaires suscitent des inquiétudes légitimes. Il convient de répondre à ces inquiétudes par des cadres juridiques et commerciaux ciblés, plutôt que par des restrictions générales imposées à des techniques qui jouent un rôle important dans l’innovation en matière d’IA ».
Aucun des acteurs en place ne rappelle que la propriété intellectuelle d’OpenAI, d’Anthropic et des autres est bâtie sur le pillage des contenus disponibles sur le Web, au nom du « Fair Use » inscrit en droit américain.
Là, les représentants de la Maison-Blanche et les acteurs de l’industrie sont d’accord. De fait, le contenu de la lettre est consensuel. Aucun des acteurs en place ne rappelle que la propriété intellectuelle d’OpenAI, d’Anthropic et des autres est bâtie sur le pillage des contenus disponibles sur le Web, au nom du « Fair Use » inscrit en droit américain. Un usage équitable qu’ils ont outrepassé. Le 20 juillet, une juge du district de San Francisco a validé l’indemnisation d’Anthropic envers des auteurs et des maisons d’édition regroupés en collectif. Le papa de Claude paiera 1,5 milliard de dollars (3000 dollars par livre) afin d’éviter un procès et une condamnation à plusieurs milliards de dollars.
Mais les États-Unis ne sont pas les seuls tentés par la restriction d’accès aux modèles, open weight ou non. The Wall Street Journal et Bloomberg signalent que le gouvernement chinois a laissé entendre, par voie de presse, qu’il restreindrait l’accès aux modèles chinois les plus puissants pour des raisons de cybersécurité. Ce changement de cap intervient alors même que Pékin avait fait de l’open source un pilier de sa stratégie d’innovation en IA.
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